mardi 2 février 2010

Inquiétude & Certitudes - mardi 2 février 2010



Mardi 2 Février 2010

La réalité. Celle de l’amour, pas du tout ce que pendant des décennies et selon je ne sais quel moule qui n’a pas tellement tenu à mon éducation mais bien plutôt à moi en illusion, en égocentrisme et en répétitive inexpérience. Celle de la vie, comme me le suggère une introduction que je relis à la vie de saint Benoît de Nursie, selon l’écrit de Grégoire le Grand, un portrait mystique est réel, celui de nos rapports à Dieu, de notre tension et de notre disponibilité envers lui, réel alors que les dates et physionomies, l’œuvre-même ne sont que superficiels, à peine indicatifs. – Prier… sur ce chemin où l’on est arrivé quelque part, toujours définitivement, jamais définitivement… la réalité. Pour l’enfant, vérité=vie=réalité, absolument synonimes. Marlène Jobert, ses contes et chansons pour enfants que ceux-ci suivent, sachant lire ou pas, dans le livre-pochette du disque. Est-ce qu’elle existe vraiment ? dans la vie ? est-ce que je peux la rencontrer ? est-ce que tu la connais ? La réalité=rencontre… toutes les leçons de vie spirituelle ou d’intelligence philosophique sont là. Et pour notre fille, pour l’enfant, l’interrogation est vérification de la réalité, au toucher… Un neuro-psychiâtre, à un poste décisif, il est souvent opérationnel en Afghanistan, pour étudier la transmission, prend des livres-télmoignages ou réflexion sur les camps et la shoah… Pour moi, la transmission c’est le fait religieux, inné chez l’homme, mais rencontré par la Bible, le Coran, l’écrit, transmission d’une révélation. La transmission, c’est notre enfant et nous, et notre enfant nous transmet infiniment plus, pas seulement une relecture, mais elle nous introduit bien plus profondément dans ce que superficiellement et selon son rythme, nous lui apportons. Faits et circonstances font un plan bien plus naturel et ensemençant que nos projets ou résolutions ou ambitions d’éducation. Thomas d’Aquin fait sa Somme théologique par questions-réponses, et non selon un plan a priori. [1]

Un rite, la circoncision. Rite décisif pendant la dernière guerre, plaisanteries et identité. Le Christ y est soumis, la loi de Moïse… les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur. Toutes nos symboliques, nos hantises, nos crimes et nos erreurs sur le thème de la pureté et de la purification. Le texte passe vite, puisque le rite est connu du lecteur (de l’époque) et insiste sur les prophètes que la Sainte Famille rencontre, à cette occasion. Les rites à prendre, notamment aujourd’hui, comme un lieu de rencontre et les rencontres comme une introduction au sens, à la réalité, à la vie. Anne, une femme qui était prophète… s’approchant d’eux à ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance. Syméon, l’Esprit lui avait révélé qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie du Seigneur. Poussé par l’Esprit, Syméon vint au Temple. Les rencontres qui se transmettent… Jésus lui-même, l’enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui… Qui est ce roi de gloire ? … Alors, l’offrande de Juda et de Jérusalem sera bien accueillie du Seigneur, comme il en fut aux jours anciens, dans les années d’autrrefois… soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez. Ce n’est pas le rite de la présentation au Temple ou quelque autre qu’accomplit le Christ, mais les prophéties. Et les prophéties ne sont que la révélation de Dieu aux hommes, et le ministère du Christ n’est qu’un appel à Le suivre… Il a rendu libres ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves. Notre tolérance d’aujourd’hui à l’intolérable et notre abattement, notre aveuglement (signe s’il en est de notre déprime collective, de notre goût de la mort, de notre désespérance, fruits directs de l’individualisme qui aura été inculqué à la génération qui est venue au pouvoir) sont tels que nous n’attendons (et ne voulons plus) aucune délivrance (je pense à la politique et à l’économie, au social : superficices et enveloppes pour chacun de la vie affective et spirituelle). Qui donc est ce roi de gloire ? Le fait nouveau qui nous réveille, puiqu’il le faut.


petit matin

Le service public, le service tout court, le client cible et le prestataire devenu prédateur. Pas de tonalité. Je la retrouve en m’appelant de portable à fixe. De débit que 2 à 9 kbts. Il me paraît que les lignes ne sont pas entretenues et que cette loi vaut pour tout ce qui naguère était le service public ou assimilé, trains, téléphone, électricité. Un hiver un peu plus froid qu’un autre – réchauffement climatique – et les trains triplent leur temps de voyage, l’électricité est coupée. Pas d’investissement. En réalité, la bataille pour le service public n’a plus de sens, puisque les entreprises publiques ou le service public se conduisent comme le privé ou pire, que les services ne sont plus de qualité. Hier, pas de courrier à cause d’une neige dans la nuit qui avait déjà fondu en milieu de matinée.

matin

Le budget américain. Le combat d’Obama. Le lien : la Chine. Les responsabilités d’une génération dans la montée en puissance d’un Etat jusqu’à l’hégémonie, les précédents. Je développe ce qui me vient ainsi. Obama ne tranchera pas en politique extérieure, mais la bataille pour une semi-réforme de la santé, la bataille pour que les banques ne soient plus ce qu’elles étaient et n’ont cessé d’être malgré concours, crises, mises en demeure, la bataille maintenant pour la réduction du déficit budgétaire d’au moins de moitié dans les deux ans sont des engagements d’homme d’Etat et me le rendent sympathique. La démocratie américaine aussi puisque tout cela doit être négocié et voté, par conséquent très travaillé en présentation, en sincérité et en cohérence. En France, en autocratie, il n’y a pas de contrôle, donc pas de qualité des textes ni d’obligation d’un scenario, et d’alternatives dans les engagements financiers de l’Etat. Une des coupes c’est de renoncer au retour de l’homme sur la Lune, au profit des missions sur Mars, moins coûteuses. Annonce coincidant avec celle de la Chine qui ambitionne au contraire de faire alunir un des siens, ce sera le même cri – et aux mêmes fins – que celui de l’Union soviétique en 1957.

Il est constamment dit d’une part que personne ne sait vraiment ce qu’est la Chine ni ce qu’il s’y passe et d’autre part que presque tout nous oppose à elle, surtout si elle est devenue de taille à faire reculer les Etats-Unis eux-mêmes. Ce n’est plus seulement le financement de la dette américaine, c’est l’ambition spatiale, c’est la place commerciale – les légumes en conserve viennent de Chine principalement ! – et c’est une diplomatie désormais sans aucun complexe. Le nombre étant là, le pays est devenu redoutable. Nous l’avons voulu. La seule politique à long terme avec la Chine serait de détruire son système de capitalisme sauvage au service duquel a été placée la puissance publique pour forcer les Chinois à servir Léviathan, et sa dictature de type institutionnel communiste (mais d’idéologie). L’antidote est la démocratie, les droits de l’homme. Nous devrions les défendre constamment, afficher un protectionnisme entre zones au lieu d’accepter de traiter avec une économie dont l’avantage en termes de coûts ne tient qu’au travail sous-payé, à un système d’esclaves. J’ai la conviction que les hégémonies ou tentatives d’hégémonie à l’époque moderne : Hitler, Staline, les Etats-Unis, la Chine maintenant ne sont possibles que oar cécité de ceux qui seront subjugués. Nous sommes aussi lâches devant la Chine que devant l’Allemagne des années 1930. Nous en sommes responsables. Surtout dans un pays où perdre la face est politiquement mortel. Est-ce en vue du conflit sino-américain que le budget du Pentagone est de l’ordre 700 milliards de dollars, en augmentation régulière ?

milieu de journée

Voyage en Corse de Nicolas Sarkozy, rien à voir avec les élections régionales qui ne concernent pas le Président de la République si leur résultat est décevant pour la majorité parlementaire : par conséquent les multiples annonces, du genre d’un gazoduc, des diverses subventions et des dégrèvements sont hors champ. Je considère donc seulement la manière du Président de la République avec les Français dans cette région. Tout est à huis-clos, le déjeuner avec les élus (seulement les U.M.P.), les réunions de travail, lesquels dans le système en vigueur consiste en un discours du visiteur, debout à une estrade, le public à distance tenu par ces gros cordons rouges ou bleus des liturgies de mariage ou d’obsèques dans nos églises. De Gaulle faisait la fête, parlait essentiellement en public, détestait le huis clos, ne distinguait pas entre les appartenances, c’était l’homme de plein air et de courtoisie.

