lundi 29 janvier 2018

Qui a tué François Fillon? L'enquête de BFMTV





29/01/2018 à 22h59

D'affaire en affaire, de coup de théâtre en coup de théâtre, les espoirs de la droite et de son candidat à la présidentielle, François Fillon, se sont évaporés pendant la campagne. Un mystère demeure: quelqu'un voulait-il la peau de François Fillon? C'est la question que s'est posée une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir à 22h40 sur notre antenne. 

La campagne présidentielle s'est éloignée depuis longtemps et, avec elle, ses illusions perdues, mais François et Penelope Fillon sont toujours mis en examen pour détournement de fonds publics. L'enquête doit être bouclée au cours de cette année 2018.

"Pas de Dark Vador" 

S'ils sont sous le coup de cette procédure judiciaire, c'est en raison d'une affaire qui a éclaté au grand jour il y a un an: les soupçons d'emplois fictifs visant Penelope Fillon, l'épouse de celui qui était le candidat de la droite au scrutin suprême. Tout au long de la campagne, les affaires ont contribué à envoyer par le fond les chances de succès de l'ancien Premier ministre. Ces révélations poursuivaient-elles un calcul politique ou personnel? Qui a tué François Fillon? Voilà les questions posées par une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir sur notre antenne.
A la croisée des regards, les journalistes du Canard enchaîné, bien sûr, qui ont dévoilé peu à peu les vicissitudes présumées du clan Fillon. Devant nos caméras, Hervé Liffran et Isabelle Barré l'assurent: leur travail ne doit rien à une "taupe" à droite, ni à une quelconque aide extérieure. C'est naturellement qu'après le premier tour de la primaire, ils se sont penchés sur les déclarations de patrimoine et de revenus du couple, puis ont découvert, intrigués, que Penelope Fillon avait travaillé pour La Revue des deux mondes, mais aussi et surtout comme collaboratrice parlementaire de son mari et du suppléant de celui-ci pendant huit ans, dans la plus grande discrétion. Naturellement que les montants perçus pour une activité peu évidente (100.000 euros brut entre mai 2012 et décembre 2013 pour la revue et 500.000 euros brut perçus auprès du Palais-Bourbon) les ont intéressés. "Pas de Dark Vador, pas de force obscure", sourit aujourd'hui Isabelle Barré.

Des fiches de paie accessibles à 95 personnes 

Pourtant le 24 janvier à 18 heures, lorsque le compte Twitter du Canard enchaîné jette son pavé dans la mare, les principales figures de la droite, alors réunies autour d'une galette des rois dans les locaux de campagne de leur candidat, sont persuadées qu'il s'agit là d'un acte de malveillance, peut-être venu de l'intérieur. Parmi les figures entretenant une inimitié notoire avec François Fillon, les noms de Jean-François Copé et Rachida Dati courent sur les lèvres. Tous deux écartent toujours ces allégations. "Si on devait mettre en cause tous ceux à qui François Fillon a fait du mal, la liste serait longue", ajoute l'ancien ministre du Budget.
La piste d'un "cabinet noir" élyséen, lancée par François Fillon lui-même, ne mènera pas plus loin. De toute façon, les revenus des Fillon ne sont pas un secret pour tout le monde: à l'Assemblée nationale, 95 personnes ont accès aux fiches de paie des collaborateurs dans le cadre de leur travail.

Qui veut débrancher la candidature de François Fillon? 

