lundi 26 mars 2018

Etats-Unis - droits civiques et interdiction de toute discrimination .Rosa Parks, l'héroïne


wikipédia à jour au 1er mars 2018

Rosa Parks

Rosa Parks
Rosaparks.jpg
Rosa Parks avec Martin Luther King, en 1955.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Cimetière de Woodlawn (en)
Nom de naissance
Rosa Louise McCauley
Nationalité
Formation
Alabama State University (en)





Activité

Autres informations
Membre de
Alpha Kappa Alpha (en)

Site web
Distinctions


Liste détaillée
signature de Rosa Parks
signature
Rosa Louise McCauley Parks, dite Rosa Parks (née le 4 février 1913 à Tuskegee, en Alabama et morte le 24 octobre 2005 à Détroit, dans le Michigan), est une femme afro-américaine qui devint une figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis, ce qui lui valut le surnom de « mère du mouvement des droits civiques » de la part du Congrès américain. Rosa Parks a lutté par la suite contre la ségrégation raciale avec Martin Luther King.
Elle est devenue célèbre le 1er décembre 1955, à Montgomery (Alabama) en refusant de céder sa place à un passager blanc dans l'autobus conduit par James F. Blake. Arrêtée par la police, elle se voit infliger une amende de 15 dollars le 5 décembre 1955 ; elle fait appel de ce jugement.
Un jeune pasteur noir de 26 ans, Martin Luther King, avec le concours de Ralph Abernathy, lance alors une campagne de protestation et de boycott contre la compagnie de bus qui durera 380 jours. Le 13 novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis casse les lois ségrégationnistes dans les bus, les déclarant anticonstitutionnelles.

Sommaire

Biographie

Enfance

Rosa Parks naît à Tuskegee, en Alabama1 et est la fille aînée d'une famille de deux enfants avec pour parents James et Leona McCauley2, respectivement charpentier et institutrice. Dans son enfance, elle a des problèmes de santé, dont une angine chronique.
Après le divorce de ses parents, elle grandit dans la ferme de ses grands-parents maternels méthodistes (elle porte d'ailleurs le prénom Rosa en référence à sa grand-mère Rose qui était la fille de James Percival, un irlandais et de Mary Jane Nobles, une esclave noire3) à Pine Level près de Montgomery, avec sa mère et son frère Sylvester (né en août 1915). Très attachée à ce que sa fille reçoive une bonne éducation malgré les entraves à la scolarité des Noirs, sa mère Leona éduque Rosa à la maison jusqu'à ses onze ans, puis elle est envoyée à l'Industrial School for Girls, fondée par des familles blanches du Nord pour les enfants noirs, à Montgomery, où habite sa tante4.
Elle commence ensuite ses études secondaires à l’Alabama State Teachers College for Negroes, mais ne peut les suivre jusqu'à leur terme, car elle doit s'occuper de sa grand-mère puis de sa mère, qui tombent malades5.
Le Ku Klux Klan défilant sur Pennsylvania Avenue à Washington en 1928.
Elle se souvient que son grand-père montait la garde la nuit devant la ferme contre les actions du Ku Klux Klan. Sa jeunesse lui fait vite subir les affronts du racisme. Le KKK a d'ailleurs brûlé à deux reprises l'école qu'elle fréquente, la Montgomery Industrial School for Girls6. Bien que Rosa Parks ait raconté dans son autobiographie n'avoir pas eu une mauvaise impression des Blancs, elle narre des détails du racisme au quotidien (si vif dans le Sud des États-Unis) qui l'ont marquée, telles ces fontaines publiques réservées aux Blancs ou aux Noirs (« Enfant, je pensais que l'eau des fontaines pour les Blancs avait meilleur goût que celle des Noirs ») ou les lois Jim Crow7.
Les autobus sont un bon exemple de cette ségrégation au quotidien. Il n'y avait certes pas de bus ou de trains différents, mais des sections réservées aux Blancs et d'autres aux Noirs. Rosa Parks se souvient cependant que les transports scolaires étaient interdits aux enfants de couleur. Pour aller à l'école de Pine Level, les enfants blancs prennent le bus alors que les autres y vont à pied : « Je voyais passer le bus chaque jour. Mais pour moi, c'était comme ça. Nous n'avions d'autre choix que d'accepter ce qui était notre quotidien, un très cruel quotidien. Le bus fut un des premiers éléments par lesquels je réalisais qu'il y avait un monde pour les Noirs et un monde pour les Blancs. »

Début militant

En décembre 1932, elle épouse Raymond Parks, un barbier militant de la cause des droits civiques, membre de l'Association de l'Alabama pour la promotion des gens de couleur (National Association for the Advancement of Colored People, NAACP). Il collecte aussi de l'argent pour soutenir un groupe de jeunes Noirs, les « Scottsboro Boys », qui sont accusés de viols sur deux femmes blanches. Après avoir déménagé dans le quartier Est de Montgomery, il l'encourage à finir ses études secondaires, qu'elle achève malgré les charges familiales en 1934, à une époque où seulement sept pour cent des Noirs obtiennent ce niveau d'étude. En 1940, les époux Parks deviennent membres de la ligue des électeurs (Voters' League)8.
Dans les années 1930, elle assiste à des réunions du Parti communiste des États-Unis d'Amérique, qui était alors le seul parti politique dans l’Alabama à s'opposer ouvertement à la ségrégation9.
Rosa Parks travaille en tant que couturière de 1930 à 1955, mais elle a aussi divers autres métiers tels qu'aide soignante10. En décembre 1943, elle devient membre du mouvement pour les droits civiques (American Civil Rights Movement) et travaille en tant que secrétaire à Montgomery pour la section du National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), présidé par Edgar Nixon. Sur son rôle dans l'association, elle déclare : « J'étais la seule femme là-bas, et ils avaient besoin d'une secrétaire, et j'étais trop timide pour dire non ». Elle tient cette fonction jusqu'en 1957 lorsqu'elle quitte la ville de Montgomery.
En septembre 1944, Rosa Parks est envoyée par le NAACP à Abbeville en Alabama enquêter sur le viol par sept hommes blancs de Recy Taylor, une jeune afro-américaine11. En octobre, l'affaire fait les titres de la presse dans tous les États-Unis. Les coupables sont identifiés, mais aucun d'eux n'est arrêté et leur avocat propose une indemnisation de 600 dollars qui est refusée. Par deux fois, un grand jury est réuni pour se prononcer sur l'inculpation des suspects, mais les deux fois, l'inculpation est rejetée. Aucune poursuite n'est engagée. Ce n'est qu'en 2011 que le parlement d'Alabama présentera ses excuses à Recy Taylor pour les manquements de ses obligations à poursuivre les crimes commis à son égard.
Début 1945, elle occupe brièvement un emploi à la base aérienne de Maxwell (en), une zone fédérale, où la ségrégation n'était pas en vigueur : « On peut dire que [la situation] à Maxwell m'a ouvert les yeux ». Elle est aussi femme de ménage pour un couple libéral, Clifford et Virginia Durr, qui sympathisent avec elle et l'encouragent à suivre une formation sur les droits des travailleurs et l'égalité raciale à la Highlander Folk School, à Monteagle, Tennessee (en) (Tennessee), six mois avant son arrestation.
Comme beaucoup d'autres Afro-Américains, elle est choquée par le meurtre sauvage de Emmett Till en août 195512. Le 27 novembre 1955 (soit quatre jours avant qu'elle ne refuse de céder son siège), elle assiste à un grand meeting sur son cas à Montgomery, dont le principal orateur est T. R. M. Howard, un militant des droits civiques du Mississippi, à la tête du Regional Council of Negro Leadership.