suites

Dépannage de la ligne téléphonique. France Télécom. intervient… leçons de choses. D’un appel, par portable au 1013, il était résulté qu’on nous dépannerait dans les trois ou quatre jours mais sans avoir à nous visiter. On nous appelle comme nous allions partir à l’école et prendre la Lancia. Camionnette, un technicien, explications de ce qu’il nous arrive, retour dans la demi-heure. Intervention sur la lig,ne, défectueuse, comme une autre, autour de notre bourg, passage à une autre ligne, il peut encore s’en ouvrir deux ou trois pour ce cable, des boîtiers vers le super-marché, et un autre à mi-route. Ces deux ou trois, sans doute celles que j’avais réservées puis abandonnées en fonction des deux bâtiments et d’une télécopie au numéro séparé. J’apprends surtout que notre réparateur, venant de la région parisienne, est employé par une société privée, la plus grosse du Morbihan dans le genre, que tout est sous-traité et parfois à deux ou trois niveaux, et que les techniciens de France-Télécom. – cela recoupe leur plainte tentant d’expliquer la vague de suicide et tout le mal-être dans l’entreprise, qui n’est plus ni régie, ni service public, ni entreprise publique – ont interdiction de monter un seul barreau. La sous-traitance permet non seulement de contourner le statut de fonctionnaire mais d’évacuer les coputs d’assurance, trop d’accidents. Les sociétés sous-traitantes sont elles-mêmes mises en concurrence permanente, il y a les bonnes et les mauvaises, notre homme a ainsi passé sa semaine sur les traces d’une mauvaise, et comme sa société est la meilleure, naturellement, on la change d’une année sur l’autre d’aire d’intervention, pour qu’elle nettoie à mesure. Même chose pour les « boutiques » Orange qui sont sous-traitées. Quant à l’investissement, il semble lent mais pas nul, une centaine de boîtiers nouveaux par an dans le département pour le haut débit. Nous pousuivons sur la généralité de la situation française, il ne voit que stagnation à long terme, certainement pas d’amélioration à court terme pour l’emploi. Ici, il peut aller prendre ses enfants à cinq heures ayant terminé sa tournée. A Paris, impossible. Probable ascendance maghrébine, né en 1972, deux garçons, vivant à Auray, une heure d’ici. J’en déduis surtout une chaine d’irresponsabilirés où il est presqu’impossible de savoir qui dirige, qui est responsable et où surtout l’évaluation économique – censée tout diriger de nos jours où s’est évanouie la notion de service public – est impossible tant il y a d’interdépendances de toutes sortes entre des entités pourtant juridiquement et financièrement distinctes. Solidarités de fait et donc subies, et pas de solidarité de droit ou de projet qui donneraient lieu à des stratégies qui ne seraient plus superficielles et spéculatives (les « croissances externes ») mais de fond. Prendre les choses du côté des besoins et de l’innovation, et non plus selon la solvabilité à emprisonner. Offert le café en échange de cette conversation informative. Politique : que des paroles et pas tenues, feraient mieux de se taire. Les belles années, il y en a eu, mais il y a longtemps. Travailler pour nos enfants. Il n’est pas particulièrement vindicatif contre qui que ce soit, il juge que nos situations ne sont pas les pires, sa femme travaillant aussi, ils s’en tirent.

Posture de Dominique de Villepin. Un ancien ministre du général de Gaulle et de Georges Pompidou opine… En ce qui concerne M. Goulard, je pense qu'il sera honnête de sa part de choisir entre l'UMP et son soutien à M. de Villepin. Pour ce dernier, il ne suffit pas de prendre des postures dites gaulliennes pour être vraiment gaulliste, alors qu'il n'a été que chiraquien. Si l'on peut encore sauver ce qui reste de la Vè République, il faudra le faire sans lui et, éventuellement, contre lui. Je me permets, enfin, de vous rappeler qu'il n'a été blanchi par la Justice qu'au bénéfice du doute : c'est à la Cour d'Appel qu'il appartiendra de faire complètement la lumière dans cette triste affaire.


[1] - Malachie III 1 à 4 ; lettre aux Hébreux II 14 à 18 ; psaume XXIV ; évangile selon saint Luc II 22 à 40

Dominique de Villepin, pour le pays ?


Le premier verdict dans l’affaire Clearstream intervient à presque mi-mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy. Il innocente Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, lequel confirme son intention d’être candidat à la prochaine élection présidentielle. Après avoir mis en cause le président de la République personnellement, depuis l’ouverture du procès, d’autant plus facilement que Nicolas Sarkozy s’est porté partie civile – ce qu’a accepté le tribunal – Dominique de Villepin déclare tourner, quant à lui, la page de la querelle personnelle et fait observer que son adversaire aurait pu, beau joueur, lui tendre la main et applaudir son innocentement – ce que celui-ci n’a pas fait, tandis que les juristes renchérissent : Nicolas Sarkozy, qui a pris la pose de ne pas faire appel du jugement, pouvait prouver sa sincérité en se désistant, alors que restant partie civile il peut à sa guise intervenir au procès d’appel.

Pour les Français, verdict et appel ont – certainement – constitué l’événement politique de la semaine dernière, éclipsant les deux interventions sur lesquelles le président de la République comptait pour « partir à la reconquête de l’opinion » sans trop paraître s’impliquer dans les prochaines élections régionales : soirée sur TF1 le lundi 25, discours à Davos le lendemain. La presse écrite a qualifié le premier acte, de victoire ou de revanche pour Dominique de Villepin, et le second acte a déclenché une polémique qui place le pouvoir en position difficile : la garde des Sceaux, après deux jours de discrétion, affirme que le parquet a agi en toute indépendance et publie son intention d’organiser une information sur le fonctionnement de la justice par divers colloques, rencontres et manifestations. Prétendue pédagogie : toujours. Suivant la logique de trente mois d’exercice des fonctions présidentielles par Nicolas Sarkozy, l’opinion publique est fondée à apprécier l’ensemble du verdict et de l’appel comme une querelle entre deux personnes qu’entend vider à son avantage Nicolas Sarkozy, et comme un abus de pouvoir de ce dernier vis-à-vis du système judiciaire pour une fin individuelle. Devant les Français, le Président de la République ne sera justifié de cet « acharnement » que si de nouveaux éléments de preuve apparaissent en défaveur de son adversaire et concourent donc à la morale publique. Il porte et portera, néammoins et en tout état de cause, la responsabilité d’avoir donné une image douteuse du pays et de sa vie politique, autant pour ses concitoyens que vis-à-vis de l’étranger.

Devant l’opinion, non plus selon les faits, confus, de l’affaire Clearstream, mais selon l’accueil d’une décision de justice, cette posture des deux anciens rivaux à la succession de Jacques Chirac, permet-elle à Dominique de Villepin d’être candidat avec des chances appréciables de l’emporter à la prochaine élection présidentielle ?

Le pouvoir – dont la communication est très centralisée, soit que Nicolas Sarkozy en accapare l’expression, soit qu’il en impose rythmes, thèmes et dialectique aux ministres et aux divers porte-paroles de l’UMP ou des groupes parlementaires (cf. le mimétisme des défenses et illustrations de la candidature de Jean Sarkozy à la présidence de l’EPAD ou des cumuls de responsabilités et de rémunérations de Proglio) – fait observer que Dominique de Villepin ne dispose pas de mouvement politique, pas d’argent, pas de position (il aurait probablement être à l’heure qu’il est député-maire d’Evreux à la place de son ancien directeur de cabinet, aujourd’hui ministre de l’Agriculture) et que la partie a été jouée en 2005-2007, que donc sa pétition de candidature n’a été avancée par lui qu’en fonction de son procès, qu’elle est pour la montre et qu’elle n’a aucune chance non seulement de l’emporter mais même de persister.

A cette argumentation et aux journalistes du plateau de Canal + le 29 Janvier au soir, Dominique de Villepin a répondu en indiquant – sans que ce soit le thème principal de l’émission – la manière de sa candidature et une partie de son fond.

La manière serait pacifique. Il s’agit d’augmenter ce qui est déjà un « courant » dans la majorité présidentielle. Ce « courant » est alimenté par la manière dont Nicolas Sarkozy exerce ses fonctions plus que par ses décisions. La contestation dans l’U.M.P. porte sur l’accaparement des dossiers, le dédain des compétences gouvernementales, l’ignorance de fond ou de forme des procédures et convenances parlementaires. Sans clivage d’appartenance ou d’intentions de vote, une grande majorité des Français épouse cette contestation, souhaitant qu’elle s’exprime encore davantage et trouve son efficacité. Dominique de Villepin se garderait de quitter l’U.M.P., chercherait à la requalifier selon ses sources – le legs du général de Gaulle et de certains de ses successeurs – et conquerrait progressivement, mais en deux ans seulement, l’appareil du parti présidentiel à la fois par sa base électorale et par le ralliement de dirigeants et de parlementaires, d’élus locaux de plus en plus nombreux. En somme, il introduirait dans le mouvement – que certains appellent encore « gaulliste » – une démocratie et une procédure de choix du candidat pour l’élection présidentielle, qui a cours au Parti socialiste, mais n’a jamais été pratiqué dans l’U.D.R., au R.P.R. ni à l’U.M.P.