S'il est difficile de savoir d'où sont partis les premiers coups, nombreux sont ceux à avoir cherché à achever François Fillon. Dès fin janvier, c'est François Bayrou qui cherche un "plan B" à la droite et au centre. Début février, le président du Sénat, Gérard Larcher, veut mettre un terme à l'équipée, après avoir appris que les enfants de François Fillon avaient aussi été rémunérés par la Haute assemblée durant le mandat sénatorial de leur père.
Peu à peu, les leaders de la droite prennent leurs distances. François Fillon lui-même ne se rend pas service, en affirmant à la télévision qu'il renoncera s'il venait à être mis en examen. Or, quand cette mise en examen lui est notifiée le 28 février par une convocation judiciaire que lui annonce Patrick Stefanini, son directeur de campagne, François Fillon ne renonce pas à faire campagne. Et le meeting du Trocadéro, lors de la matinée pluvieuse du 5 mars à Paris, lui servira de tremplin vers le mur du premier tour du 23 avril.
Pendant toute cette période, Nicolas Sarkozy, vaincu à la primaire, joue un jeu trouble. Comme nous le raconte Rachida Dati, tout le monde ne cesse de l'appeler: Xavier Bertrand, François Bertrand, Laurent Wauquiez. Tous veulent qu'il pousse François Fillon à l'abandon. "A la faveur de chacun d'entre eux... Tout le monde voulait y aller!" s'amuse l'ancienne Garde des Sceaux. Alain Juppé l'appelle aussi, mais tombe sur le répondeur de l'ancien président de la République, à ce moment-là tranquillement installé au parc des Princes devant un match du Paris-Saint-Germain. Devant le peu de cohésion de son camp, et l'obstination de François Fillon, le maire de Bordeaux jette lui aussi l'éponge.