Boycott des bus de Montgomery

Événements précurseurs

Article détaillé : Plessy v. Ferguson.
En 1944, le joueur de baseball Jackie Robinson doit affronter un cas semblable, lorsque, confronté à un officier de l'Armée à Fort Hood, au Texas, il refuse de se diriger vers l'arrière du bus. Robinson est traduit devant une cour martiale, qui l'acquitte13. Le NAACP prend en charge d'autres cas, comme celui d'Irene Morgan dix ans plus tôt, qui est victorieux devant la Cour suprême sur des aspects commerciaux. Toutefois, cette victoire ne rend caduques les lois ségrégatives que dans la mesure où elles s'appliquaient au commerce inter-étatique, comme les lignes de bus entre différents États14. Des militants noirs ont commencé à préparer la défense d'une fille de 15 ans arrêtée, Claudette Colvin, alors qu'elle était lycéenne au Booker T. Washington High School de Montgomery. Le 2 mars 1955, Colvin fut menottée, arrêtée et expulsée manu militari d'un bus public après qu'elle eut refusé de céder son siège à un homme blanc. Elle clame que ses droits constitutionnels ont été violés. Colvin est alors membre active du groupe de jeunes du NAACP, dont Rosa Parks était conseillère.
Schéma du bus dans lequel s'est assise Rosa Parks.
Colvin se souvient : « Mme Parks disait, “Faites ce qui est juste.” » Rosa Parks lève des fonds pour la défense de Colvin, mais quand E.D. Nixon apprend qu'elle est enceinte, il estime qu'elle n'est pas un symbole convenable pour leur cause. En effet, peu après son arrestation, elle tombe enceinte d'un homme marié plus âgé ; cette transgression morale scandalise profondément la pieuse communauté noire. Ses stratèges pensent que la presse ségrégationniste blanche ferait valoir la grossesse de Colvin pour discréditer tout boycott. Le NAACP a également étudié mais rejeté d'autres cas antérieurs à celui de Rosa Parks, jugés insuffisants pour faire face aux pressions des opposants dans un affrontement légal avec les lois ségrégationnistes. Colvin fut aussi connue pour ses dérapages verbaux. La plupart des charges contre elle sont abandonnées. Les stratèges du NAACP continuent à rechercher un plaignant au-delà de tout reproche15.
De même, une autre femme, Mary Louise Smith, n'a pas été défendue, la rumeur voulant que son père ait été alcoolique. Au contraire, Rosa Parks est une des femmes les plus distinguées de la ville, dont l'éducation ne souffre d'aucune remarque, et donc un meilleur étendard pour la cause noire.

Boycott à Montgomery

Article détaillé : Boycott des bus de Montgomery.
Rosa Parks devient célèbre lorsque, le 1er décembre 1955, dans la ville de Montgomery, elle refuse d'obéir au conducteur de bus James Blake, qui lui demande de laisser sa place à un Blanc et d'aller s'asseoir au fond du bus.
Dans les bus de Montgomery, les quatre premiers rangs sont réservés aux Blancs. Les Noirs, qui représentent trois quarts des utilisateurs, doivent s'asseoir à l'arrière. Ils peuvent néanmoins utiliser la zone centrale, jusqu'à ce que des Blancs en aient besoin ; ils doivent alors, soit céder leur place et aller vers le fond, soit quitter le bus. Comble de l'humiliation : si ces places sont occupées, les Noirs doivent bien acheter leur billet à l'avant, mais sont tenus de sortir avant de rentrer de nouveau par la porte arrière du bus pour accéder aux emplacements qui leur sont attribués. Mme Parks n'était pas la première personne à violer ce règlement, d'autres l'avaient payé durement, parfois de leur vie[réf. nécessaire].
Rapport de police sur Rosa Parks du 1er décembre 1955, page 2.
Pendant des années, la communauté noire se plaint de la situation et Mme Parks ne fait pas exception : « Ma résistance à ces mauvais traitements dans le bus n'ont pas commencé avec cette arrestation. J'ai fait beaucoup de marche à pied à Montgomery. » Parks en fait une expérience publique un jour pluvieux de novembre 1943, quand le chauffeur de bus James Blake, comme à son habitude, lui demande de payer sa course à l'avant, redescendre et de remonter par la porte arrière. Voyant que du monde gêne l'accès par l'arrière, elle décide d'aller directement vers le fond. Blake furieux, la main sur son revolver, l'empoigne pour la ramener vers l'avant. Elle laisse alors tomber intentionnellement son sac à main et s'assied un instant sur un siège réservé aux passagers blancs pour le récupérer. Blake lui laisse à peine le temps de descendre du bus, qu'il redémarre. Rosa Parks marche plus de huit kilomètres sous la pluie. Ironie du sort, ce sera le même chauffeur le 1er décembre 1955 alors qu'elle cherchait à l'éviter depuis cet événement16. Ce jour de 1955, elle n'avait semble-t-il pas prémédité son geste, mais une fois décidée, elle l'assume totalement. Elle déclare d'ailleurs dans son autobiographie (qu'elle a publiée avec James Haskins en 1992) :
« Les gens racontent que j'ai refusé de céder mon siège parce que j'étais fatiguée, mais ce n'est pas vrai. Je n'étais pas fatiguée physiquement, ou pas plus que d'habitude à la fin d'une journée de travail. Je n'étais pas vieille, alors que certains donnent de moi l'image d'une vieille. J'avais 42 ans. Non, la seule fatigue que j'avais était celle de céder. »
Elle est arrêtée, jugée et inculpée de désordre public ainsi que de violation des lois locales. Elle joint l'avocat Edgar Nixon, membre du chapitre de Montgomery du NAACP. Bien que furieux du traitement réservé à Madame Parks, il voit aussitôt l'intérêt symbolique du combat à mener. Il appelle un avocat blanc, Clifford Durr, qui accepte de contester la loi sur la ségrégation dont Rosa Parks est la victime.
La nuit suivante, cinquante dirigeants de la communauté afro-américaine, emmenés par un jeune pasteur peu connu à l'époque Dr Martin Luther King, Jr, se réunissent à l'église baptiste de la Dexter Avenue pour discuter des actions à mener à la suite de l'arrestation de Rosa Parks. Ils y fondent le Montgomery Improvement Association, dont ils élisent King comme président. Il y popularise les théories de la non-violence et de la désobéissance civile. Le mouvement a trois revendications immédiates :
  1. que les Blancs et les Noirs puissent s'asseoir où ils veulent dans l'autobus ;
  2. que les chauffeurs soient plus courtois à l'égard de toutes les personnes ;
  3. que des chauffeurs noirs soient engagés.
Le bus dans lequel Rosa Parks est montée le 1er décembre 1955 est maintenant exposé au musée Henry Ford (Dearborn, Michigan).
La veille du procès, 35 000 tracts sont distribués pour inviter les Noirs à ne plus emprunter les bus le lundi 5 décembre. Le mot d'ordre est repris le lundi par The Montgomery Advertiser, le journal noir local. Le mot d'ordre est reconduit après une réunion à l'église. C'est le début du boycott des bus de Montgomery ; il se prolonge 381 jours. Des dizaines de bus publics sont restés au dépôt pendant des mois jusqu'à ce que la loi sur la ségrégation dans les bus publics fût levée. La plupart marchèrent à pied ; des taxis conduits par des Noirs font des trajets au tarif du bus (10 cents). Quelques Blancs les rejoignent, parfois par idéologie, parfois simplement parce qu'ils ont besoin que leurs employés noirs viennent travailler. Peu à peu, grâce en partie à l'écho international du mouvement, les fonds commencent à arriver, permettant de mettre en place un service d'autobus parallèle, ou plus modestement l'achat de paires de chaussures. Des actes violents sont perpétrés, y compris le dynamitage des domiciles de Martin Luther King et de l'avocat Edgar Nixon. De nombreuses vexations sont recensées contre les Noirs. Fidèle à sa stratégie, King demande de ne pas répondre à ces actes. Ce mouvement provoque beaucoup d'autres protestations contre la ségrégation menée aux États-Unis.
Par son rôle initiateur du boycott, Rosa Parks contribua à la prise de conscience des Américains dans la lutte pour les droits civiques. King écrit dans son livre paru en 1958, Stride Toward Freedom, « L'arrestation de Mme Parks fut l'élément déclencheur plutôt que la cause des protestations... »
Finalement, le 13 novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis statue par l'arrêt Browdler v. Gayle que la ségrégation dans les bus est anticonstitutionnelle. La nouvelle ne parvient à Montgomery que le 20 décembre. Le boycott cesse dès le lendemain.
Toutefois, la violence continue avec des tirs contre les bus et le domicile de Luther King, et des explosions visant les églises fréquentées par les Noirs. Si la ségrégation a été abolie dans les bus de l'État, ce n'est pas encore le cas pour les liaisons inter-étatiques. Un groupe de jeunes fonde le Freedom Ride, mais après quelques jours, un de ces bus est stoppé par le KKK ; ses occupants sont battus et le véhicule incendié. Ce n'est qu'en 1964 que les lois ségrégationnistes Jim Crow sont abrogées par le Civil Rights Act qui interdit toute forme de ségrégation dans les lieux publics, puis en 1965 par le Voting Rights Act, qui supprime les tests et les taxes pour devenir électeur.