Intellectuellement, civiquement, esthétiquement – et ce dernier aspect de la pratique politique compte dans la démarche et pour l’image de Dominique de Villepin – cette manière est attrayante. Son succès, malheureusement, ne dépend que peu de l’entregent du candidat, et beaucoup des fautes que devra encore commettre le Président de la République, au détriment de la France et de gestions avisées et adéquates du pays. Au bout de combien de temps et par combien d’erreurs de fond ou de communication, Nicolas Sarkozy paraîtra-t-il pour ses partisans un handicap plutôt qu’une chance en 2012 ? Quelle est la proportion dans les groupes parlementaires et parmi les cadres dirigeants de l’U.M.P. de personnalités flottantes dans leurs intérêts ou indépendantes dans leur jugement ? Dominique de Villepin est-il de son côté attirant – et le plus attirant, notamment par rapport à Alain Juppé principalement ou à d’autres rechanges possibles tel que Jean-François Copé qui sinue au maximum mais veut beaucoup ? Le secrétaire général de l’Elysée, pendant le premier mandat de Jacques Chirac se fit beaucoup d’ennemis et la paternité qui lui fut attribuée, d’une désastreuse dissolution « de confort » en 1997, ne lui conféra ni une réputation de coup d’œil stratégique, ni l’aura d’une représentativité des points de vue d’élus nationaux et locaux qu’il mit au contraire en difficulté. En tant que Premier ministre, manifestement nommé par le fait du prince, il n’a pas démontré ce savoir-faire politique, tant au Parlement que dans les réseaux qui font l’adhésion d’un pays depuis la province et les « corps intermédiaires », habileté et don d’arranger les choses dont Georges Pompidou s’était donné une image telle qu’il put anticiper dans le mouvement gaulliste la succession-même du Général. A son profit personnel. Si François Fillon a une stratégie, ce peut être celle-là apuyée sur la reconnaissance informée de ceux des parlementaires qui peuvent faire le compte des incidents ou crises, suscités par l’Elysée, les conseillers du Président sinon par celui-ci en personne, et qu’aura résolus ou palliés, par sa discrétion et une dignité personnelle certaine, le Premier ministre actuel. L’opinion publique, à en croire les sondages, le sent. Le mépris des gens, des parlementaires, des c…, n’est pas l’apanage du seul Nicolas Sarkozy. A tort ou à raison, Dominique de Villepin entre 1995 et 2002, l’avait précédé dans ce genre de rumeur. Quant au volontarisme, c’est archi-rebattu et les deux rivaux pour la succession de Jacques Chirac sont – ce propos – ses enfants en parole.

Le bilan de Dominique de Villepin à Matignon, compte tenu de l’état de santé du président alors régnant et de la perspective de l’élection présidentielle, est sans doute factuellement très convenable – bien de ses collaborateurs et de ses ministres en font état, mais l’exposé n’est pas répandu et l’ancien Premier ministre n’a pas su, encore, le publier, l’écrire et en faire des dossiers à opposer, pour des durées comparables de l’exercice du pouvoir, aux gestions actuelles. L’affaire Clearstream et la proposition de « contrat première embauche » qui mit le pays en ébullition, la majorité en opposition et les étudiants une fois de plus dans la rue, ont occulté jusqu’à présent la période « Villepin au pouvoir ». Celle-ci d’ailleurs – comme aujourd’hui la pétition de candidature présidentielle – n’a paradaoxalement pas fondé l’image publique du Premier ministre, sur celle – très favorable – du ministre des Affaires Etrangères tenant tête à l’Amérique : depuis, Dominique de Villepin n’a pas pris la tête d’une « croisade » contre la réintégration de la France dans l’O.T.A.N. ou contre notre engagement, très subordonné sinon humiliant, en Afghanistan avec les coûts humains que la cause, à l’évidence perdue d’avance, ne justifie pas.

Devenir le candidat de rechange de l’U.M.P. est d’ailleurs la seule position – qui puisse se libérer sur l’échiquier politique d’ici la prochaine élection présidentielle. Car Martine Aubry dispose d’une machine puissante et sa démarche prudente devrait lui donner le moment venu une investiture qui ne sera contestable que par sécession déclarée. L’attaque répétée de la droite, plus que du patronat (paradoxalement), à propos des trente-cinq heures, la désigne comme une véritable compétitrice, pas seulement en personne mais en système de pensée, du président sortant – ce qui la distingue de Dominique Strauss-Kahn dont il sera dit, au moment décisif, qu’il doit sa place et donc son image, à Nicolas Sarkozy qui l’a poussé à la tête du Fonds monétaire international. Et si la querelle ne doit porter devant les électeurs que sur la morale publique et la privatisation à des fins personnelles du pouvoir politique et de l’outil étatique, François Bayrou a de l’antériorité et, lui comme les socialistes, une machine. Dominique de Villepin n’a pas le choix : il lui faut l’U.M.P. ! qu’il la séduise par l’actualisation de ses sources, ou qu’il profite des fautes et de la mauvaise image de Nicolas Sarkozy et des amis de ce dernier.

Le fond répond autant à cette stratégie qu’au tempérament et à la culture du candidat Dominique de Villepin. Avec autant d’à propos que d’habileté, l’innocenté de l’affaire Clearstream et la victime de l’acharnement élyséen en a appelé – dès la contestation du verdict – à la conscience et au sens de l’Etat des collaborateurs-mêmes du Président de la République. Il a sans doute aucun frappé juste, et au cœur. La morale publique n’a pas que des règles de morale individuelle : elle est le tréfonds du sentiment républicain, trop peu élucidé depuis qu’on se réfère à des valeurs de la République sans jamais les définir. Dans cette ligne, l’ancien Premier ministre peut travailler, faire travailler. Il en déduira aussi bien la responsabilité populaire du Président de la République que le respect des compétences de chacun dans le gouvernement et dans le Parlement, et entre les échelons déconcentrés ou décentralisés de la puissance publique. C’est fonder une critique systématique, informée et qu’attendent les Français victimes d’un désaménagement du territoire à la suite des « réformes » des cartes judiciaires, administratives, militaires et électorales du pays. Le sens de l’Etat est la perception du bien commun et l’énoncé d’une finalité de tout exercice d’un pouvoir électif, c’est donc la restauration du service public, la remise en œuvre de ce qui fit le consensus économique et social des Français à partir des programmes du Conseil national de la Résistance et des réformes de la Libération, le tripartisme, le plan quadriennal, l’économie mixte, le secteur public et dans l’immédiat une nationalisation pour un temps déterminé de tout le crédit. La chose est facile à afficher, elle est en germe dans les propos de vendredi soir, elle réintègre dans l’esprit national qui nous a constitués depuis deux siècles, les Français, leur élites, à commencer par la haute fonction publique – qui doit ambitionner autre chose et une autre gloire que les places dans l’entreprise privée qu’elle s’est adjugées systématiquement depuis les années 80 en défroquant honteusement, à la faveur des privatisations et des démantèlements de l’Etat. La politique extérieure et l’accent européen seront encore plus aisés à exposer, références antérieures depuis 1995 à l’appui – sans prêter à un examen trop attentif qui serait factuellement critique, mais n’a pas lieu d’être dans la présente réflexion. Et le contre-point depuis 2007 sautera aux yeux, il sera enfin dit.

Pour conclure – à ce stade de la candidature présidentielle de Dominique de Villepin – il apparaît que celui-ci a politiquement fort à faire mais que les options coulent de source. La difficulté n’est donc pas là.

Elle réside – à mon sens, et selon une expérience personnelle que je rappelle incidemment plus bas – dans la personnalité de l’impétrant.

Le personnage ne suffit pas, il faut la personne, il la faut cohérente, continue, sympathique, fidèle et donc fidélisante. La preuve de ces traits de caractère – innés ou acquis, à acquérir – n’est pas encore évidente. Le paraître, le narcissisme sont des reproches majeurs adressés couramment à Nicolas Sarkozy. La surestimation de soi aussi. La superficialité de celui qu’on veut au contraire au travail dans l’approfondissement et la ténacité, serait alors ressentie par les interlocuteurs, les visiteurs puis les électeurs pendant la campagne finale. La collégialité, le travail précis et continu doivent devenir – pour le candidat – l’essentiel de l’emploi de son temps et de son énergie. La prestation médiatique doit en découler mais pas les précéder. Ce doivent être un bouche-à-oreille, puis la forte réputation. Naturellement, un bon livre que l’écrivain saura rédiger lui-même. Opportunément quelques ouvrages collectifs pour donner le bilan au Quai d’Orsay et à Matignon. Quelques autres pour des propositions et des analyses d’avenir. Mais l’image du désintéressement, de l’autorité morale grandissante, du labeur, de l’écoûte – l’exercice à Bondy ? – est indispensable. Les témoignages, les traits doivent abonder. Ce qui fera la différence avec Nicolas Sarkozy. Enfin, une maturité : pas principalement un vernis, une énergie.