Le coup de grâce

Ce n'est donc pas de ses confrères politiques, que viendra le coup de grâce. Mais d'un avocat franco-libanais de 72 ans, Robert Bourgi, vexé en particulier par l'ingratitude d'un candidat auquel il avait pourtant offert trois costumes très onéreux de la boutique Arnys. Il jure alors devant son ami Nicolas Sarkozy: "Je vais le niquer, il ne s'en remettra pas".
Le 20 février, Robert Bourgi paie les costume par chèque, laissant ainsi une trace de son nom, puis file ce tuyau à la presse. Lorsque cette ultime affaire sort à la mi-mars, elle finit de consterner les fidèles du camp de François Fillon, qui cessent dès lors d'y croire. Dans son bureau, ce dernier lâche à Jean de Boishue, un ami de quarante ans, qu'il s'est "fait piéger". Peu importe, la coupe est pleine pour l'opinion.
Jean de Boishue est désormais brouillé avec François Fillon. A la question de savoir qui a tué celui-ci, il répond à présent: "C'est François Fillon. Il est mort un peu de son caractère, de faiblesses qu'il n'a pas corrigées. Si je ne lui pardonne pas, c'est parce que je pense que l'intelligence sert à maîtriser ses défauts..." Pour cet ancien proche, plus qu'un travail journalistique, ou un assassinat politique, l'échec de François Fillon est avant tout un suicide déguisé.
Retrouvez ci-dessous le documentaire en intégralité. Il sera rediffusé sur BFMTV samedi à 13h, 19h et 21h. 
R.V., avec Pauline Revenaz, Camille Langlade, Quentin Baulier et Alexandre Funel
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5 opinions
  • beaudolo
beaudolo      30/01/2018 à 07h28
Ce qui est très étonnant c’est que certains de nos commentateurs ci-dessous accablent Fillon car il a fauté avec l’argent du peuple enfin pas tout le peuple, seulement ceux qui paient des impôts (45% du peuple) et cela selon le Canard Enchainé. Ils font preuve d’une grande éthique et d’une moralité exemplaire. Cependant ils admettent, que dans un pays dit démocratique, les médias puissent condamner les citoyens avant même que la justice ne se soit prononcée et par là même faire élire le candidat de leur choix, à eux nos journalistes, à une élection présidentielle ! C’est cela la démocratie ? Ou serait-ce plutôt la dictature des médias ?
Flomatem
Flomatem      30/01/2018 à 08h02 (réponse à beaudolo)
Oui, oui bien sur ce sont les médias qui on tapé dans la caisse !
beaudolo
beaudolo      30/01/2018 à 08h35 (réponse à Flomatem)
A non, ce n'est pas possible, nos journalistes sont intègres puisque 82% sont de gauche!
le dicton: "quand ones t journaliste et de gauche on le dit devant les caméras, devant la machine à café quand on est de droite!
beaudolo
beaudolo      30/01/2018 à 08h33 (réponse à Flomatem)
A non, ce n'est pas possible, nos journalistes sont intègres puisque 82% sont de gauche!
vauban
vauban      30/01/2018 à 07h40 (réponse à beaudolo)
"seulement ceux qui paient des impôts (45% du peuple)"
tous le monde paye la TVA qui est l'impôt qui rapporte le plus à l'état.
beaudolo
beaudolo      30/01/2018 à 08h21 (réponse à vauban)
Oui mais pas mal avec le RSA et les allocations de tout type et entre autre le chômage et qui est aussi notre argent à nous qui payons des impôts, que je différencie des taxes, ça te va ?
vauban
vauban      30/01/2018 à 09h00 (réponse à beaudolo)
Pfffff, pas la peine de vous énerver, Fillon a non seulement raté l’élection mais en plus il a liquidé les LR !!!!
beaudolo
beaudolo      30/01/2018 à 09h49 (réponse à vauban)
En plus je ne suis ni LR , ni FI, ni FN, ni LREM, ..... je regarde les programmes et je vote pour celui qui a, selon moi, le programme le plus adapté au redressement de la France.
Un exemple dont la presse n'a jamais parlé; Macron voulait supprimer 120 000 postes de fonctionnaires, cela correspond à 1 poste sur 40, ce n'est pas de l'électoralisme cela?
benpardi!
benpardi!      30/01/2018 à 07h40 (réponse à beaudolo)
On peut se contenter de reprocher à Fillon de s'être obstiné jusqu'au bout alors qu'il s'était engagé à se retirer s'il était mis en examen, et du coup d'avoir conduit la droite là ou elle est maintenant... Et là pas de Canard ! Le seul truc qui ne soit pas de sa faute c'st que les reste de LR ont mis Wauquiez à leur tête, pour être sur de foirer les prochaines élections !
beaudolo
beaudolo      30/01/2018 à 08h50 (réponse à benpardi!)
D'accord!
benpardi!
benpardi!      30/01/2018 à 09h14 (réponse à beaudolo)
Merci beaudolo ! Et c'est donc pour cela que je trouve que Fillon est de loin le suicide politique le plus magistral depuis plusieurs décennies...il aura déjà réussi ça !
beaudolo      30/01/2018 à 07h20
En France, les affaires déclenchées juste avant une élection sont légion. Sous la Vème république on en recense 8 majeures dont deux seulement ont abouties à des décisions de justice. L’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris sous Chirac et à la place duquel Juppé a été condamné à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité, il a servi de fusible pour son patron. La deuxième est l’affaire DSK . Ce dernier a été mis en examen uniquement pour l’affaire du Carlton de Lille, il a été finalement relaxé en 2015 !
Les 6 autres reposaient sur de fausses accusations. L’affaire Mitterrand et l’attentat de l’observatoire, Pompidou et l’affaire Markovic, Chaban-Delmas et ses impôts impayés certes vrais, mais il bénéficiait de déductions légales, les diamants de Giscard qui se sont avérés faux avec des certificats faux et antidatés, l’affaire Bérégovoy et de son ami Pelat lequel avait certes accordé à son ami des conditions très avantageuses mais légales sur un prêt octroyé pour l’achat d’un appartement dans le 16ème arrondissement et enfin l’affaire Clearstream pour laquelle il fut démontré, grâce aux commissions rogatoires internationales, que le compte de Sarkozy était un compte fictif.
Trois de ces fausses accusations, Chaban-delmas, VGE et Bérégovoy ont été sorties par le « Canard enchaîné » les autres non ! Pour VGE, par exemple, le Canard estimait les diamants à 1 million de francs, ils ont été revendus pour 111 000 francs par l’Etat ! En ce qui concerne l’affaire Bérégovoye on peut estimer que ce journal a un mort sur la conscience, s’il a une conscience !
Voilà ce qu’est ce fameux Canard, on comprend pourquoi il lui tardait de se racheter face à son concurrent Médiapart.
Oui mais, quand connaitrons-nous la vérité de cette affaire Fillon dans 3 ,4 ou 5 ans comme dans la plupart des quatre affaires citées ci-dessus !
Trinity      30/01/2018 à 00h06
"Comme nous le raconte Rachida Dati, tout le monde ne cesse de l'appeler: Xavier Bertrand, François Bertrand, Laurent Wauquiez."
C'est qui François Bertrand ? Ca serait pas plutôt François Baroin ?
Sinon, cette enquête est très bien faite et très convaincante.
Trinity      30/01/2018 à 00h02
C'est qui François Bertrand ? Ca serait pas plutôt François Baroin ?
Sinon, cette enquête est très bien faite et très convaincante.
Jean-Pierre Desbois      29/01/2018 à 23h48
et Miss Valérie Boyer qui s'affiche avec des signes ostentatoires de ses appartenances religieuses alors que je crois que c'est interdit !!! ça ne la gène pas du tout !!!
au diable.....
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TV – « Qui a tué François Fillon ? »

