Cher ami, Monsieur le Secétaire général,
je me permets de continuer à réfléchir avec
vous selon ce que m'inspirent les réunions de café-politique, ainsi ce
matin à Saint-Gildas de Rhuys, toujours en Morbihan et avec Hervé
Pellois, loyal, tranquille et structurant.
1°
la communication suppose la communion, pas tant celle que l'intervenant qui veut la provoquer chez autrui et en forme d'adhésion à son propos, mais celle de l'intervenant avec celui auquel il s'adresse, même si celui est des millions. Cette
personne-là " à qui le discours s'adresse " doit se sentir
personnellement concernée par le dire de celui qui s'adresse à elle,
quelle que soit la forme - télévision, discours à la nation ou simple
rencontre individuelle. Le téléspectateur, considéré comme citoyen, le
participant à une réunion prend de son temps, il donne pour aller
écouter un politique ou quelque exposant que ce soit sur quoi que ce
soit, pour rester devant le téléviseur et sur le bon programme. Intéresser cette personne aux deux sens du terme : qu'elle
soit concernée, se sente concernée et pour cela se sente même appelé à
compléter. Pas tant à approuver qu'à enrichir. Et que ce soit
intéressant, c'est-à-dire assez universel et assez immédiat.
A contrario, toute communication pour
redorer le blason de celui qui parle ou pour promettre ce qu'il ne tient
pas encore, suscite - au moins intérieurement - la discussion chez
celui qui l'écoute, et pis encore pour l'orateur ou l'intervenant, un
sentiment de supériorité chez celui qu'il ne parvient pas à intéresser. Parce que son sort à lui, le politique, le président de la République, parce que c'est trop évidemment le sujet, n'intéresse que très secondairement et en fonction seulement de l'intérêt général.
La communication pour se faire valoir, pour se défendre, pour se
rattraper appelle chez l'auditeur le sentiment d'être juge et le met en
situation de rejeter celui qui prétendait convaincre et rallier.
C'est bien ce qu'il s'est passé ces années-ci et particulièrement ces mois-ci. Le pouvoir, au lieu d'animer la nation, s'est mis entre
les mains de tout un chacun, et tentant d'être formellement meilleur ou
de trouver des mises en scène de plus en plus humiliantes pour lui-même
mais conseillées par des marchands, il s'est encore rapetissé au point de ne plus exister médiatiquement. Il n'y a plus qu'un bruit de fond.
Au préalable, la communion, et non comme fin et aboutissement souhaités.
2°
le temps trop court : c'est une perception qui se fait, forte et fondée. Chez les citoyens encore davantage que chez les politiques, parce qu'aucune mesure, aucune orientation ne vaut sans la durée et la certitude de la durée.
Le peu de temps entre chaque élection
générale qui couple président de la République et Assemblée nationale.
Revenir au septennat. Le commentaire est ensuite : un seul mandat sans
être admis à redoubler... sans pouvoir se représenter aussitôt. Ce
commentaire n'aurait pas d'argument à l'expérience si, opéré par le
retour au septennat, le découplage présidentielles/législatives comme
naguère, renforcé d'ailleurs par le retour à la dissolution quand la
majorité tourne ou est douteuse, met en cause le mandat présidentiel bien plus souvent que n'a lieu l'élection. Erreur majeure que celle de 1973, consacrée
en 2000 : Georges Pompidou pour demander moins en se faisant réélire
dès 1974 (Roger Frey nommé ad hoc au Conseil constitutionnel) malgré sa
mauvaise santé, Jacques Chirac pour se faire réélire malgré l'âge venant
et peut-être un état de santé qu'il savait, mais pas les autres.
La cavalcade s'est accentuée depuis la "trouvaille" des primaires dont l'effet pratique est de multiplier rivalités et courants dans l'opposition, convaincue que l'alternance jouera en sa faveur, et de placer en posture très solitaire le président en place refusant d'être considéré comme un candidat semblable aux autres.
Enfin - je le répète depuis dix ans - comment, avec les échéances, les contraintes, et les diverses négociations internationales induisant toutes des périodicités, n'a-t-on pas réinstitué la planification qui faisait
notre rythme et notre "ardente obligation" depuis 1945. Celle-ci tout
naturellement encadrerait non seulement les projections et engagements
économiques, mais donnerait force et effet au dialogue social, en le
recevant comme partie intégrante de notre programmation nationale. Les
commissions du Plan en permanence et sans bras de force feraient le climat et les rencontres. Sans doute enfin : l'inventivité
collective, donc consensuelle. Parlement et gouvernement n'auraient
plus qu'à consacrer par la loi, ce qu'auraient convenu les "forces
vives" du pays, ensemble.
Comment ? peut-on gouverner, et même sereinement penser, si
l'on est prisonnier des communicants, de la pendule et de la fin de
partie ? Une issue constamment interrogée à l'avance par sondages.
Or, nous vivons cela. Cela et le huis-clos.
Pensées chaleureuses en cet après-midi, sans agenda, je l'espère pour vous.
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