Déçue depuis une trentaine d’années par la faible alternative des programmes gouvernementaux, des comportements du personnel politique et des idéologies « dominantes », l’opinion – gavée en sus de réformes qu’elle ne veut pas et souffrant de nécessités auxquelles il n’est pas porté remède et pas même sincèrement compati – est actuellement une opinion civique, réfléchie, raisonnable. On ne l’ « aura » pas par quelques moulinets, coups d’éclat ou une simple présence médiatique. Une victime n’est pas un chef, mais l’ancien Premier ministre est victime parce qu’il peut être chef.

Pour Dominique de Villepin, quoi qu’il en ait, le précédent ne peut être celui de l’homme du 18-Juin, tout simplement parce que les circonstances ne sont que civiles. En revanche, Pierre Mendès France est un bon modèle pour la période apparemment si bloquée qu’étaient les années 1951-1954. La rigueur tous azimuts obtenant le soutien de toutes les forces éclairées du pays, dans tous les secteurs de l’activité et de la société. La désagrégation du pays, la dilapidation par le mépris ou la méconnaissance des grands acquis du pays auxquelles jour après jour, Nicolas Sarkozy attache son nom, ont déjà suscité des débuts de réflexion – très civiques, très informées : dans l’armée, dans le corps judiciaire, jusques dans la carrière préfectorale. Dans les services centraux ou déconcentrés de l’Etat, dans ce qu’il reste de grands services publics sociaux ou économiques, les agents et les cadres dirigeants ne cachent pas leur tristesse et leur révolte : leur échelle de valeurs est méconnue, leur travail ignoré ou saboté, le fruit de longues patiences et de tenaces mises en œuvre mal considére. Les structures d’un sursaut de l’opinion sont là. Elles ne se donneront qu’à un candidat au sérieux manifeste et éprouvé, garantissant par sa démarche et son tempérament une distanciation sereine de soi dans l’exercice du pouvoir en France – ce qui n’exclut nullement, au contraire une équation personnelle forte (l’autorité morale prévue par l’article 5 de notre Constitution). Alors va faire florès la proposition d’un modèle national, qui sera porté ensuite et d’expérience immédiate au débat européen – indépendance, justice, participation – aura quelque crédit et quelque chance. Dans les urnes.

samedi 30 janvier 2010

Inquiétude & Certitudes - samedi 30 janvier 2010

Samedi 30 Janvier 2010

Prier… [1] Le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive ». » Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus dans la barque, comme il était ; et d’autres barques le suivaient. Survient une violente tempête. Le christianisme n’est pas une religion, une révélation, une philosophie, le plaidoyer pour une idée de Dieu – idéa Deus, Deus est (Descartes) – ou une conception du monde (avec celles de Bouddha et de Socrate). Il est l’attachement au Christ, l’attraction du Christ, ce personnage venu dans notre histoire à une date précise et qui a fait et dit précisément. L’écoûter, le prier sans doute, mais le contempler d’abord et enfin, en recevoir l’envie sans cesse plus grande et déterminante, le suivre tout simplement pour ne pas le perdre de vue. Le Christ, Dieu fait homme, mais au-delà de toute récitation ou certitude dogmatiqus, Lui, tout simplement, aussi nu que sur la croix, Lui qu’on peut emmener au Golgotha ou dans la barque, qui se laisse faire et prendre, calmement. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait d’eau. Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Tout l’épisode se fait dans une ambiance de fatigue tout humaine, le prédicateur harrassé, la voix peut-être enrouée, les disciples qui rament et n’en peuvent plus, qui sont dans le concret de la catastrophe qui menace après une journée à écouter ce qui, si souvent, les dépasse puisqu’il faut que Jésus les prenne à part et leur explique… les choses se font aussi à l’inititive du Christ, il a donné le signal du départ, et l’orientation. Réveillé, il interpella le vent avec vivacité et dit à la mer : » Silence, tais-toi ». Le vent tomba et il se fit un grand calme. Pour Jésus, ce n’est qu’une parabole de plus et des moindres. Pour les disciples, la perplexité augmente encore : Qui est-il donc,pour que même le vent et la mer lui obéissent ? Pour nous, pour moi, en ce petit matin où avec tous ceux de cet évangile et tous ceux qui prient à travers le monde, en cette sorte de connaissance de cause qu’est la foi (reçue), la question ne se pose pas ou plus exactement elle se pose d’une autre manière : nous regardons Qui nous savons, mais nous ne finirons jamais ici-bas de vraiment Le voir tel qu’Il est, nous appelle, nous parle, prend soin de nous et attend que nous nous changions, nous consacrions, et – chemin spirituel faisant, chemin tout court (vers Lui) faisant – nous changions ce monde qui y est prêt et qui n’attend que cela. Maître, nous sommes perdus et cela ne ne te fait rien ? David comprend enfin que toute sa vie et d’abord l’assassinat couvrant l’adultère, est une parabole. Cet homme, c’est toi ! Et dramatiquement, le Seigneur frappa l’enfant (un innocent de plus qui va périr… selon la faute humaine) que la femme d’Ourias avait donné à David et il tomba gravement malade. David implora Dieu pour l’enfant : il jeûna strictement, s’enferma chez lui, et il passa la nuit couché sur le sol. Deux quotidiens : La Croix et Ouest France viennent de rapporter que Jean Paul II étant pape couchait (fréquemment ?) à même le carrelage de sa chambre. Le monde, nos péchés, nos affections valent que nous implorions…

début de matinée

Sans regarder les dépêches ni « prendre les nouvelles », je synthétise avec un peu plus de recul le « phénomène Villepin » selon les journées d’hier et d’avant-hier puisqu’en politique la rétrochronologie fait beaucoup voir.

D’abord, ceci. L’affaire Clearstream avait fait événement pour – avec le CPE, les manifestations hostiles et son retrait – polluer complètement la gestion gouvernementale de Dominique de Villepin. Depuis avant-hier et surtout depuis l’appel, prolongeant toute l’affaire et ses échos pour probablement en susciter d’autres à répétition – Jean-Claude Marin justifie son appel en insinuant qu’on peut encore apprendre ! – l’affaire va polluer le reste du quinquennat de Nicolas Sarkozy.Tout simplement parce qu’il y a un défi lancé et que ce défi – parce qu’il est indépendant des partis, des syndicats et des conjonctures éconopmiques, sociales, budégtaires pour lesquelles chacun peut passer à l’autre la patate chaude – est personnel : Sarkozy pouvait éteindre l’affaire en se désistant et en tendant la main, voire un portefeuille (les Affaires Etrangères ?) à son rival. Il ne l’a pas fait, il a donc choisi le thème des deux ans et demi à courir. Le commentaire est un fleuve alors qu’aucune de ses deux communications – le cercle des Français affligés sur TF1 et le discours devant la salle de Davos – n’ont donné lieu qu’à quelques contestations et observations sans plus pour le premier exercice, sans rien pour le second. Un discours – pour retentir et être éventuellement commenté, faire sillage ou pénétrer les esprits – doit être rare, attaché à une circonstance reconnue ou répondre à une attente instante, il doit décider ou prophétiser. Champion toute catégorie : de Gaulle. Nicolas Sarkozy a sapé sa crédibilité avec méthode : trop de présence médiatique, pas de texte et les promesses comme les prévisions se vérifient au lieu de se prêter à commentaire. Nicolas Sarkozy a maintenant son affaire, et elle porte sur le bon thème : sa conception égotiste et sa pratique personnelle et cynique des institutions.

Dominique de Villepin s’il réussissait à entrer à l’Elysée ne le fera certainement pas, comme il le conjecturait tandis qu’il fut à Matignon : par une supériorité en duel médiatique avec Nicolas Sarkozy, je suis beau, j’ai du verbe et de la plume, regardez-le… il n’entrera que s’il a, au préalable, désagrégé le part présidentiel, déboulonné le président régnant et pris sa place à la tête de l’appareil. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy s’imposa pour la succession à Jacques Chirac. C’est en gardant de justesse le contrôle du parti que François Mitterrand gagna la bataille présidentielle, c’est faute de l’avoir que Ségolène Royal l’a perdue, et c’est par ce contrôle que Martine Aubry de jour en jour augmente ses chances de devenir président de la République et surtout les chances de la gauche d’être crédible, parce que son principal parti s’unira et de longue date sur sa candidate, qu’enfin l’atout de celle-ci est le même dans le parti et devant les électeurs, elle a un programme, et c’est Nicolas Sarkozy – toujours lui – qui le lui fournit en l’attaquant sans relâche sur les 35 heures. Or, il est évident que le chômage ne sera résorbé que s’il y a égalité devant le travail : le partage du travail dans l’hexagone est le même combat que celui contre les délocalisations ou pour l’augmentation du pouvoir d’achat qu’il vaudrait mieux appeler par son nom : l’augmentation des salaaires, car le tour de passe-passe pour démontrer qu’on dépensera moins mais mieux… etc… est une escroquerie intellectuelle qui ne prend plus.

Donc Dominique de Villepin, une hypothétique première en cas de succès, mais une entreprise qui a des précédents. Celle dont on ne parle pas – singulièrement au fond mais sans que cela étonne tant nos médias sont cloisonnés en documents-mémoire de la compétence des uns, et en commentaire à chaud, genre « café du commerce » de la compétence (au sens de distribution des rôles, mais pas du talent) des autres – crève pourtant les yeux. Il s’agit de Michel Jobert dont la popularité et la notoriété initiales se fondèrent sur une gestion spectaculaire, quoique très sobre d’attitude et de mots, de nos relations extérieures et de notre politique étrangère. Mais il y a deux différences fondamentales entre le fondateur – malheureusement peu écouté et sans postérité actuellement – du Mouvement des démocrates (ne pas confondre avec le Modem, par ailleurs fort respectacle) et Dominique de Villepin. Michel Jobert renvoya systématiquement et avec la plus grande humilité (qui n’a jamais exclu une conscience justifiée de son charisme et de son coup d’œil et de patte) au chef de l’Etat sous lequel il avait exercé et parlé si bien au nom de la France : Georges Pompidou, dont il racheta ainsi en fin de règne, la mémoire. Dominique de Villepin n’a pas rapporté à Jacques Chirac la gloire du discours au Conseil de sécurité défiant les Etats-Unis d’aller en Irak, faute de motif légal. Et seconde différence, Michel Jobert avait bâti un programme et il ne charmait pas seulement sur les ondes ou en public. Je n’ai jamais rencontré un homme aussi pénétrant et vrai en dialogue intime, un maître de vie et pas seulement un homme politique (et de lettres – je fis campagne pour qu’il soit admis à l’Académie française, il ne souhaitait que celle du Goncourt et en carrière professionnelle, nullement un portefeuille, mais la Régie Renault…). Le socle : « politique étrangère » de Dominique de Villepin n’est – paradoxalement – rappelé en ce moment où il se lance décisivement, par personne.

Ce qui est justifié car d’une part Jacques Chirac n’était pas partisan d’un veto aux Nations Unies et le fit savoir quelques heures avant le compte-rendu des inspecteurs et d’El Baradei au Conseil de sécurité, que d’autre part nous n’empêchâmes pas le fait accompli et même nous le reconnûmes assez vite. Enfin, des fautes majeures en tactique furent commises que jamais de Gaulle et son impeccable ministre : Couve de Murville, n’aurait commise. Tout devait se faire dans la discrétion – sans se faire mousser personnellement et san grandiloquence médiatique – entre notre ministre et le secrétaire d’Etat Powell qui affrontait ses faucons et qui cherchait un exutoire. Il pouvait se trouver avec un mandat des Nations Unies à négocier et tenant compte de ce que l’argument des armes de destruction massive ne pouvait plus être invoqué. Enfin, il fallait à tout prix – c’était la priorité que nous avons manquée – éviter la division entre Etats-membres de l’Union.

Dominique de Villepin ne va pas réussir par lui-même mais par la faute, l’accumulation des fautes de Nicolas Sarkozy. Malheureusement – si cela se fait – ce ne sera pas le fruit d’une évaluation négative de la nocivité des politiques suivies et des soi-disant réformes imposées aux Français, ce sera par la débandade d’un électorat reflétant le lâchage – qui ne sera pas plus beau à voir que les prosternation de ces premiers trente mois de règne – de tout un appareil. Les Français n’ont pas à être fiers, le système n’engendre toujours pas, à « droite », de la qualité. Il permet des opportunités. La résurrection ne sera pas le fait d’un homme, et – à mon sens – l’espérance reste à gauche : union, travail, désintéressement des multiples candidatures à la candidature. Ce n’est pas impossible.

Pour convaincre et servir, Dominique de Villepin a immensément à faire, et jusqu’à présent il a peu fait.

Il a cependant le mérite de remettre au « goût du jour » des thèmes oubliés : le sens de l’Etat, c’est-à-dire la conscience qui doit animer et anime – secrètement – même les collaborateurs les plus intimes du prince régnant et certains des ministres qui, déjà, n’étaient pas à l’aise avec la candidature du fils à la présidence de l’EPAD et qui voient comme une faute l’acharnement de maintenant. Et même de rouvrir la référence gaulliste, sans cependant que l’homme du 18 Juin soit nommé – non pour se comparer, mais pour que soit regardé autrement que dans le discours peu informé du Président de la République actuel (discours de Juillet 2007 sur les institutions, discours devant Angela Merkel à Colombey-les-Deux-Eglises) le legs du fondateur de la Cinquième République. Pour l’heure, ce ne sont que des mots, pas même le développement d’un thème.


En revanche, si la responsabilité initiale dans l’affaire me paraît relever de Dominique de Villepin (sur les ordres certainement de Jacques Chirac) qui aurait pu la constater lui-même comme étant « bidon » [2] et donc l’étouffer, la responsabilité de la suite incombe totalement à Nicolas Sarkozy, et – aujourd’hui – ce devient un grave manque à l’image internationale du pays : comment peut-on nous considérer à l’étranger si la justice fonctionne en appel du pouvoir politique ? nous, soi-disant la « patrie des droits de l’homme » et les donneurs de leçons, notamment à l’Afrique (à ceci près que nous sommes couchés devant les Chinois et que le Président de la République a eu le cynisme de dire, en manière de vœux au corps diplomatique dont les ambassadeurs africains…, que le processus mauritanien de légitimation d’un fait accompli était exemplaire).


fin de matinée

Ma femme observe qu’il y a des milliers de gens qui sont victimes de dramatiques – et parfois mortelles – erreurs judiciaires et n’ont aucune couverture médiatique…

Gergorin qui joue sa fin de vie – antipathique ou pas – commence de déballer. La boîte de Pandore… rien n’est donc joué, y compris dans l’innocentement du rival à la prochaine élection présidentielle. On peut d’ailleurs envisager – comme dans un film de série B ou dans un régime totalitaire – une entente entre l’ancien vice-président d’E.A.D.S. et l’actuel Président de la République pour que le déballage soit efficace et apporte du non dit jusqu’à présent. Le mélange de tous les genres va continuer et comme tout le monde – à commencer par les médias – a intérêt à la diversion et à la distraction de qui n’est pas le citoyen, mais le public, nous aurons du mal à « tourner la page » puisque c’est de cela qu’il s’agit, paraît-il.

Distraction par rapport à la situation intérieure nationale certes, mais aussi par rapport aux avancées d’Hillary Clinton à Paris – étranges – sur l’Europe et sentant le « remake » ! leur Kissinger, version 1973, et à propos de l’Iran, vers Pékin.


début de soirée

Confusion sur tous les sujets et où que l’on regarde.

Drame haïtien, soi-disant la mobilisation mondiale, au moins des bonnes volontés et des personnes anonymes, mais rien ne change sur place, on ampute faute de pouvoir soigner, pas de médicaments, pas de locaux, où passent l’argent, les tonnes d’équipements ? et la logistique et les ressources humaines semblent uniquement consacrées à la sécurité des étrangers ? Un ami d’enfance, responsable d’ATD Quart Monde y part : jen saurai davantage, c’est-à-dire que c’est pire que je puis l’imaginer.

Géo-stratégie… Des idées pour le nucléaire iranien, les opposants au régime actuel de Téhéran appellent à manifester pour l’anniversaire de la révolution (thème irrécusable mais la question est la liberté de réunion). Les Etats-Unis en difficulté avec la Chine : toujours la susceptibilité de Pékin au sujet de Taïwan mais comment l’île peut-elle conjecturer de résister par la force quels que soient ses achats d’armes, la question de google, apparemment celle des libertés publiques pour laquelle la Chine n’a pas bonne presse mais en réalité celle de la dominance quasi-absolue (et que tolère l’Europe) des Américains sur la « toile » et ses trafics.

Le forum de Davos… les banquiers contre la régulation dans le monde et contre les plans d’Obama. Sarkozy n’est en rien un sujet de conversation ou de commentaire, aucune de ses apostrophes qui « marchent » censément devant un public français, n’a frappé qui que ce soit chez les gens d’expertise ou de pouvoir… quelle est la compétence – même uniquement pour conjecturer à quelques-uns ou supputer entre quelques autres – de ce forum ? Cela me paraît extensif comme le G 7 ou le G 8 d’antan, démarrant sur le système monétaire international et arrivant à évaluer les élections dans les pays abjurant le communisme. C’est à Davos qu’a circulé la rumeur de rencontres entre Nations Unies et Taliban ou d’offre d’achats des chefs de guerre par Karzaï qui n’a pas d’argent pour organiser des élections, mais en a pour cela. Dans la succession des dépêches de l’AFP rendant compte des conversations ou des thèmes à Davos, pas une qui – en pronostics sur la reprise ou en diagnostic sur ce qui pèche – corrobore la précéente.