Notre choix du soir. Le documentaire revisite les trois mois qui ont mis fin à la longue carrière politique de l’ancien premier ministre (sur BFM-TV à 22 h 40).
LE MONDE | 29.01.2018 à 18h00 • Mis à jour le 29.01.2018 à 18h17 | Par Alain Constant
Documentaire sur BFM-TV à 22 h 40
Méfiez-vous de vos amis. Mais aussi de vous-même. Ce documentaire plutôt bien construit revient en détail sur les trois mois décisifs qui ont mis fin à une carrière politique longue de quarante ans. Quatre journalistes de BFM-TV (Camille Langlade, Pauline Revenaz, Quentin Baulier et Alexandre Funel) ont enquêté sur la fin de parcours de François Fillon. Découpé en cinq chapitres (« La Déflagration », « François Fillon et ses démons » « Le Canard allume la mèche », « Petits meurtres entre amis » et « Le Fossoyeur »), le documentaire tente de savoir qui a eu la peau de celui à qui l’Elysée semblait promis.
Les interventions de nombreux témoins (responsables politiques, mais aussi journalistes et amis proches) alternent avec des scènes reconstituées et des images d’archives qui rappellent des événements aussi variés que les dernières interventions du candidat Fillon sur les plateaux télé ou le rassemblement au Trocadéro du 5 mars 2017, quelques jours après que l’intéressé a appris sa mise en examen.

Inimitiés féroces

Alors, qui a tué politiquement Fillon ? A force d’écouter les différents témoignages et de découvrir des inimitiés féroces, la réponse n’est pas évidente. Pour beaucoup, il s’est flingué lui-même en ne comprenant pas à quel point les révélations du Canard enchaîné sur les salaires perçus par son épouse à la Revue des Deux Mondes et à l’Assemblée, puis l’affaire des costumes, parue dans Le­Journal du dimanche, avaient eu de désastreuses retombées dans l’opinion. Pour d’autres, l’avocat franco-libanais Robert Bourgi, l’homme des costumes, est son fossoyeur. Mais les tueurs semblent beaucoup plus nombreux.
François Fillon en avril 2017.
Entre janvier et mars 2017, François Fillon, personnage complexe qui avait bâti toute sa carrière politique sur des images d’austérité, d’intégrité et de moralité, a vu l’Elysée lui échapper. Ce documentaire, qui fait parler des personnalités aussi variées que Rachida Dati, Gérard Longuet, Michel Sapin, François Baroin, Bernard Accoyer, Thierry Solère, Eric Woerth, Patrick Stefanini ou Jean de Boishue, sans oublier deux des trois journalistes du Canard qui ont sorti l’affaire du « Penelopegate », constitue une bonne piqûre de rappel pour celles et ceux qui auraient oublié cette maxime : méfiez-vous de vos amis… et de vous-même.
Qui a tué François Fillon ? de Camille Langlade, Pauline Revenaz, Quentin Baulier et Alexandre Funel (Fr, 2018, 52 min).
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"Depuis les années 70, Fillon a un plan de carrière pour atteindre l'Elysée"