Travail pour les droits civiques

Par la suite, Rosa Parks devient une icône pour le mouvement des droits civiques. Ne trouvant pas de travail à Montgomery et sous la pression de ses proches inquiets pour sa sécurité, mais aussi en raison de quelques désaccords avec les leaders noirs de la ville, elle se rend en 1957 dans le Nord, à Hampton en Virginie puis à Détroit dans le Michigan.
Elle y travaille en tant que couturière, jusqu'à ce qu'elle se joigne à l'équipe du représentant démocrate du Michigan, l'Afro-Américain John Conyers à la Chambre des représentants des États-Unis, pour lequel elle travaille de 1965 jusqu'à sa retraite le 30 septembre 1988.
Ce combat contre les discriminations débouche en 1964 sur le Civil Rights Act, loi qui interdit toute forme de discrimination dans les lieux publics et en 1965 sur le Voting Rights Act, qui supprime les tests et autres taxes pour devenir électeur aux États-Unis.
Le Rosa and Raymond Parks Institute for Self Development est fondé en février 1987 conjointement par Rosa Parks et Elaine Eason Steele en l'honneur du mari de Rosa, Raymond Parks (décédé en 1977). L'institut organise des visites en bus pour les jeunes générations en leur montrant les sites importants du mouvement pour les droits civiques. Lors d'une visite en 1997, le bus tombe dans une rivière et tue Adisa Foluke, que tout le monde considérait comme son petit-fils adoptif, et en blessa beaucoup d'autres.
En octobre 1995, elle participe à la « Million Man March », qui rassemble plus d'un million de Noirs à Washington.
Ses dernières années sont difficiles. Elle est notamment hospitalisée après un hold-up commis le 30 août 1994 par un jeune homme de 28 ans, Joseph Skipper, qui lui vole 53 dollars. Il est condamné le 8 août 1995 à 15 ans de prison. Rosa Parks lui pardonne partiellement, puisqu'elle souhaite qu'il puisse se racheter et non aller en prison. À la fin de ses jours, elle a des difficultés pour payer son loyer et doit faire appel à l'aide de son Église, afin que son propriétaire cesse ses poursuites judiciaires.

Décès et funérailles

Rosa Parks réside à Détroit jusqu'à sa mort le 24 octobre 2005. Depuis 2004, elle souffrait de démence dégénérative17.
Après son décès, la classe politique dans son ensemble lui a rendu hommage. Le président George W. Bush a honoré sa mémoire dans une allocution télévisée et sa dépouille est restée exposée deux jours dans la rotonde du Capitole pour un hommage public. Privilège réservé d'habitude aux hommes politiques et aux soldats, Rosa Parks est la 31e personne après l'ancien président Ronald Reagan en juin 2004 et la première femme à recevoir cet honneur. Elle est également la deuxième personnalité noire (la première fut Jacob J. Chestnut) et la seconde personne ne faisant pas partie du gouvernement (la première était le français Pierre L'Enfant en 1909) à recevoir un tel hommage de la part du gouvernement fédéral.
Des milliers de personnes assistent à ses funérailles en l'église Greater Grace Temple à Détroit le 2 novembre. On estime à 60 000 le nombre d'Américains qui lui rendent hommage dans les premiers jours qui suivent son inhumation dans son État natal de l'Alabama et à Washington. De nombreuses personnalités y assistent, dont l'ancien président Bill Clinton, la sénatrice de New York Hillary Clinton, le pasteur noir Jesse Jackson, des élus noirs du Congrès et des dirigeants du mouvement des droits civiques. La chanteuse Aretha Franklin chante à cette occasion. Le président américain décrète la mise en berne de tous les drapeaux le jour de son enterrement. Le corbillard lui-même est suivi d'un bus des années 1950 recouvert d'un linceul noir.
À son décès, le bus dans lequel Rosa Parks avait été arrêtée fut drapé d'un linceul rouge et noir jusqu'aux obsèques officielles. Enfin, les premières places des bus de Montgomery restèrent vacantes jusqu'au jour de son enterrement. Elles étaient recouvertes d'une photographie de Rosa Parks entourée d'un ruban noir portant l'inscription suivante :
« La société de bus RTA rend hommage à la femme qui s'est tenue debout en restant assise. »