Le hasard de la rédaction d’une chronique historique sur la Mauritanie – l’hebdomadaire Le Calame à Nouakchott auquel je collabore depuis trois ans – me fait prendre les Mémoires d’espoir du général de Gaulle. J’y trouve – précisément pour ces jours-ci – la démonstration de ce que sont une autorité morale exceptionnelle, mondiale, et le scrupule à faire ou dire quoi que ce soit dont on ne puisse répondre. Sa relation avec Ferhat Abbas en 1943 à Alger et l’audience que celui-ci lui demande avant de s’envoler pour Le Caire y prendre la tête du F.L.N. A quoi bon cette entrevue en un temps où, détaché de toutes affaires publique, je n’avais en main aucun pouvoir ? La même demande en 1946 d’Ho Chi Minh sachant que l’accord de Fontainebleau sera mort-né. Naguère, pour la même raison, j’avais fait la même réponse…Peut-être, si j’étais resté en place, les événements, en effet, eussent-ils tourné autrement ? Mais à quoi et pourquoi aurais-je fait d’engager la France quand je n’en répondais pas ? Mémoires d’espoir . Plon . Août 1970 ou Janvier 1985 394 pages . p. 127 Qu’ils aient ou non mémoire du général de Gaulle, les Français savent qu’actuellement il n’y a pas parmi nous quelqu’un qui – sans fonction aucune – soit déjà par avance ou encore… la France, le bien commun, la ressource d’avenir, l’arbitrage, l’honneur, la remise en ordre… une personnalité qui incarne autant le discernement que le consensus et les moyens de l’appliquer. Illustration : nos vasouillages dans le « débat sur l’identité nationale », sur la pratique du port du voile et les vasouillages du gouvernement et de son groupe parlementaire pour choisir la forme d’un texte encore plus que la rédaction-même de ce texte.

La plus forte réponse au dégagement de Sarkozy en début de semaine, vous verrez le chômage baisser dans les prochains mois, 77% des Français n’y croient pas. La bonne formule d’un des participants à Davos : reprise économique peut-être, récession humaine sûrement.


[1] - 2ème Samuel XII 1 à 17 ; psaume LI ; évangile selon saint Marc IV 35 à 41

[2] - il n’est pas assez relevé que Cleastream est un organisme technique et que les comptes ne transitent vers le Luxembourg que par le truchement des banques nationales, dont les françaises. Il n’y a donc pas de liste de particuliers, mais que des listes de banques, en flux tendu, chez Clearstream, et c’est dans le flux d’une banque qu’apparaissent des comptes numérotés correspondant aux ordres de personnes physiques ou morales. Un simple questionnement – non de dirigeant de banque, mais de grouillot à la base – apporte en un instant la preuve technique que les « listings » de particuliers ne peuvent être qu’un montage

vendredi 29 janvier 2010

Inquiétude & Certitudes - vendredi 29 janvier 2010


Vendredi 29 Janvier 2010

L’adultère de David, le vol pur et simple, charme romanesque du récit [1]. A la fin d‘un après-midi, après avoir pris son repos, il se promenait sur la terrasse du palais, il aperçut une femme en train de se baigner. Cette femme était très belle. David fit demander qui elle était, et on lui répondit : « C’est Bethsabée, fille d’Eliam, la femme d’Ourias le Hittite ». Alors David l’envoya chercher. Elle vint chez lui et il dormit avec elle. La femme conçut, et elle fit savoir à David : « Je suis enceinte ». Or, on est en temps de guerre, David était resté à Jérusalem. La suite du récit est un suspense, toutes les ruses et manigances du roi pour faire endosser l’enfant à Ourias échouent, il fait alors tuer au front celui qui n’est même pas son rival, même pas son gêneur, mais simplement le mari l’empêchant de vivre avec celle dont il s’est épris. Le grand David, le fondateur, le psalmiste est un assassin et pour la raison la plus basse, d’abord la peur d’être découvert, puis le simplisme et la panique de tout criminel sans solution alternative. L’histoire a-t-elle donné lieu à film, romans, etc… je ne sais, cela en vaut la peine, mais la leçon spirituelle est évidente, tout le monde pèche, convoite, s’approprie, et le péché, l’égoïsme sont d’autant plus grands que la sainteté et le plan de Dieu sur quelqu’un sont manifestes (le reniement de Pierre…). Paraboles de la semence, de ce qui croît sans proportion avec ce qui est au départ. Dont la première est l’enseignement aux disciples, gens fort quelconques, comme avaient été Saül et David à l’origine de leur grande aventure. Ce matin, simplement, n’être que terre, graine, semence. Les contemplations depuis la terrasse d’une nudité enviable, les regards et les visages dans les réunions mondaines ou autres, les rencontres qui déclenchent la décision de conquête et la dépendance vis-à-vis de l’autre, et plus encore vis-à-vis de soi, j’ai connu et n’y tomberai sans doute plus, mais le vertige devant l’échec, devant la vieillesse, devant la dureté et le cynisme de l’époque et de la socété contemporaines me guettent et me happent. Vis-à-vis de Dieu, c’est le même péché, celui de regarder ailleurs que ver Lui. La même mort spirituelle, le même désastre de vie et d’âme. Alors que comme David, d’âme, je suis comblé et veillé humainement et spirituellement.

Mais les textes apportent davantage. Dans l’aventure criminelle, la victime est un étranger, le généralissime de David qui, au contraire de sa propre jeunesse, n’est plus à la tête de ses troupes. Et c’est une personnalité attachante, maîtresse d’elle-même, il n’ira pas cuver dans le lit conjugal le vin qu’on lui a fait boire de force, il a une éthique alors même qu’il n’est pas coreligionnaire du fondateur de la généalogie du Christ, et c’est ce dernier qui manque. Quant aux paraboles du Royaume des cieux, elles suggèrent aussi de regarder leur début, le semeur, un homme qui jette le grain dans son champ. Anonyme, banal, de métier, avec sa propriété, son champ. Ce n’est pas le souverain d’une autre parabole, celle des divers accueils et terrains pour la semence, souverain qu’est le Christ, Dieu fait homme appelant tous les hommes. C’est un agent de la vie et du destin, la semence germe et grandit, il ne sait comment. Cet homme respire la tranquillité, il est au-delà de toute confiance ou de toute anxiété, il est dans l’ordre naturel. David au contraire transgressant cet ordre, va de désordre en désordre. Son angoisse et sa détresse ne seront dites qu’à la mort de l’enfant. Il n’est ici que l’usurpateur de Dieu, il prétend maîtriser les événements, en être leur agent. Il n’en est que coupable. Le néant et la moisson. – Il y a enfin une question d’époque, l’histoire d’Ourias assassiné parce que sa femme est belle, que le roi la convoite a lieu au retour du printemps, à l’époque où les rois reprennent la guerre et celle du semeur a pour conclusion le temps de la moisson. Epoques de la vie, saisons qui nous sont données, étapes de nos chemins et travaux. Le regard du printemps, commencement ou feu destructeur, captatif. Temps de la moisson, harrassant, torride ou lumineux du succès.



fin d’après-midi

La comédie a commencé. Sarkozy, victimisé par Chirac et Villepin, gagne l’élection présidentielle et exerce ses fonctions d’une manière qui n’a aucun précédent sous la République, accaparant toutes les apparences du pouvoir et de la décision, gouvernant et arrêtant à la place du Premier ministre, des ministres et même des directeurs d’administration centrale bouleversant tout ce qui dépend de près ou de loin l’Etat, y compris les jurisprudences en matière de nomination à des emplois influencés ou soumis au gouvernement. Il détruit la carte judiciaire, la carte:militaire, la carte administrative et tente de supprimer la fonction de Premier ministre et une grande partie des échelons territoriaux de la décentralisation. Mais en deux ans et demi, la dette publique augmente peut-être d’un quart et après six mois de popularité, le Président de la République n’obtient jamais plus de 40% de citoyens satisfaits selon les sondages. Il a fait réviser la Constitution pour donner un statut à l’opposition et ouvrir à l’initiative populaire le referendum, mais se garde de faire voter les lois organiques qui en permette l’exercice. Il supprime des impôts, il supprime des recettes et ne parvient pas à mettre en place les substituts. La chronique s’arrête à la veille des élections régionales, après qu’il ait éludé les questions sur son envie de redoubler son quinquennat. Il semble imbattable bien que plusieurs alternatives au sein de son parti et de sa majorité se discernent : Jean-François Copé croit qu’imiter son insolence et ses propos extrêmistes vis-à-vis de Jacques Chirac est une recette infaillible pour succéder au président régnant, Alain Juppé a contrôlé l’appareil du parti pendant longtemps et aura tout fait pour rester éligible et conserver sa base bordelaise, François Fillon depuis la décote du Président de la République conserve une popularité très supérieure, de plus en plus supérieure. Voici que Dominique de Villepin, pourtant sans aucune expérience électorale – sinon le coup d’œil qui lui fit conseiller la dissolution à Jacques Chirac en 1997 – et sans parti que ne sauraient constituer des adresses internet et quelques députés le jouant contre le cours actuel, aurait gagné à sa vedettisation constante par l’affaire Clearstream ; il bénéficierait de 8 à 10% d’intentions de vote en 2012. L’étiage de Jean-Pierre Chevènement qui fut fatal à Lionel Jospin en 2002.