17h09 , le 30 novembre 2016, modifié à 10h04 , le 21 juin 2017
INTERVIEW - Jean De Boishue, ami et confident de François Fillon depuis 40 ans, a suivi l'évolution politique du vainqueur de la primaire de la droite. Il revient pour le JDD sur le "plan de carrière" de son ambitieux compagnon de route.

François Fillon et Jean De Boishue, amis depuis 40 ans. (Sipa)
Vous connaissez François Fillon depuis quarante ans. Quel est le premier souvenir que vous avez de lui?
Nous nous sommes rencontrés pour la première fois dans la salle des pas perdus de l'Assemblée nationale en 1976. A l'époque, j'étais assistant parlementaire d'Olivier Guichard [député RPR de Loire-Atlantique, NDRL] et, lui, travaillait pour Joël Le Theule [député RPR de la Sarthe, NDLR]. Nous échangions sur nos députés respectifs qui avaient en commun leur région, les Pays de la Loire.  Depuis, notre amitié ne s'est jamais démentie. Le hasard de la vie a fait que nous nous sommes toujours parlés. Ce qui fait de moi un expert ès Fillon [rires].
Très vite, vous partagez une conviction commune : le "gaullisme social"
Quand François Fillon a constitué ses premiers petits groupes parlementaires, j'y ai immédiatement adhérés même si je n'étais pas encore élu moi-même [Jean de Boishue devient député de l'Essonne en 1993, NDLR]. Il a aussi intégré mon groupe de réflexion de l'époque, "Condition humaine", qui était un peu à gauche. Et puis, nous avons été pris sous l'aile de Philippe Séguin.

"Chirac reconnaissait le savoir-faire technique de Fillon"

Avec Philippe Séguin justement, François Fillon, alors jeune député, a contesté le leadership de Jacques Chirac au RPR. Cela l'a-t-il desservi?
Après les relatifs échecs des municipales et des européennes de 1989, il y a eu l'histoire des "rénovateurs". Emmenés par Philippe [Séguin], il s'agissait d'un petit groupe de jeunes députés opposés au duo Chirac-Giscard. François [Fillon] en faisait partie. Mais il en est parti très vite, car il avait compris que cette révolte n'allait pas très loin. Il a eu raison car Chirac a mis en pièce ce mouvement. Il n'y a jamais de guerre ouverte Chirac-Fillon, plutôt de la distance permanente. Ils avaient une relation particulière. C'était "je t'aime, moi non plus". Quand il était Président, Chirac me disait toujours : "Je ne comprends pas pourquoi tu aimes ton Fillon!"
François Fillon est finalement devenu son ministre des Affaires sociales dans le gouvernement Raffarin en 2002. Ils ont réussi à travailler ensemble…
[Il coupe] Est-ce qu'ils se sont réconciliés? Je n'en suis pas sûr. Il y avait un certain nombre de gens qui jouaient les go-between [entremetteurs], comme Philipe Séguin. C'est ce dernier qui a évité que François Fillon soit considéré comme un traitre en 1995 alors qu'il avait choisi Balladur. Jacques Chirac reconnaissait toutefois - il me l'a dit - son habilité politique et surtout son savoir-faire technique. L'ancien chef de l'Etat m'a même fait cette confidence en 2007 quand François Fillon venait d'être nommé à Matignon : "C'est vrai que j'ai longtemps dit du mal de Fillon. Mais je suis très content. Je ne tire pas dans le dos de mes amis."
Le ticket Sarkozy-Fillon, au pouvoir de 2007 à 2012, vous a-t-il paru être une alliance naturelle?
J'ai été l'un des premiers témoins de leur relation, puisque j'étais chargé de mission et conseiller de François Fillon à Matignon (*). La politique est un métier à deux étages : il y a les courants sous-marins qui peuvent être extrêmement violents car chacun veut conquérir le pouvoir, et la surface où, au nom du service public et du vivre ensemble, on reste courtois. En ce sens, Sarkozy et Fillon entretenaient une relation similaire à celle entre Chirac et Séguin : ils s'entendaient bien en apparence, et pour ce faire, ils ne se disaient rien. A chacun de leur rendez-vous, ils parlaient de football plutôt que de politique. Je ne crois pas qu'il y ait eu d'éclats entre eux. Du moins, pas directs.

"L'histoire du 'collaborateur', une forme de terrorisme politique de Sarkozy"

En revanche, le quinquennat a été ponctué de tensions vives entre Matignon et l'Elysée
Ce n'était pas un problème de relation humaine, mais de vraies tensions politiques. L'entourage de Nicolas Sarkozy - Guaino, Guéant et les autres - se répandaient sur les ondes en insinuant avoir fait le mauvais choix de Premier ministre. De temps en temps, le chef de l'Etat lui-même râlait, parfois en des termes violents. Il nous a, par exemple, fait réécrire la veille au soir le discours de politique générale devant l'Assemblée nationale. En fait, il n'y avait aucun problème de fond, mais Nicolas Sarkozy avait besoin d'instaurer un rapport de force. C'est dans cette idée qu'il surnommait son Premier ministre un "collaborateur". C'était presque une forme de terrorisme politique.
Dans votre livre Anti-secrets(*), vous évoquez aussi "l'orgueil cosmique" de François Fillon. Nourrissait-il déjà une ambition élyséenne à Matignon?
Il a toujours voulu être président de la République. Depuis les années 70, il a dans sa tête un chemin tracé, un plan de carrière pour atteindre son objectif. Mais, et c'est sa différence avec beaucoup d'autres, il a toujours su cacher cette ambition. Il n'a jamais roulé des mécaniques, préférant attendre son heure. Sa force de caractère lui a permis de résister aux épreuves. Et Matignon en était une! Il a tenu à son poste par l'orgueil. Aujourd'hui, cela le sert : il apparaît comme la face positive du quinquennat 2007-2012 quand Nicolas Sarkozy concentre toutes les critiques.
Après la défaite de 2012, François Fillon se lance dans la bataille pour la présidence de l'UMP et engage une guerre contre Jean-François Copé. Devait-il briguer la tête du parti?
Il y a eu un débat entre nous. Une question se posait à la sortie de Matignon : et maintenant, qu'est-ce qu'on fait? Plusieurs options étaient sur la table. Certains lui conseillaient par exemple la mairie de Paris. Moi, personnellement, j'ai plaidé pour la présidence de l'UMP. Il fallait prendre le parti, pour avoir une machine de guerre pour la suite. Après, ça ne s'est pas passé comme prévu.
"François Fillon n'est pas assez voyou", déclareriez-vous en 2015…
Je voulais dire par là que François Fillon n'aurait pas dû être aussi réglo face aux manoeuvres des autres, que ce soit lors de la bataille pour la présidence de l'UMP ou même lorsqu'il était à Matignon. J'aurais souhaité qu'il soit plus offensif, notamment face à Nicolas Sarkozy. Mais sa victoire à la primaire de la droite m'a donné tort. Je crois en effet que, pour la première fois dans l'histoire de la droite française, quelqu'un a remporté un scrutin en étant réglo.

"Fillon n'est pas russophile"

Vous êtes ancien professeur agrégé de russe. François Fillon, qui souhaite rediscuter avec Vladimir Poutine, a-t-il même cette même passion pour la Russie?
J'ai entendu ça, mais c'est faux, on ne peut absolument pas dire qu'il est russophile. Son intérêt pour la Russie est essentiellement pragmatique. A ce titre, il connaît bien le fonctionnement de la politique en Russie. Cela date de 1995, quand il était ministre délégué à l'Espace du gouvernement Juppé. A ce titre, il a été l'un des pères de la fusée commune du programme franco-russe spatial.
Aujourd'hui, il défend ardemment la nécessité de travailler avec la Russie…
Il est dans une logique gaulliste d'équilibre. Pour lui, la Russie est une puissance européenne tournée vers notre continent et non vers l'Asie. Isoler la Russie est une erreur : quand c'est le cas, elle devient dangereuse pour le reste de l'Europe. Il faut donc arrimer la Russie à l'Europe. Le dossier de la paix en Ukraine ne peut pas être traité par la CIA depuis Washington. C'est à l'Union européenne de régler cette situation. Or, tous les liens ont été coupés entre Moscou et les autres capitales européennes.
Vous êtes un gaulliste social. Vous avez toujours combattu l'extrême droite mais aussi la droite dure. Aujourd'hui pourtant, François Fillon relaye des arguments de cette droite dure ou d'une droite catholique traditionaliste et plutôt éloignée du séguinisme. Le comprenez-vous?
François Fillon est dans une campagne électorale et il lui fallait renouer le dialogue avec une droite à laquelle l'UMP/Les Républicains ne parlait plus. C'est désormais chose faite. Après, le pilier du gaullisme social, c'est le "dialogue social", à savoir la construction d'une politique humaniste en accord avec la société et ses représentants. Or, il a indiqué que ses mesures économiques, comme la fin des 35 heures, passeraient par les entreprises, entre patron et syndicats. C'est sans doute la meilleure manière d'optimiser le dialogue social.
Sa foi chrétienne catholique peut-elle être un handicap dans une République laïque?
Le fait qu'il confirme publiquement être catholique ne me gêne pas. Je n'ai pas l'impression qu'il empiète sur la laïcité. Comme moi, François Fillon a toujours partagé ce principe des israélites britanniques qui est la meilleure définition de la laïcité possible : "Je suis juif chez moi et anglais dans la rue."
(*) Jean De Boishue raconte ses cinq ans d'expérience à Matignon dans un livre, Anti-secrets, paru en 2015 chez Plon.
Source: leJDD.fr
  • Par Gaël Vaillant

2018 © Le Journal du Dimanche. Le JDD est un journal hebdomadaire français d'actualité fondé en 1948. Le Site LeJDD.fr est édité par Lagardère Digital France


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BFMTV - Actualités en continu et info en direct et replay

Bourgi sur Fillon: "Je le savais accro à l'argent"

29/01/2018 à 09h17 Mis à jour le 29/01/2018 à 09h42

L'avocat révèle avoir "tué" politiquement François Fillon, qu'il accuse de déloyauté vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. 

Un an après le Penelopegate, Robert Bourgi enfonce le clou. L'avocat, qui révèle dans le documentaire de BFMTV avoir voulu "niquer" François Fillon, raconte comment sa relation avec le candidat de LR a tourné au vinaigre.
"Lorsqu'il était Premier ministre, on se voyait une à deux fois par mois. J'allais boire le scotch avec lui à Matignon, dans son bureau. Il me savait proche de Nicolas Sarkozy, et voulait savoir ce qu'on pensait de lui au château [à l'Elysée]. Je lui disais la vérité: que c'était un supplétif".
Après son départ de Matignon, François Fillon aurait de nouveau sollicité Robert Bourgi, cette fois pour l'aider à trouver des clients pour son bureau de conseil. "Je lui ai dit: ne t'aventure pas là-dedans, tu auras des ennuis", se souvient Bourgi. "Il a insisté, je me suis gardé de lui présenter qui que ce soit. Mais je savais qu'un jour, il aurait des problèmes".