Hommages

  • Rosa Parks est inscrite au National Women's Hall of Fame.
  • Le 27 février 2013, le président des États-Unis Barack Obama dévoile une statue de Rosa Parks dans la galerie statuaire du Capitole à Washington18.
  • Le nom de Rosa Parks a été donné à une gare RER à Paris (19e arrondissement), qui a été ouverte le 13 décembre 201519 ; les arrêts des tramways desservant la Gare Rosa-Parks (ligne T3 en circulation et ligne T8 en projet) portent également son nom. Une grande fresque en mosaïque conçue par les habitants du quartier et illustrant la vie de Rosa Parks est installée dans l'un des couloirs de circulation de cette gare20.
  • En France, en 2015, 17 établissements scolaires portent son nom (dont le lycée Rosa-Parks de Montgeron, et le lycée Rosa-Parks de Neuville-sur-Saône ainsi que le lycée Rosa Parks de La Roche-sur-Yon), fait rarissime pour une personnalité étrangère21.
Citation
« Elle s’est assise pour que nous puissions nous lever. Paradoxalement, son emprisonnement ouvrit les portes de notre longue marche vers la liberté22. »
— Révérend Jesse Jackson, le 25 octobre 2005.
Dédicaces
  • Mark Camphouse, compositeur, écrivit la pièce A Movement for Rosa en hommage à Rosa Parks.
  • Dans les années 1960, le chanteur folk Pete Seeger lui dédie sa chanson If You Miss Me at the Back of the Bus (Si tu ne me trouves pas à l'arrière du bus, c'est que je serai à l'avant).
  • En 1989, The Neville Brothers interprètent une chanson qui lui est dédiée, Sister Rosa.
  • Le groupe américain OutKast lui a dédié une chanson à son nom dans l'album Aquemini en 1998. Cette dédicace a d'ailleurs fait l'objet d'une polémique.
  • Le chanteur Otis Taylor lui a dédié une superbe chanson Rosa Rosa dans l'album Truth is not fiction en 2003.
  • Le 2 avril 2005, les Blacks d'Occase, groupe local du Narbonnais, crée sur scène une chanson hommage à Rosa Parks (The Story of une Simple Personne), à l'occasion de la journée « Total Respect » organisée par l'association Ni Putes Ni Soumises, à Gruissan23
  • En 2004, le chanteur français Pascal Obispo lui a dédié une chanson Rosa, dans son album Les Fleurs du bien.
  • En 2006, le sculpteur sénégalais Ndary Lô a réalisé pour la Biennale Dak'Art une installation intitulée Hommage à Rosa Parks.
  • En 2010, le chanteur Ben l'Oncle Soul parle d'elle dans sa chanson Soulman
  • En 2010, le rappeur Soprano du groupe Psy 4 de la rime parle d'elle dans la chanson Hiro dans l'album La Colombe
  • En mars 2013, l'écrivain Eugène Ebodé publie chez Gallimard La Rose dans le bus jaune, une biographie romancée de la vie de Rosa Parks. Il y dresse un portrait du Blanc qui voulait s'asseoir à sa place dans le bus de la Montgomery City Lines.

Distinctions

La médaille d'or du Congrès de Rosa Parks porte la légende « Mother of the Modern Day Civil Rights Movement ».
En 1979, le NAACP décore Rosa Parks de la Médaille Spingarn, sa plus haute distinction, et elle reçoit l'année suivante le Martin Luther King Sr. Award. Elle est nommée au Michigan Women's Hall of Fame (en) en 1983 pour son action en faveur des droits civiques. En 1990, le Centre Kennedy de Washington, lors de son soixante-dix-septième anniversaire lui décerne un prix. Elle reçoit le prix de la paix Rosa-Parks en 1994 à Stockholm, en Suède, puis la Médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction décernée par l'exécutif américain en 1996, des mains du président des États-Unis Bill Clinton.
En 1997, le Published Act no.28 décrète le premier lundi - après le 4 février - comme jour férié dans le Michigan (c'est la première fois qu’une personne vivante connaîtrait un jour en son honneur).
En 1998, elle devient la première récipiendaire du Freedom Conductor Award décerné par le National Underground Railroad Freedom Center24. L'année suivante, elle reçoit la Médaille d'or du Congrès (Congressional Gold Medal), la plus haute distinction décernée par l'organe législatif américain, puis le Detroit-Windsor International Freedom Festival Freedom Award. En septembre 1999, elle reçoit les honneurs de l'Alabama Academy of Honor (en), une organisation qui récompense les citoyens méritants de l'Alabama.
En 1999, le magazine Time la nomme l'une des vingt plus importantes figures du XXe siècle. En 2000, son État natal lui remet la première Governor's Medal of Honor for Extraordinary Courage25. En décembre de la même année, la Troy University (en) de l’État de Montgomery donne son nom à un musée et une bibliothèque. Une rue et une école portent aussi son nom à Détroit26.
Elle reçoit également des récompenses de docteur honoris causa de deux douzaines d'universités de par le monde et est faite membre honoraire de la sororité Alpha Kappa Alpha.
En 1992, elle publie un livre pour enfants, Rosa Parks : My Story, une chronologie de sa vie jusqu'au jour où elle refuse de céder son siège. Ce livre est suivi par ses mémoires Quiet Strength. La bibliothèque-musée Rosa-Parks (Rosa Parks Library and Museum)27 à Montgomery, est inaugurée en novembre 2001. L'objet le plus populaire du musée est une sculpture de Rosa Parks assise sur le banc d'un bus. Le documentaire Mighty Times : The Legacy of Rosa Parks est nommé en 2002 à l'Oscar du meilleur film documentaire. Cette année-là, elle collabore à un téléfilm racontant sa vie, son rôle étant joué par Angela Bassett.
En mai 2001, The Rosa Parks Story est tourné à Montgomery en Alabama. Il est diffusé le 24 février 2002 sur le réseau de télévision CBS.

Rosa Parks dans la culture populaire

La chanson Back to the bus interprétée par le chanteur folk américain Pete Seeger est un hommage à l'action de Rosa Parks28.

Citations de Rosa Parks

Broom icon.svg

Les sections « Anecdotes », « Autres détails », « Le saviez-vous ? », « Citations », « Autour de... » , etc., peuvent être inopportunes dans les articles (août 2016).
  • À propos du Martin Luther King Day, jour férié fêtant le jour anniversaire de la naissance du leader noir, Rosa Parks s'inquiéta de l'affadissement de son image et du risque que l'on ne se souvienne de lui, que comme un rêveur (dreamer). Elle déclara : « Dans mon souvenir, il était plus qu'un rêveur. Il était un militant dans l'action, autant qu'un orateur contre l'oppression ».[réf. nécessaire]
  • Nous devons redoubler d'efforts pour essayer d'inspirer notre jeunesse et les inciter à vouloir étudier notre héritage ainsi qu'à savoir ce que cela signifie être noir dans l'Amérique d'aujourd'hui. Citation de 1988.[réf. nécessaire]
  • « Jusqu'à présent, je crois que nous sommes sur la planète Terre pour vivre, nous épanouir et faire notre possible pour rendre ce monde meilleur afin que tout le monde puisse jouir de la liberté. »29

Notes et références

  1. L'encre noir. [archive]
  2. Geni.com. [archive]
  3. (en) Roz Morris, Rosa Parks. Mother of the civil rights movement, Seacoast Pub, 2003, p. 17
  4. (en) Mary Hull, Rosa Parks, Infobase Publishing, 2009, p. 13-24
  5. (en) Ruth Ashby, Rosa Parks. Freedom Rider, Sterling Publishing Company, 2008, p. 20
  6. [1] [archive]
  7. (en) Yona Zeldis McDonough, Who was Rosa Parks ?, Penguin, 2010, p. 22
  8. (en) Joyce A. Hanson, Rosa Parks. A Biography, ABC-CLIO, 2011, p. 32
  9. (en) « How 'Communism' Brought Racial Equality To The South », NPR.org,‎ 16 février 2010 (lire en ligne [archive])
  10. [2] [archive]
  11. « Rosa Parks, féministe avant l'heure », Courrier International, no 1415,‎ 14 décembre 2017, traduction de l'article paru dans le Washington Post, le 28 novembre 2017.
  12. (en) « Justice department to investigate 1955 Emmett Till murder » [archive], département de la Justice des États-Unis, mai 2004, site visité le 27 mai 2007. Dans le document, R. Alexander Acosta, Assistant Attorney General pour la Civil Rights Division, affirme, « This brutal murder and grotesque miscarriage of justice outraged a nation and helped galvanize support for the modern American civil rights movement. »
  13. "Jackie Robinson sur www.about.com [archive],
  14. Pierre Mutignon, Les Aspects juridiques du problème racial aux États-Unis, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1968, p. 99
  15. "Is Barbershop Right About Rosa Parks?" [archive], Slate, 27 septembre 2005
  16. Ruth Ashby, op. cit., p. 38
  17. Au féminin. [archive]
  18. « Quand Barack Obama rendait hommage à Rosa Parks » [archive], Sylvie Braibant, TV5 Monde.com, 1er décembre 2015 (consulté le 2 mars 2016).
  19. « Paris : Les habitants découvrent leur nouvelle gare Rosa-Parks » [archive], Le Parisien.fr, 13 décembre 2015.
  20. « Gare Rosa Parks » [archive], sur garerosaparks.fr, 2015 (consulté le 14 janvier 2015).
  21. « De Jules Ferry à Pierre Perret, l'étonnant palmarès des noms d'écoles, de collèges et de lycées en France » [archive], sur lemonde.fr, 18 mai 2015 (consulté en octobre 2017).
  22. « Rosa Parks, la femme qui s’est tenue debout en restant assise » [archive], Christophe Deroubaix, L'Humanité.fr, 8 Février 2013 (consulté le 2 mars 2016).
  23. La chanson est visible à la page [3] [archive] et des images de ce concert sont visibles à la page [4] [archive].
  24. (en) « Remembering Rosa Parks, 60 years after her silent protest » [archive], Mark Curnutte, gcul.org, 2 décembre 2015.
  25. (en) « Museum Honoring Rosa Parks Opens on Historic Street Corner » [archive], The New York Times.com, 2 décembre 2000 (consulté le 2 mars 2016).
  26. (en) « The Torchbearer ROSA PARKS » [archive], Rita Dove, Time.com, 14 juin 1999.
  27. (en) « Rosa Parks Library & Museum & Children’s Wing » [archive]
  28. [Site de l'académie de Grenoble, page sur "Back to the bus"]
  29. http://www6.montgomerycountymd.gov/apps/News/speeches/SP_details.asp?SpID=18 [archive]

Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

Liens externes

Officiel

Multimédia et interviews

Divers

v · m
Événements et manifestations
Militants
Associations militantes
La dernière modification de cette page a été faite le 1er mars 2018 à 21:05.

ségrégation raciale (aux Etats-Unis)


 

wikipédia à jour au 2 mars 2018

Ségrégation raciale aux États-Unis

Si ce bandeau n'est plus pertinent, retirez-le. Cliquez pour voir d'autres modèles.
Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (mai 2014).
Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références »
En pratique : Quelles sources sont attendues ? Comment ajouter mes sources ?

Un Noir boit à un distributeur d'eau réservé aux « gens de couleur » à un terminal de tramway en 1939, à Oklahoma City.
La ségrégation raciale aux États-Unis (1875-1967) fut imposée après la période dite de « Reconstruction » faisant suite à la guerre de Sécession et se terminant avec le compromis de 1877 par lequel l'occupation des ex-États confédérés d'Amérique par les troupes du Nord prend fin. Les anciens États sudistes mettent alors en place les lois Jim Crow qui contournent les XIIIe, XIVe et XVe amendements à la Constitution abolissant l'esclavage et accordant le statut de citoyen aux Noirs américains. Après une décennie pendant laquelle la situation politique et sociale des anciens esclaves noirs s'améliora, les lois Jim Crow instaurent une véritable ségrégation. Comme l'esclavage avant elle, cette ségrégation raciale est fondée, idéologiquement, sur une interprétation très particulière[évasif] de la Genèse 9:27 (le Deep South fait partie de la Bible Belt) ainsi que sur les doctrines raciales de l'anthropologie du XIXe siècle, et pratiquement sur l'intimidation des Noirs par la violence (entretenue notamment par le Ku Klux Klan, organisation suprématiste blanche née au lendemain de la guerre mais dont la première incarnation fut assez éphémère). En 1896, la Cour suprême légitime cette nouvelle législation en formulant la doctrine separate but equal (« séparés mais égaux ») dans Plessy v. Ferguson, de mêmes sources idéologiques que l'apartheid instauré plus tard en Afrique du Sud.

Sommaire

Histoire

Abolition de l'esclavage

L'esclavage est proscrit dans l'Empire britannique le 1er janvier 1838. Lors de la Révolution française, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 déclare l'égalité entre les Hommes. L'esclavage dans les colonies françaises est aboli en 1794, puis remis en place par Napoléon Bonaparte en 1802. Thomas Jefferson obtint en 1807, dans la foulée de l'abolition de la traite au Royaume-Uni, que la traite négrière soit interdite officiellement sur le territoire américain à partir du 1er janvier 1808, même si les contrebandiers la poursuivirent clandestinement pendant plusieurs dizaines d'années1. L'esclavage est aboli définitivement aux États-Unis le 18 décembre 1865.

Abolition progressive de la ségrégation

Dans les années 1960, sous la pression du mouvement des droits civiques, les lois Jim Crow ont été abolies et une nouvelle législation étendant les droits civiques des Noirs a été votée (arrêt Brown v. Board of Education en 1954, puis vient le Civil Rights Act de 1964 et enfin le Voting Rights Act). En 1967, la Cour suprême juge anticonstitutionnelles les lois interdisant les mariages mixtes entre individus de couleurs différentes (arrêt Loving v. Virginia).
Toutes les lois favorisant la ségrégation raciale n'ont pas été abrogées aux États-Unis, alors même que la Cour Suprême les a rendues inapplicables. Par exemple, la constitution de l'Alabama (en) stipule toujours que « des établissements scolaires distincts doivent être fournis pour les enfants blancs et les enfants noirs, et aucun enfant de l'une de ces deux races ne doit être autorisé à aller dans un établissement réservé à l'autre », et une proposition d'abrogation de cette disposition — en même temps que de toutes celles invalidées par le droit fédéral — a échoué de justesse en 20042.
Cependant, sur un terrain différent, la Cour suprême des États-Unis, en février 2005, dans Johnson v. California (125 S. Ct. 1141), a statué que la pratique informelle de la ségrégation raciale à l'égard des prisonniers détenus dans des établissements de la Californie — ségrégation que la Californie affirmait pratiquer pour la sécurité des détenus (les gangs de Californie, comme ceux du reste des États-Unis, étant habituellement organisés en fonction des races) — est assujettie à une mesure judiciaire. Bien que la Cour ait renvoyé le dossier à la juridiction inférieure, il est probable que sa décision aura pour effet d'obliger la Californie à modifier sa politique de ségrégation dans ses centres de détention.
D'après le Civil Rights Project de l'université Harvard, la déségrégation réelle des écoles publiques aux États-Unis a plafonné en 1988. Depuis, les écoles sont devenues, dans les faits, plus séparées. En 2005, la proportion d'élèves noirs dans des écoles majoritairement blanches est « à un niveau plus bas que celui de n'importe quelle année depuis 1968 »3.
Différents événements tels que l'affaire Rodney King à Los Angeles en 1991, les conséquences ethnique et sociales de l'ouragan Katrina et ses bavures policières (Danziger Bridge Shootings) à La Nouvelle-Orléans en 2005 ou encore l'affaire Michael Brown à Ferguson (Missouri) en 2014, ont démontré que la ségrégation de fait n'était pas terminée aux États-Unis.

Réglementation des relations raciales

« Nous ne servons que des clients blancs. » (Lancaster).
La décision de la Cour suprême lors de l'arrêt Plessy v. Ferguson, en 1896, officialisa la ségrégation raciale, par le gouvernement, dans les transports publics. À cette fin, elle élabora la doctrine separate but equal (en) (« séparés mais égaux ») afin de se plier à la Clause de protection égale (Equal Protection Clause) prévue par le Quatorzième amendement. Bien que la Cour suprême ait auparavant cassé des statuts discriminatoires de certains États, excluant les Noirs des jurys populaires, ou se prononçant systématiquement en faveur de leur affranchissement de leur statut d'esclaves, et qu'elle continua à le faire dans les années suivant Plessy v. Ferguson, elle se prononçait néanmoins en faveur de la ségrégation dans pratiquement toutes les autres sphères publiques ou privées. Elle légalisa ainsi la ségrégation scolaire en 1908 (arrêt Berea College v. Kentucky (en)). Beaucoup d'États, en particulier des États du Sud, considérèrent ces jugements comme appuyant, de fait, l'ensemble des lois Jim Crow mises en place au lendemain de la Reconstruction. D'esclaves, les Noirs américains étaient devenus des citoyens de seconde zone, qui ne pouvaient pas aller aux mêmes écoles que les Blancs, prendre le bus avec eux, ou boire à la même fontaine. Dans beaucoup de villes, ils ne pouvaient pas non plus partager un taxi avec des Blancs, ou entrer dans un bâtiment par la même porte que les Blancs. Ils étaient enterrés dans des cimetières distincts, et ne pouvaient pas jurer sur la même Bible. Ils étaient aussi exclus des restaurants, des bibliothèques, des jardins publics (où l'on pouvait lire des pancartes tels que « Negroes and dogs not allowed » : « les Nègres et les chiens ne sont pas admis »). Les Noirs devaient systématiquement s'effacer devant les Blancs, en leur cédant le passage dans la rue, et il était interdit à un homme noir de regarder dans les yeux une femme blanche. Selon leur sexe, les Noirs étaient appelés « Tom » ou « Jane », mais jamais Monsieur, Madame ou Mademoiselle.
Bien que la Cour suprême ait déclaré anticonstitutionnel le fait de priver de droits civiques les Noirs, ceux-ci étaient de fait privés du droit de vote, à l'aide de « primaires blanches », d'un système de cens électoral, d'examens d'alphabétisation, de punitions économiques, de manipulations électorales de toutes sortes, et enfin d'une utilisation ciblée de la violence afin de les décourager de s'enregistrer sur les listes électorales.
La société blanche et chrétienne du Sud maintenait aussi les Noirs dans une position subalterne au niveau économique. Les fermiers noirs étaient souvent liés aux propriétaires terriens blancs et souvent cantonnés au statut de tenanciers. Dans le secteur secondaire, les employeurs et les syndicats leur réservaient les tâches les plus pénibles et les moins bien payées. Des fonctions modestes, telles que travailler pour la compagnie de wagon-lit Pullman Porter à Chicago ou être portier d'hôtel, devinrent des positions enviables aux yeux de la majorité des Noirs, car elles offraient une stabilité relative d'emploi et un salaire acceptable. Les lois Jim Crow excluaient les Noirs de nombreux secteurs de la vie économique, menant à la création, dans certains domaines, de véritables marchés spécifiques aux Noirs : une presse noire surgit au Nord, tandis que les propriétaires noirs de compagnies d'assurances pour Noirs, ou de services de croque-mort pour Noirs, devinrent de véritables notables au sein de la société noire.

Droit pénal et lynchages

Carte postale représentant le lynchage de Lige Daniels, 16 ans, à Center au Texas, le 3 août 1920.
Malgré l'arrêt de la Cour suprême dans Strauder v. West Virginia (en) de 1880, qui interdisait l'exclusion des Noirs américains des jurys populaires, ceux-ci étaient systématiquement écartés de ces instances. Ils étaient par conséquent laissés à la merci du système judiciaire blanc. Dans certains États, tel l'Alabama, l'État utilisait le système pénal afin de rétablir une sorte de servage, en condamnant les hommes noirs à des années d'emprisonnement, durant lesquels ils travaillaient gratuitement pour des employeurs privés tels que la Tennessee Coal, Iron and Railroad Company (en), une filiale de la United States Steel Corporation, qui payait l'État en échange de leur travail forcé.
Les punitions imposées hors du système judiciaire étaient encore plus brutales. Des milliers de Noirs ont été victimes de lynchage par des Blancs s'autoproclamant « justiciers », parfois avec l'aide explicite de responsables officiels, dans les États du Sud et au-delà. Ces lynchages se transformaient parfois en véritables pogroms, ainsi lors des émeutes raciales d'Elaine (en) en 1919 ou des émeutes raciales de Tulsa (en) en 1921. Les coupables de telles exactions se sentaient à ce point à l'abri de toutes poursuites judiciaires qu'ils prenaient souvent des photographies de leurs victimes, et en faisaient des cartes postales. L'historien Howard Zinn précise qu'« entre 1889 et 1903, deux Noirs, en moyenne, étaient assassinés chaque semaine (pendus, brûlés vifs ou mutilés) »4. Le Ku Klux Klan, qui avait à peu près disparu après une apparition brève mais brutale au début de la Reconstruction, se reforma en 1915, en partie sous l'influence du film de D. W. Griffith, Naissance d'une nation (Birth of a Nation), qui exaltait le premier Klan. Il combinait la rhétorique raciste à la xénophobie envers les immigrants, l'antisémitisme, l'anticatholicisme et l'antisyndicalisme. À ses discours violents, il ajoutait l'usage systématique du lynchage et de mises en scènes spectaculaires (croix incendiées dans les quartiers noirs, etc.) visant à instaurer un véritable climat de terreur sur la population noire. Le lynchage de Thomas Shipp et d'Abram Smith, en 1930 dans l'Indiana, inspira la chanson Strange Fruit composée par Abel Meeropol (sous pseudonyme), un artiste et sympathisant communiste qui adopta les enfants des époux Rosenberg après leur exécution en 1953. Reprise par la chanteuse Billie Holiday en 1939 à New York, la chanson, qui constituait un réquisitoire émouvant contre la pratique du lynchage dans le Sud, devint un succès populaire pendant la Seconde Guerre mondiale. Toujours dans les années 1930, le New Dance Group se bat contre la ségrégation et dénonce le lynchage des Noirs dans le Sud.

Églises noires

De même, la vie religieuse s'organisa selon ces nouvelles données de ségrégation. Le rôle des églises noires allait bien au-delà du simple culte religieux : elles servaient aussi de lieu de rassemblement communautaire, de coopératives économiques, et de tribunaux populaires, afin de régler les conflits de manière autonome. La plupart des églises noires, néanmoins, refusaient de se confronter frontalement à la domination blanche, et s'abstenaient officiellement de toute politique. De nouveaux mouvements religieux, tels que la « Holiness tradition », ou le mouvement du pentecôtisme qui se scinda selon les nouvelles divisions de couleur, renforcèrent l'apolitisme et le quiétisme de la plupart des Noirs pratiquants.

Excuses officielles

En juillet 2003, le président George W. Bush avait parlé de l'esclavage comme « l'un des plus grands crimes de l'Histoire », au cours d'une visite sur l'île de Gorée au Sénégal. Cinq ans plus tard, la Chambre des représentants présente des excuses pour l'esclavage et la ségrégation raciale envers les Noirs. Puis c'est au tour du Sénat des États-Unis le 18 juin 2009, sous la forme d'une résolution symbolique5.

Notes et références

  1. Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, 2002 (ISBN 2-253-90593-3), p. 208.
  2. (en) George E. Connor et Christopher W. Hammons, The Constitutionalism of American States, University of Missouri Press, 1er janvier 2008 (ISBN 9780826266057, lire en ligne [archive]), p. 244-245.
  3. (en) Jonathan Kozol, Overcoming Apartheid [archive], thenation.com.
  4. Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours, Agone, 2002, p. 361.
  5. « Le Sénat américain présente ses excuses pour l'esclavage » dans Le Monde du 18-06-2009, [lire en ligne [archive]].

Annexes

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

La dernière modification de cette page a été faite le 2 mars 2018 à 21:03.



*
*      *

une-autre-histoire.org

Une autre histoire

histoires oubliées, histoires occultées

La ségrégation aux Etats-Unis

ségrégation
La ségrégation aux Etats-Unis est un système de racisme institutionnel assumé et légal qui a duré de 1875 à 1964.
Ce système, qui fit suite à la guerre de Sécession et à l’abolition de l’esclavage (1865), était un compromis permettant aux anciens États esclavagistes d’adopter une législation ouvertement raciste, familièrement surnommée « lois Jim Crow », un nom tiré de Jump Jim Crow, une chanson écrite et interprétée en 1828 par Thomas Dartmouth, alias Daddy Rice ou Daddy Jim Crow, un fantaisiste d’origine britannique qui fit carrière en se moquant des Afro-Américains qu’il caricaturait sur scène en se noircissant le visage, introduisant la mode du blackface et des minstrel shows.
Crow (corbeau) était une expression méprisante pour désigner les esclaves dans le Sud.
Sous l’hypocrite slogan « égaux mais séparés », les lois Jim Crow, instaurées principalement dans le Sud, mais régissant parfois des pratiques officieuses dans le Nord,  faisaient des affranchis des citoyens entièrement à part, soumis à toutes sortes de vexations, écartés de fait du système éducatif, culturel, économique, judiciaire et politique. Toute forme de mixité était proscrite à commencer par les mariages.
Le système légal était appuyé par des organisations telles que le Ku Klux Klan qui le renforçaient illégalement, mais en toute impunité, par les lynchages.
De fait, les crimes pratiqués par des « blancs » contre des « noirs » restaient impunis dans le Sud : une situation qui a laissé des séquelles aux XXIe siècle.
Le système de la ségrégation a inspiré l’apartheid en Afrique du Sud et en Namibie, de 1948 à 1991.
L’aspect officiel de la ségrégation, sous l’effet des combats des militants afro-américains pour les droits civiques, a pris fin en 1964, grâce aux prises de position de la Cour Suprême. Mais, même si la majorité des Américains sont finalement beaucoup moins racistes que les Européens, comme le démontre suffisamment l’élection, par deux fois, du président Obama (une situation absolument inimaginable et impossible en France) les mentalités n’évoluent que progressivement, surtout dans la Sud : on l’a bien vu avec l’attentat de Charleston en 2015.

Etats-Unis - les jeunes en masse manifstent contre les armes à feux

attentat de Trèbes - les fichés S et les "propositions" de Laurent Wauquiez


 

 

Surveillance des fichés S : "Nous n'avons pas les moyens humains de tout suivre"

Surveillance des fichés S : "Nous n'avons pas les moyens humains de tout suivre"Les forces du GIGN à l'extérieur du Super U de Trèbes. (ERIC CABANIS / AFP)

Le cas de Radouane Lakdim illustre la difficulté des services de renseignement à surveiller tous les radicalisés, explique Yves Trotignon, ancien agent de la DGSE.

Par Virginie Ziliani
L’union nationale n’a qu’un temps. Quatre jours après les attaques terroristes de Trèbes et Carcassonne, vendredi 23 mars, les questions fusent. Le cas de l’auteur des attentats, un jeune Franco-Marocain âgé de 25 ans, souligne la difficulté d’évaluer la dangerosité des radicalisés par les services de renseignement. Fiché "S" – pour "Sûreté de l’Etat" – depuis 2014, Radouane Lakdim ne présentait aucun "signe précurseur pouvant laisser présager un passage à l’acte terroriste", selon le procureur de la République de Paris François Molins. Dimanche, une source proche de l’enquête indiquait que sa compagne faisait également l’objet d’une "fiche S".
Laurent Wauquiez, président de LR, a dénoncé la "coupable naïveté" d'Emmanuel Macron et réclamé la rétention administrative des fichés S les plus dangereux et l'expulsion des étrangers qui seraient dans ce cas. Mais est-ce faisable ? Yves Trotignon, ancien cadre de la DGSE, spécialiste du terrorisme et enseignant à Sciences-Po, analyse pour "l’Obs" les mesures proposées après les événements de vendredi.
L’auteur de l’attentat allait sortir du "fichier FSPRT" dans quelques semaines… 
Déjà, il faut être logique : la compagne de Radouane Lakdim était fichée S depuis un an, mais lui allait être sorti des fichiers ? C’est-à-dire qu’un individu qui ne serait potentiellement plus radicalisé habiterait toujours avec quelqu'un qui le serait ? Au contraire, je pense qu’il faut garder un œil sur ce type de personne pour être sûr qu’on n'a plus de raison de les surveiller. Il y a quasiment 20.000 personnes dans le FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste), dans lequel était Radouane Lakdim depuis 2015. Peu de fichés S sont seulement des sympathisants de cette idéologie. En ce sens, il y a différentes échelles – de 1 à 6 – de dangerosité : Radouane Lakdim figurait parmi les 4.000 classés "dans le haut du spectre", qui regroupe les individus potentiellement dangereux.
Une fois que ces individus sont connus, ils sont intégrés dans les grands fichiers de radicalisation. De temps en temps, ces derniers sont mis à jour et on en fait sortir des individus. Les fichiers sont imparfaits, mais le problème du débat public actuellement est la focalisation sur ce type de mesure, alors que ce n’est qu’une partie du processus de renseignement.
Comment expliquer que les services de renseignement n’aient pas pu empêcher l’attaque ?
Nous n’avons pas les moyens humains pour suivre toutes ces personnes signalées. Surtout que l’expérience de terrain montre que ce ne sont pas forcément les têtes de liste des réseaux qui passent à l’acte. Il ne faut donc pas faire d’impasse : cela passe par une grille d’analyse plus fine et plus d'agents du renseignement affectés à cette surveillance. Ainsi, la volonté politique prime puisqu’elle seule peut décider de faire du contre-terrorisme une priorité nationale, pour y mettre les dépenses nécessaires. Les services recrutent : mais est-ce qu’ils recrutent assez, est-ce qu’il ne faut pas décentraliser davantage ? La difficulté c’est que, dès lors qu'un pays est administrativement bien géré, il en devient compliquer de se parler. Il faut avoir un retour entre Paris et le terrain.
Laurent Wauquiez a annoncé ce lundi matin vouloir "interner les plus dangereux" fichés S. La rétention administrative serait-elle la solution ?
D’abord, c’est lamentable, indécent et infaisable techniquement. C’est le cadeau dont rêvent les djihadistes : l’affrontement global. Les camps de rétention en France ne renvoient pas à des souvenirs très glorieux. Si demain vous enfermez des personnes issues de communautés voisines, vous envoyez un message que vous ne maîtrisez pas : c’est suicidaire politiquement parlant. Cela va alimenter la haine. Puis, ce que savent les services de renseignement, c’est que plus vous allez mettre la pression sur les djihadistes, plus ils vont modifier leurs modes opératoires. Nous allons nous retrouver avec des gens qui sont encore mieux formés que ceux qui seraient enfermés. Enfin, juridiquement la "fiche S" ne peut justifier une rétention : il ne s’agit que d’un outil de renseignement. Annoncer de telles mesures, c’est une manière de faire peur et de montrer que les précédents gouvernements ne font pas l’affaire.
Il préconise également d'expulser les fichés S étrangers...
On peut exclure des gens sur une décision administrative. Mais encore une fois, actuellement, il n'y a pas de lois concernant les fichés S. C'est un processus extrêmement lourd que d'impulser ce genre de réforme législative : la proposition est purement démagogique. C'est un serpent de mer : elle ne cesse de revenir depuis les attentats de Nice en juillet 2016.
Qu'en est-il des djihadistes jugés en Irak ou en Syrie ? Peuvent-ils être jugés sur place ?
C'est légalement faisable, mais cela pose plusieurs questions. D'abord, nous ne connaissons pas les systèmes carcéraux des forces non reconnues, comme les Kurdes par exemple. Je crois à la souveraineté de l'Etat irakien, mais comment être sûrs que les djihadistes ne vont pas être libérés ? En ce sens, nous serions plus tranquilles si les détenus sont jugés sur le sol français. D'un point de vue moral maintenant, nous sommes censés assurer à nos ressortissants – quels qu'ils soient –, à l'extérieur de nos frontières une assistance consulaire contre la peine de mort.
L'état d'urgence peut-il être rétabli ? 
La loi du 30 octobre 2017 reprend pratiquement toutes les mesures de l'état d'urgence pour les intégrer dans le droit commun. Elle donne ainsi beaucoup de pouvoir aux renseignements. Donc c'est une proposition creuse que de demander sa mise en place. Et, avec tout le respect que je dois aux victimes, il doit être décrété en cas d'événement majeur, ce qui n'est pas le cas ici.
Doit-on s’habituer à ce genre d’attaques ?
Le risque zéro n’existe pas. Il y a des erreurs humaines. Les djihadistes sont connus, surveillés, mais passent tout de même à l’action. Ils peuvent se montrer meilleurs et mieux entraînés que nos services de renseignement. Il faut donc que les politiques et la population reconnaissent qu’il y aura toujours cette probabilité. Mais d’un autre côté, il faut tendre vers l’efficacité maximale, donc s’évaluer en permanence. Par exemple, lorsqu'une intervention est réussie, il serait judicieux d'instaurer des retours d’expérience pour en tirer des bonnes pratiques et ainsi progresser.
 Propos recueillis par Virginie Ziliani
Virginie Ziliani
Virginie Ziliani