Cette querelle a son premier épisode dès aujourd’hui : le parquet comme il était prévisible, indépendant ou pas, a fait appel. Le coup est-il négligeable pour Dominique de Villepin ? La chose sera rejugée dans le courant de 2011, assez tôt pour qu’il soit inéligible.

Je regarde quant à moi deux choses.

La première est que la France a besoin d’une alternative de gouvernement, de programme, de contenu de la politique et d’orientation fondamentale. Elle l’a connue avec de Gaulle en 1958 : la restauration économique, la décolonisation, l’émancipation vis-à-vis des Etats-Unis, ces trois éléments permettant une construction européenne dont les axes ont été détruits par Georges Pompidou puisque l’élargissement du Marché commun à la Grande-Bretagne a justifié tous les autres qui ont suivi, que les candidats aient ou non la capacité d’honorer leur adhésion et puisqu’une formule fédérale, sans le mot, est devenue impossible, et qu’enfin le penchant atlantique de l’Europe occidental a été confirmé. La seconde alternative a été essayée par la gauche entre 1981 et 1984. Depuis, la France s’est ralliée, quelles que soient les élections, à la pente d’une idéologie contraire à ses intérêts et contraire à une prévision d’avenir pour la planète : le libéralisme commercial et financier désastreux pour nos associés africains, caraïbes et pacifiques, désastreux pour nos entreprises presque toutes détruites, délocalisées ou rachetées pour leurs carnets de commande par l’étranger (nos principaux groupes mondiaux détruits : le Lyonnais, Vivendi, Péchiney, Elf et évidemment toute notre sidérurgie et tout le textile). Aucune analyse de gouvernement à droite comme à gauche n’a traité de cet amoindrissement de notre patrimoine industriel. Culturellement, nous avons perdu la bataille de la francophonie ou au moins de la diversité, que la chute du mur de Berlin, nous permettait de soutenir et il est aujourd’hui remarqué que l’ensemble du système internet – par l’organisation des noms de domaine, à laquelle échappent seuls les Chinois et certains Arabes – est soumis aux Etats-Unis.

A ce manque d’alternative de gouvernement – pour ce qui est des politiques et des comportements publics, et de leurs rapports avec les initiatives des grands groupes financiers – s’ajoute dramatiquement l’injustice quotidienne. Des privbilégiés, des protégés, des nantis, des cooptés et puis le commun. L’homme ne se sent plus en société, l’Etat est privatisé, tout fonctionne pour que les solidarités n’existent plus, que la compétition soit la loi apparente (alors qu’entre puissants au contraire on se partage le pouvoir… jusqu’à un certain point) : partis et syndicats sont sans prise sur le pouvoir et sont sans adhérents, les élections prudhomales sont un désastre civique, comme l’ont été les referendums de Jacques Chirac, notamment sur le quinquennat. Et la société ne rencontre plus l’homme : les médias de toutes sortes ne proposent que du « people », les contes de fées et les politiques ne savent plus ni écouter ni parler. La barrière entre la scène et le parterre, et en fait personne à apprécier le spectacle.

Second élément. Les personnes.

Nicolas Sarkozy – il a de nombreuses excuses : toutes les lacunes familiales de son éducation, de son enfance et de son adolescence d’une part, le manque de référence politique du fait de ses patrons en politique, Chirac et Balladur – est psychopathe personellement et politiquement et tout débat sur généalogie mis à part, il ne pense pas français, parce qu’il ne pense que revanche et ascension sociale et extension illimitée d’un pouvoir de décision sur tout. Il est nuisible au pays, c’est avéré, toutes les valeurs, tous les débats sont pollués et des acquis nationaux d’un ou deux siècles se détruisent – sans compter notre ridicule devant l’étranger, ridicule de celui censé parler en notre nom, ridicule d’un peuple qui tolère un pantin. J’ai pratiqué, en quelques entretiens tête-à-tête et il est vrai en demandeur d’emploi ou en éventuelle boîte à idée, Gergorin en 1987-1988 : j’ai rencontré un homme de pouvoir et considérant que le pouvoir c’est de fermer la porte à tous ceux qu’il redoute comme éventuels concurrents. Ce qui à toute époque eût été un complet contre-sens envers moi et me gratifier de capacités d’influence que je n’ai jamais eues : son atout était la partie de tennis avec Lagardère chaque dimanche matin. Un tempérament de ce genre et quelques nominatiions, sans fondement que la relation personnelle, que fit Chirac pour Airbus et ce qui va avec, ont fait le mélange détonnant : Gergorin avait, me semble-t-il selon les conversations qu’il m’accorda, le tempérament et la façon de procéder, cynique et méprisante, pour les coups tordus. En tout cas, le voyant de long en large marcher dans la petite pièce lui servant de bureau, immeuble jouxtant l’Arc-de-Triomphe, il ne m’inspura ni confiance ni sympathie. Il n’accueillait pas, n’écoutait pas, il voyait comment éconduire et comment gruger celui qu’il éconduisait. Il était huissier au sens que la porte de Lagardère c’est lui qi l’ouvrait ou pas.

J’ai rencontré Jacques Chirac peut-être avant que Dominique de Villepin le fasse, en tout cas pas beaucoup après. J’étais déjà engagé moralement et politiquement pour la victoire de François Mitterrand. La personnalité du maire de Paris était alors attirante, je ne me suis pas donné à lui mais la relation de confiance se noua qui me permit parfois d’exposer ce qu’un gaullisme bien compris aurait fait soutenir chez François Mitterrand. Pendant qu’il fut secrétaire général de l’Elysée, Dominique de Villepin fit en sorte qu’aucune demande d’audience, aucune lettre que j’adressais à Jacques Chirac ne parvienne à celui-ci. Il n’y a pas besoin de beaucoup enquêter pour comprendre que Dominique de Villepin – maire du palais de 1995 à 2002 – chambra le Président de la République, je ne fus pas seul à el pâtir, et j’ai compris qu’ensuite beaucoup de ceux qui – à partir de 2003-2004 – « passèrent » à Sarkozy étaient des gens qui y avaient été poussés parce que Jacques Chirac les avait d’abord repoussés. Dans mon cas, il ne s’était agi de rien de politique, mais de faire réparer une injustice – ma carrière brisée. Je ne sais toujours pas si elle le fut par le secrétaire général de l’Elysée – Hubert Védrine – jaloux de ma correspondance directe avec François Mitterrand, laquelle ne datait pas de l’ambassade au Kazakhstan que ce dernier m’avait chargé d’ouvrir en 1992, à la suggestion de Pierre Bérégovoy et avec l’appui de Roland Dumas, ou si ce fut le fait – pas forcément personnalisé – du directeur du cabinet du ministre des Affaires Etrangères d’alors, Dominique de Villepin servant Alain Juppé (pour le compte de qui ? de Jacques Chirac ou le sien propre ?). Reste que depuis qu’il dût quitter Matignon, Dominique de Villepin n’a répondu à aucune de mes demandes de le rencontrer. Il est vrai que la politique aujourd’hui n’a plus les curiosités et les égards d’autrefois. Je n’ai pu rencontrer non plus Ségolène Royal que j’ai ardemment soutenu en campagne présidentielle, ni François Bayrou, à la correspondance vive et chaleureuse, mais…

Autrement dit, les gens politiques d’aujourd’hui sont entre eux et il faut faire soi-même de cette « politique politicienne » qu’ils daubent quand c’est la manière prétendue de leurs adversaires, pour les rencontrer…

Sur le fond – l’homme politique, candidat à la présidence de la République en 2012 – il me semble que ni le ministre des Affaires Etrangères de 2002-2003, ni le Premier ministre des dernières années de Jacques Chirac ne donnent des gages indiscutables d’une excellence à la tête de l’Etat. L’affaire d’Irak n’a pas été menée avec méthode, même si elle fit des étincelles, il n’y a pas eu de suivi et les Etats-Unis ont quand même pris pied là-bas. Le Premier ministre n’a pas montré les talents qui font fonctionner une équipe et qui impose un bilan. On savait – au moins en thèmes – ce que donnerait Sarkozy à l’Elysée, on n’ignorait guère que l’autocratie qui – très heureusement – prive d’efficacité la mise en œuvre de thèmes souvent honteux pour le pays ou hasardeux. Je ne sais pas si Dominique de Villepin ne cultivera pas – quoique d’une tout autre manière – un narcissisme aux effets analogues s’il entre à l’Elysée.


début de soirée

L’impétrant « sur » Canal +. Il n’est pas confus, il faut le reconnaître, il ne récite pas et dit ce qu’il pense. Il veut tourner la page, aller à la rencontre des Français, proposer une alternative et dit bien les thèmes de son opposition au chef du pouvoir actuel, les déficits publics, la politique de l’emploi, le débat sur l’identité nationale, trois points pour opposer sa manière, voire son propre bilan de 2005-2007 à ce qu’il s’en est suivi. Gratifié de félicitations téléphoniques par Jacques Chirac et Alain Juppé notamment hier soir, par Ségolène Royal – cela lui est rappelé, mais il ne le dit pas de lui-même – il n’eût pas trouvé déplacé que Nicolas Sarkozy soit beau joueur et l’appelle pour lui dire, qu’à l’Elysée aussi la page était tournée. Et d’ailleurs d’indiquer que les deux épouses (est-ce Carla ou Cécilia, côté Sarkozy) sont amies de longue date. Il lui fut rapporté hier soir qu’au contraire l’appel se concoctait et que la guerre allait s’intensifier. Il ne le crut pas ? coup de thératre, le procureur Marin venant sur les plateaux de radio. ce matin, dire qu’il faisait appel, tandis que s’y trouvait Michèle Alliot-Marie, garde des Sceaux. – Il est certain pour les journalistes dont Alain Duhamel et Jean-Michal Apaty que la décision d’hier a fortifié Villepin, et que l’appel d’aujourd’hui le fortifie plus encore. Seule certitude : la semaine qui se termine aura finalement été celle de Dominique de Villepin, l’emportant au tribunal, et pas du tout celle qu’on voulait à l’Elysée, un Nicolas Sarkozy « reconquérant » l’opinion française par une nouvelle forme de communication radio-télévisée…

Alain Duhamel a cherché à lui faire dire sur quelles forces politiques il s’appuierait – même s’il vise à rassembler directement les Français « au-delà des calculs partisans ». Il répond en s’ancrant dans sa famille d’esprit. L’adjectif gaulliste lui vient peu, et seulement mezzo voce, mais d’ailleurs qu’est-ce que cela veut dire aujourd’hui. Sous-jacente donc une stratégie de conquête par la base de l’électorat « gaulliste » pour y remplacer Nicolas Sarkozy. Peut-il en avoir d’autres ? non. Alain Duhamel d’autant plus pressant qu’il « roule » depuis l’incident de Sciences-Po. (la video. l’ayant fait écarter en tant qu’éditorialiste et journaliste de sa radio, pendant toute la campagne présidentielle) pour François Bayrou : ils seront donc deux à avoir comme cible Nicolas Sarkozy et comme programme de l’éliminer. Cela dans un électorat qui ne peut être de gauche.

Je persiste donc à juger le dénouement et le rebondissement comme ne permettant qu’un scenario de diversion collective, mais ne faisant pas du tout ’entamer une réflexion nationale sur ce qu’il y a lieu de faire, d’être et de ressaisir chez nous.

fin de soirée

Le débat rebondit vers la question du parquet. La thèse selon laquelle Marin, le procureur, aurait interjeté appel sans qu’il y ait besoin d’instructions, ne tiendrait pas, en tout cas il n’est nullement naturel ni fréquent que le parquet interjette appel – assure le procureur de Caen. A mon sens, le débat n’aura jamais sa réponse factuelle, mais la conclusion est certaine en psychologie : Jean-Claude Marin a été nommé pour sa docilité spirituelle envers Sarkozy et les intérêts de ce dernier. L’Elysée pouvait donc compter sur le parquet… Le communiqué aussi de Sarkozy selon lequel il ne fera pas appel est également décortiqué : du fait que l’appel a été interjeté par le parquet (comme par les déclarés coupables Gergorin et Lahoud) ne l’empêche nullement d’être présent au procès par son avocat, puisqu’il ne s’est pas désisté ! et rien n’empêchera son avocat de redemander comme en première instance des dommages intérêts pour son client, le Président de la République. Comme toujours, Sarkozy est dissimulé et cynique. Des dires de Chirac à la télévision à la suite d’une des étapes du bâti de l’immunité pénale du Président de la République, sont également avancés : il aurait jugé choquant que le parquet n’ait pas, dans le même temps, son statut révisé et que son indépendance soit désormais organisée.

Reste jusqu’à présent qu’hors une question d’appartement avec plus-value indûe ou discutable fiscalement, il y a dix ou quinze, et ayant été conclue par un non-lieu au début de son mandat (cf. la même chose ou à peu près pour des loyers de complaisance accordés par la mairie de Paris au fils d’Alain Juppé et à Jacques Chirac lui-même, non lieu en Juillet 1995…), personne n’a pu trouver quelque chose qui poursuive le président régnant comme VGE fut traqué à raison des diamants offerts par Bokassa et comme Chirac avec les multiples affaires de l’Hôtel-de-Ville de 1977 à 1995. – Mais… l’affaire qui va maintenant pooursuivre le président et sans doute le miner – personnellement sinon dans l’opinion – c’est bien qu’il se soit constitué partie civile dans l’affaire Clearstream et que son intérêt pour la dénouement, pour la « punition », a été marqué par des propos publics. En téléphonant hier soir, beau jouer, à Villepin qu’il enterrait la hâche de guerre et se désistait, il reprenait la main. Il s’est trompé en ne le faisant pas.

Questions résiduelles : rôle d’Alliot-Marie aussi bien cette nuit tandis que se décide l’appel, que quand elle est ministre de la Défense et donc informée par le général Rondot ? que se passera-t-il pour Nicolas Sarkozy si en appel Dominique de Villepin est de nouveau relaxé ? comment va fonctionner l’U.M.P. avec manifestement un courant hostile au président régnant puisque l’ancien Premier ministre entend bien rester dans le parti ! comme François Goulard et d’autres.

Nous aurons une série de sondages demain. La presse ce matin titrait : La victoire de Villepin… La revanche de Villepin… Villepin innocent, c’était avant l’appel et après la décision de relaxe.


[1] - 2ème Samuel XI 1 à 17 ; psaume LI ; évangile selon saint Marc IV 26 à 34

journal d'il y a quarante ans - jeudi 29 janvier 1970

+ Jeudi 29 Janvier 1970


22 h 45


Téléphoné à Louis Vallon . hier soir .
– au sujet de mon livre . et de Roux chez Julliard
[1]
va le joindre à son retour de Paris .
J’ai plu à Capitant . vont faire démarche commune chez Plon
et peut-être chez Grasset ( bien que celui-ci m’ait refusé )
Pense ( mais n’est pas fixe là-dessus ) que l’agrégation
serait une bonne chose d’autant que Capitant pourrait m’aider .
– au sujet de Couve de Murville
Bonne chose que je le vois . Ne dira pas le fond de sa pensée .
L’exprime à très peu de gens . s’il l’exprime . Mais ne doit
pas aimer « le personnage » ( Pompidou ) . Est sûrement au courant
de suffisamment de choses . pour ne pas l’aimer .
Mais actuellement agit à l’intérieur de la majorité .
Estime profonde pour lui . Défend bien la pol. ext. du Général .
– nous sommes une toute petite minorité .
« L’autre est là . probablement pour longtemps » .
« Les conditions ne sont pas réunies » pour que nous soyons actifs et
ayons de l’audience . A mesure que le temps passe . et qu’il devient
clair que de Gaulle ne dira rien . gens de la majorité
moins sensibles à notre minorité . « Tant que le Général
n’intervient pas . on ne sera pas dans l’action » .
Et je ne pense pas qu’il intervienne . Il a laissé passer l’
occasion sur le Moyen Orient . « Eux-mêmes se protègent »
mais ils le feront de moins en moins .
« Pendant quelques mois encore . on va être sur la lancée »
Mais après . Je vais à Pau . voyage fastidieux .
Mais c’est pour ranimer la flamme .

M’a paru assez découragé .
Pourtant . il me semble que
– si notre analyse du vice constitutif du Gvt est
exacte
– si la stuation internationale se développe avec une certaine
logique .
le régime devrait assez vite craquer . ou tout au moins
être amené – à dire sa couleur très nettement
– ou ( ou : et ) à s’entredévorer .

Vallon a souligné l’inconfortable de la position des gaullistes
réels .
– agir dans la majorité . mais le jeu des deux tours
fait qu’elle est pompidolienne
– agir dans l’opposition . mais elle est opposition aussi à la
Constitution .



[1] - Dominique de Roux est aussi étincelant et original par écrit qu’infatué et difficile quand il est en position de force – mais demandeur il est délicieux, enfin s’abandonne et avoue. Je l’ai pratiqué dans les deux situations.