"Pourquoi j'ai décidé de tuer Fillon"

Puis un jour, Robert Bourgi dit apprendre par les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme - qui ont démenti dans la matinée, ndlr - que, selon François Hollande, François Fillon a "demandé la peau de Nicolas Sarkozy" lors d'un déjeuner avec Jean-Pierre Jouyet, alors secrétaire général de l'Elysée. "Il a eu les mots les plus inélégants vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Il m'avait promis d'être loyal, il n'a jamais tenu parole". 
"Fillon, j'ai décidé de le tuer pour plusieurs raisons", poursuit l'avocat. D'abord, parce qu'il n'a pas été fidèle. Ensuite à cause de la "mise en examen de De Gaulle" [référence à la sortie de François Fillon sur la mise en examen de Nicolas Sarkozy qui, selon lui, le discréditait]. Il passait trop de temps à démolir Nicolas Sarkozy. Et enfin parce que je le savais accro à l'argent: je savais que tôt ou tard, il aurait eu de sérieux problèmes".
"J'ai décidé de piéger François Fillon avec les costumes", dit encore Robert Bourgi. "Je savais que ça allait le tuer". Il en parle alors à Nicolas Sarkozy: "il m'a dit: 'est-ce que tu sais où tout ça peut te mener'. Ce jour-là je ne lui dis pas ce que j'ai. Mais je sais que Fillon ne sera pas président. C'est un triste sire".
A. K.
8 opinions
  • Bonsens
Bonsens      30/01/2018 à 04h20
Une pseudo enquête qui cherche à brouiller les cartes.
Seule l'autorité suprême avait le pouvoir d'obtenir les informations confidentielles manipulées en scandale.
Fillon avait un excellent programme de redressement d'une France toujours en faillite et qui accepte que les jeunes à 40% n'aient pas d'emploi sérieux et reste chez les parents jusqu'à 39 ans. Les Citoyens ont été privé de leur choix on repassera pour la Démocratie.
goodaps      29/01/2018 à 15h39
J'adore cet avocat qui ose argumenter sur la loyauté après de tels actes !...
beaudolo      29/01/2018 à 13h16
pourquoi Bourgi sort cela maintenant, il va sortir un bouquin, pour se faire du pognon et profitant de la pub que lui font, gratuitement, nos bons médias de gauche?
tribut      29/01/2018 à 11h20
Il est vraiment inquiétant cet avocat!
Rmtv
Rmtv      29/01/2018 à 11h29 (réponse à tribut)
Pas plus que les autres ...
vauban      29/01/2018 à 11h01
Bayrou a dit:"ces gens ne s'aimaient plus", dire: "ces gens ne s'aiment toujours pas" serait plus approprié.
sonntag67      29/01/2018 à 10h27
François Fillon aurait pu chanter: "je suis le mal aimé"
guy de brichambeau      29/01/2018 à 10h26
Il est dommage de placer l'émission sur FILLON très tard de cette façon peu de personnes seront devant leurs récepteurs tv la prochaine placez cela à 3hoo du matin !
beaudolo      29/01/2018 à 10h09
Tout cela est ignoble, en fait tous ces politiques de Mélenchon à Le Pen ne voient qu'une seule chose leur intérêt personnel quitte à ce que ce soit au détriment de la France et des Français!(Mélenchon, pour un soit- disant insoumis, a quand même bénéficié pendant 35 ans d'émoluments versés par l'Etat ce qui lui permet d'avoir aujourd'hui un capital qui dépasse les 2 millions d'euros!)
sclp
sclp      29/01/2018 à 16h07 (réponse à beaudolo)
C'est faux, Mélenchon est riche par héritage familial ! pas grâce à la politique. C'est peut-être à partir de maintenant comme député, puis plus tard comme sénateur (parcours classique quoi), qu'il va s'enrichir sur les deniers publics, comme les autres.
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