vendredi 27 octobre 2017

Benoît Collombat, l’autre enquêteur de l’affaire Boulin



image: http://s1.lemde.fr/medias/web/1.2.702/img/placeholder/avatar.svg


Si la justice s’intéresse de nouveau à cette affaire, c’est en grande partie grâce à lui. Voilà plus de dix ans que le journaliste de France Inter enquête sur la mort de l’ancien ministre du travail en 1979.
Le Monde.fr | 28.09.2015 à 17h08 | Par Julien Guintard


image: http://img.lemde.fr/2015/09/23/0/0/650/434/534/0/60/0/a94bd67_32270-1g4ks4m.jpg
Benoît Collombat est l’auteur d’"Un homme  à abattre". Paru en 2007, il avait apporté des éléments nouveaux sur la disparition de Robert Boulin.
Depuis bientôt trente-six ans, un spectre hante la Ve République. Le fantôme d’un homme politique, ministre du travail en exercice, retrouvé agenouillé dans un étang de la forêt de Rambouillet un matin d’automne 1979. Ci-gît Robert Boulin. Suicide par noyade après absorption de Valium, concluront les autorités judiciaires. « Assassinat », lâchera au lendemain du drame le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chaban-Delmas. Passionnante affaire, songera Benoît Collombat, en 2002, après avoir vu un documentaire consacré à la mort de Robert Boulin. « C’est comme un puzzle dont les pièces auraient été volontairement dispersées. »

Ouverture d’une information judiciaire

C’est notamment parce que le journaliste de France Inter a su en rassembler quelques-unes, suffisamment troublantes, que la justice a annoncé, le 11 septembre, avoir ouvert une information judiciaire pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivi de mort ou assassinat ». L’affaire est officiellement relancée : on ne saurait imaginer plus grande reconnaissance pour un journaliste d’investigation.
Le cas Boulin est loin d’être une terra nullius du journalisme français. Une poignée d’investigateurs solitaires ont entrepris son exploration dès les années 1980, dans la foulée de la remise en cause par la famille du ministre de la thèse officielle : Robert Boulin se serait suicidé parce qu’il ne supportait pas d’être mis en cause dans une escroquerie immobilière liée à sa propriété de Ramatuelle, dans le Var.
image: http://img.lemde.fr/2015/09/23/0/0/1299/846/534/0/60/0/4c408c0_15423-bd5lkg.jpg
Le corps de Robert Boulin a été découvert dans la forêt de Rambouillet, le 30 octobre 1979.
Dans la presse, le camp du « suicide » (dans lequel figure notamment Le Canard enchaîné) ne cessera de discréditer régulièrement celui de l’assassinat. Avec un argument invariable : imaginez-vous l’ampleur de la machination pour étouffer la mort d’un ministre ? Les relais nécessaires dans tous les services et jusqu’au plus haut niveau de l’Etat ?
En 2002, Benoît Collombat commence pourtant à tirer un fil. Et plus il tire, plus les formats s’allongent sur l’antenne de France Inter, trois fois deux minutes d’abord, puis
quarante-cinq minutes de contre-enquête pour l’émission « Interception » en 2003. « J’ai eu le sentiment d’être allé au bout de ce que je pouvais faire sous la forme radiophonique. J’ai décidé d’écrire un livre. » En 2007, il publie donc sa somme sur l’affaire Boulin : Un homme à abattre (Fayard).

“Un véritable moine copiste de l’enquête”

Près de cinq cents pages d’enquête au cordeau, des heures d’entretiens avec tous les acteurs du drame (policiers, gendarmes, procureur, légistes, entourage, figures politiques…), toutes les archives possibles compulsées, le maximum de pistes explorées. Et une conclusion qui laisse apparaître nettement deux éléments : la thèse du simple suicide n’est plus crédible et Benoît Collombat compte désormais parmi les interlocuteurs incontournables concernant l’affaire Boulin. Ceux qui ont encore des choses à dire savent à qui s’adresser…
Celui qu’un de ses amis décrit comme « quelqu’un d’extrêmement minutieux, un véritable moine copiste de l’enquête », continue, à travers des « Droit de suite » sur France Inter, de recueillir et diffuser de multiples témoignages et de participer à des émissions sur l’affaire Boulin. En 2013, il compte parmi les invités d’une émission de Frédéric Taddeï où l’on s’écharpe à propos du sort du ministre. « Après m’avoir vu à la télé ce soir-là, un témoin qui ne s’était jamais exprimé m’a contacté. Il m’apporte un éclairage capital. En effet, cette personne se rappelle précisément avoir croisé la voiture du ministre dans une rue étroite de Monfort-l’Amaury quelques heures avant sa mort. Or, il indique que Robert Boulin n’était pas seul dans son véhicule. Il occupait la place du passager avant. Un autre homme était au volant et un deuxième passager à l’arrière. »
Interview de Benoît Collombat lors de la parution de son livre « Un homme à abattre », avril 2007
Alors, complot ? « Non, complicités », nuance Benoît Collombat, qui pointe notamment les agissements de plusieurs personnages liés au Service d’action civique (SAC), le service d’ordre du parti gaulliste. « Il faut quand même se rendre compte que ce sont les années de plomb à la française, indique le journaliste. On a du mal à se représenter ce qu’était la violence politique à cette époque. »

Aucun commentaire: