jeudi 10 janvier 2013

Inquiétude & Certitudes - jeudi 10 janvier 2013


Jeudi 10 Janvier 2013

Tout hier, la recherche de notre chien, puis la route m’en éloignant, le retour vers Megève. La France du Val de Loire, puis du Morvan avec Cluny, Taizé, Paray-le-Monial et juste sur R.C.F. des propos intéressants sur la théologie des Pères orthodoxes aux Xème et XIVème siècle. Le projet divin pas seulement sur chaque personne humaine, mais sur chaque animak, chaque plante, sur l’ensemble du cosmos comme sur chacun de ses constituants particuliers. D’intuition, j’en ai toujours été pénétré. Théologie du logos et des logoi. Remarque du commentateur : ni la Réforme ni l’Eglise du concile de Trente n’ont admis cette théologie, alors qu’elle sous-tend tout. Depuis quelques jours, je perçois que la réévangélisation doit se faire à tous, c’est-à-dire qu’elle sera le lieu de réconciliation et de redécouverte mutuelle des chrétiens et de leurs Eglises séparées. De là, à apprendre en communion avec les juifs et avec les musulmans, à prier ensemble et à sauver le monde de son désespoir et de son cynisme matérialistes, le pas sera aisément franchi.
Notre fille avant de s’en dormir et pleurant notre chien. Ce que j’aime en toi, Papa, c’est que tu ne perds jamais espoir. Quel hommage… peut-être, ma vie aura-t-elle eu sa « valeur » et m’aurat-elle fait rencontrer souvent bien davantage que le bonheur et même l’amour, quand celui-ci n’est qu’attirance ou désir mutuel ou pas… ces reconnaissances données par autrui, quidam, ou plus décisivement, par qui l’on aime de la totalité de soi, de plus que soi-même. Oui, devant elle, et pour elle, je ne perds jamais espoir, mais en moi… je ne cède pas au aspirations de la mort parce que mes aimées ont la nécessité de moi. – On n’est vaincu que par soi, on n’est secouru que par Dieu. Le plus souvent, Dieu nous garde et nous aime, par les autres, « ses » autres. – Prier… [1] l’évangile de l’Esprit… lorsque Jésus, avec la puisssance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région… On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi… Jésus est lettré, il sait lire et écrire, il possède les Ecritures, il ne tombe pas par hasard sur Isaïe. Le livre lui est donné. Il sait ce qu’il y a dedans. Rencontre entre l’inspiration du servant et la volonté de Jésus. La lecture aurait dû se suffire à elle-même. Jésus souligne, sans cependant se dévoiler directement, mais c’est bien à Nazareth, où il avait grandi, et où il avait ses habitudes, fréquenter la synagogue le jour du sabbat, qu’il s’affrme personnellement et directement pour la première fois de sa vie terrestre. Cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. Jean, le pasteur, l’évangéliste, me donne l’écho véritable de ce que je ressens entre déprime et lumière. L’amour de Dieu, c’est cela : garder ses commandements. Ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Et ce qui noius fait vaincre le monde, c’est notre foi… Relation à la vie, et aux circonstances. Relations aux autres : nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. … En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre.

La justice française… la Cour européenne des droits de l’homme condamne la France pour procès inéquitable mené contre Agnelet, l’assassin présumée de cette héritière des casinos niçois, il y a quelques vingt ans… Nicolas Sarkozy, déjà témoin assisté pour ne pas qualifier davantage sa relation avec la juridiction compétente et dépaysée pour l’affaire Bettencourt, fait l’objet d’accusation d’avoir violé le secret de l’instruction dans l’affaire dite de Karachi. Et il y a le rejet de ses comptes de campagne pour l’élection de 2012, dont il fait appel après du Conseil constitutionnel. Rumeur maintenant véhiculée sur la toile : des agents de nos services, condamnés à Caracas en 2009, étaient chargés d’assassinerHugo Chaves. Motifs inconnus, sans doute la simple influence sur un autodidacte en manque de père et de vraies racines d’âme, exercée par quelques personnalités riches : nord- américaines, Etats-Unis, Canada. Incroyable … ou plausible. Journée sans nouveau démenti ou nouvelle assertion pour l’affaire Médipart/Cahuzac : le ministre du Budget faisant l’object d’une enquête préliminaire pour blanchiement de fraude fiscale.

Emmanuelle Riva, héroïne octogénaire d’Anelka, « nominée » pour les Oscar… celle d’Hiroshima mon amour, éperdûment quelconque et sans correspondance avec quelque canon de la beauté et de la mode que ce soit, était expressive au dernier degré d’une passion amoureuse de rencontre. Tu n’as rien vu à Hiroshima, la Loire était non loin de Nevers, c’était en noir et blanc, avais-je beaucoup plus de vingt ans, les corps étaient nus, j’apprenais d’image et d’imagination ce qui change la vie en instants, et les instants en vie.  L’actrice avait-elle trente ans ?


[1] - 1ère lettre de Jean IV 19 à V 4 ; psaume LXXII ; évangile selon saint Luc IV 14 à 22

mardi 8 janvier 2013

courriel à l'Elysée - actualité

 
----- Original Message -----
Sent: Wednesday, January 09, 2013 8:12 AM
Subject: actualité

Voeux chaleureux et confiants, cher Monsieur le Secrétaire général, pour vous, les vôtres et ce dont vous avez la charge. Par la poste, ces jours-ci, une lettre pour le Président, si vous voulez bien l'accueillir et la mettre sous ses yeux.
 
Réflexions simples sur l'immédiate actualité :
 
1° Notre Dame des Landes. Il faut que le "pouvoir" d'une manière ou d'une autre évacue les lieux et le sujet. Tous les signes insistent, la joie, la contagion, l'humour, la gouaille, la symbolique de la jeunesse, le transversal des thèmes, c'est du Mai 68 en puissance. Si vous avez cela sur les bras avec la situation générale d'un pays qui n'espère plus, qui ne sait plus même exprimer sa révolte et sa déception, l'imprévisible et la déferlante peuvent arriver... comme ne pas arriver. Pour sauver la face de l'ex-maire de Nantes, le risque est trop collectif et trop grand. Il faut ne pas le prendre. X prétextes peuvent être trouvés, il en est temps.
 
2° le voyage de Pierre Moscovici en Chine. Les prosternations de Sarkozy pour les Jeux olympiques. Les explications maintenant sur les rumeurs de nationalisations (s'en expliquer aux dirigeants du Parti communiste chinois !), nous excuser d'enquêter sur la signature de Proglio et sur ce qui est donné du plus intimes de nos sécurités nucléaires, vanter nos atouts (lesquels ?), répondre de la paix sociale en cas d'investissement..., exactement le travail de couloir de Jean-Pierre Raffarin faisant du jugement chinois le motif principal des "réformes" à consentir sous Sarkozy. Il faut n'agir qu'ensemble, à tous, en corps constitués de l'Union européenne, plus de voyage en solo à Pékin, fut-ce celui du président de la République. Nous n'avons de poids que tous ensemble, même l'Allemagne dont il faudrait d'ailleurs étudier la balance commerciale : rien que les mises en rayon des grandes surfaces pour les ampoules OXAM et des caractéristiques nouvelles, on ne sait pourquoi ni comment, des directives bruxelloises ont périmé nos anciennes ampoules, leurs diversités et leur parfait éclairage au profit de lumières glauques et de produits ruineux : fabriquées en Chine, ces ampoules transitent par l'Allemagne. Le flux chinois et la commission allemande ? l'enquête serait intéressante.
Mais la solution urgente est le protectionnisme européen, la révision du traité de Marrakech, l'intégration de l'O.M.C. dans l'organigramme des Nations Unies. Courir après les investissements chinois ? comme si les leçons de ces années-ci n'étaient pas que les pans entiers qui s'effondrent chez nous sont le fait des rachats spéculatifs de nos patrimoines et de nos savoir-faire, le plus souvent à notre demande. L'investissement en France doit être le fait de capitaux français. Nous ne pouvons être colonisés par les Qatari et par les Chinois, c'est de salut public. Le redressement productif, c'est d'abord de mobiliser l'épargne française. L'emprunt civique à la Pinay à la de Gaulle, les bons du Trésor dans les bureaux de tabac, à la poste, au guichet-client des banques (surtout si nous nationalisons celles-ci pour quelque temps en finançant d'ailleurs l'opération par l'emprunt public), est une grande part de notre solution. Cela peut s'étendre à l'Europe. la confiance ne renaîtra, y compris en politique, que si les moyens que presque tout le monde chez nous souhaite, sont enfin pris.
Evidemment, dire que la crise est derrière nous, que l'euro. est sauvé, que la zone, etc... est pure folie du genre : la route du fer est coupée... nous gagnerons parce que nous sommes les plus forts. L'immobilier, les voitures, les soldes de vêtements féminins, tout montre que nous sommes en plein dans la crise, en pleine séquence de destruction d'emplois par dizaines de milliers.
 
3° Gilbert Cahuzac. La femme de César... le précédent d'Eric Woerth, chaque gouvernement aurait donc pour ministre du Budget... Principe tout simple. Tout ministre, sous-ministre, élu national ou local qui fait l'objet d'enquête judiciaire ou de mise en examen est suspendu - organiser cela au besoin par la loi, le mettre dans la révision constitutionnelle - pour précisément mieux se défendre et en droit seulement commun. Eviter que tout le gouvernement n'en pâtisse, que le personnage soupçonné, malgré ses rodomontades et sa satisfaction publique d'avoir enfin accès au dossier pour que son innocence éclate... ne soit plus mentalement à sa tâche mais entièrement rongé par l'inquiétude de sa carrière f...
 
Dans ce que je vais écrire au président de la République, qui n'est sans doute pas courant mais coule de source, je suis mû par l'évidence que le pays ne peut pas continuer après cinq ans de désamour pour le prédécesseur, être gouverné avec 35% seulement d'opinions favorables dès les six premiers mois d'exercice du pouvoir selon un nouveau registre et par de nouveaux élus... la force de l'Allemagne n'est pas actuellement dans son économie, mais dans la relation gouvernants/gouvernés. Après six ans d'exercice du pouvoir, la Chancelière recueille plus de 60% d'opinions favorables. Le décalage avec nous, le rapport de forces morales sont là. Ils peuvent tout à fait être équilibrés par nous, par le président de la République. J'essaierai de dire comment.
 
En confiance.
 
Clemenceau - une idée me pousse comme un boulet : je ne veux pas voir la perte de mon pays.

Inquiétude & Certitudes - mardi 8 janvier 2012

pour moi... François Mitterrand + 8 janvier 1996

 merci de votre fidélité à me lire et souvent à patienter

collection notes politiques Novembre 2006 - Décembre 2012 - sur demande à b.fdef@wanadoo.fr

suite en ligne à mesure de la rédaction

pour une mémoire de François Mitterrand
+ 8 Janvier 1996






Notre dernier souverain, à ce jour




J’aurai pu écrire ce que je rédige maintenant dès l’annonce de sa mort – une saint-Jean-Baptiste. Je ne l’ai pas fait parce que je n’ai pris cette habitude – rare, heureusement – d’écrire quand quelqu’un de notoire quitte ce versant-ci de la vie éternelle, qu’à partir de la mort de Maurice Couve de Murville qui m’était particulièrement proche parce que ce fut, et de loin, la personnalité politique la plus durablement fréquentée dans ma propre vie : de Janvier 1970 à son décès en Décembre 1999, fréquentation qui n’a pas cessé ensuite puisque j’ai entrepris, de son vivant, d’écrire sa biographie.

Le parallèle vient de me venir alors que je médite sur ce que j’ai vécu avec François Mitterrand et plus encore par lui. Etrangement, c’est approprié, car ma relation de conversations et de correspondance est à peine moins durable qu’avec l’ancien Premier ministre du général de Gaulle : de Juin 1977 à la fin de 1995. Pour des raisons très différentes de celles me liant d’intelligence et d’âme avec l’homme du 18-Juin, François Mitterrand continue de m’habiter. Sans doute parce que son accueil, aussi bien en tant que président de la République que chef de l’opposition avant 1981, et sa fidélité à me lire et à me faire signe, contrastent avec celui de ses trois successeurs, notamment avec François Hollande, élu à gauche et avec ma voix, ce qui ne fut pas le cas – pour moi, du moins – de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.

De Gaulle, que j’entendais à la radio depuis son retour « aux affaires » et voyais en bandes d’actualités, art de la première partie des séances au cinéma et celui qui devint – avec l’exercice du pouvoir suprême, les fonctions présidentielle, façon Cinquième République – son « adversaire le plus fidèle » [1] m’apparurent pour la première fois à la télévision, presqu’ensemble, au printemps de 1966, aux côtés de ‘mon’ préfet, Vitalis Cros, qui avait été préfet de police à Alger au moment du massacre de la rue d’Isly. Décalage d’âge, de prestations, mais présence. L’homme du second tour de la première de nos élections présidentielles au suffrage direct [2] pas très bien rasé, aux rouflaquettes de cocher, le cheveu rare mais encore la semi-calvitie, fut commenté avec une quasi-haine par mon chef de stage E.N.A. à Blois : le mensonge incarné. Epoque où la Cinquième République en cours  d’adoption par les Français fonctionnait d’une manière inédite en France : le parti unique ou plus exactement le rapport au peuple enlevant aux partis toute légitimité propre qu’ils forment la majorité parlementaire ou entretiennent l’opposition au régime dans toute la vie publique. J’ai écouté avec respect, j’ai appris que cet homme suscitait autant de haine que le Général lui-même dans les milieux dits modérés, voire chrétiens. Ce premier moment, que je n’ai pas alors noté – à vérifier dans mon journal, qui a retenu en revanche deux interventions marquantes du Général puis de Mitterrand en 1967 et en 1968 – était surtout un rythme et un visage, exactement comme le dernier de l’entre-deux-tours de 1981, celui qui « lança » Anne Sinclair. Si je n’ai pas su dire que la gauche, c’est… 1966. Mensonge ! … les dernières assertions de Valéry Giscard d’Estaing, insinuant tout puisque n’ayant plus rien à perdre.

François Mitterrand disparaît à peine apparu dans ma vie, il n’entre pas dans ma réflexion ni dans mes convictions à la fin des années 1960 tandis que je vis une scolarité destructrive à l’Ecole nationale d’administration. Un pamphlet contre cette école, dont il est pourtant issu, celui de Jean-Pierre Chevènement en compagnie de Didier Motchane : l’énarchie, est le premier texte de gauche que je lise. La République moderne, le coup d’Etat permanent, je ne les avais lus et admirés – en même temps que j’apprenais le fil de l’épée, réédité dans les mêmes éditions de poche, et donc assimilais l’extraordinaire auto-portrait anticipant l’homme du 18-Juin et le président-fondateur de la Cinquième République. Mendès France et Mitterrand étaient alors, pour moi, non étiquetés comme la plupart des acteurs politiques d’aujourd’hui : c’étaient des opposants au régime qui sauvait la France, lui rendait prestige et rang, donnait à l’Etat tous ses moyens, ceux de nos besoins contemporains et ceux de nos traditions les plus anciennes (notre Ancien Régime et la proposition capétienne constituent celles-là), inventait une relation entre le peuple et le pouvoir. Ils avaient donc tort mais ils introduisaient de la critique et de la diversité. Ils n’étaient pas considérables. Ils le devinrent – pour moi, mais aussi pour beaucoup de Français, de plus en plus de Français – quand de Gaulle fut congédié principalement par les siens. Le procès en fidélité que j’intentais au successeur : Georges Pompidou, avait comme conclusion logique l’abandon du pouvoir par les épigones et la chance de gouverner laissée à d’autres, aux références certes différentes, en rien le legs du Général. Sympathie pour l’alternance, mais aucune indulgence pour une destruction projetée de nos institutions – celles léguées par de Gaulle – telle que l’explicitait le Programme commun de gouvernement, convenu entre Parti socialiste et Parti communiste. L’analyse que j’en fis, et que publia le journal Le Monde, approuvait presque tout de ce programme sauf sa partie institutionnelle. Pierre Joxe répliqua et fut publié juste au moment où je passais la première épreuve pour l’agrégation de droit public, il m‘y traitait d’amateur ce qui ne m’avantagea pas. Je fus collé – on était en Juin 1972 : le partage du pouvoir présumé, contre-réplique et arbitrage (égalité au score) par le doyen Georges Vedel – mais commençais d’être lu par François Mitterrand : l’élection présidentielle anticipée, qui accepta l’issue que je proposais aux questions posées au président régnant à la veille d’élections législatives, pronostiquées très incertaines pour la majorité sortante. Valéry Giscard d’Estaing en lice au second tour de l’élection pour la succession à Georges Pompidou, voter pour François Mitterrand, donc à gauche, première fois de ma vie civique, coulait de source. J’avais rappelé que le gaullisme est ailleurs que dans ce qui était devenu la droite. J’avais évoqué Maurice Couve de Murville, cette obscure clarté, et Michel Jobert. Sans le savoir, j’allais faire le même chemin vers le chef de l’opposition et vers le futur président de la République. Mon éminent ami, mon mentor depuis son inoubliable exercice à nos Affaires Etrangères, séduisit François Mitterrand par sa liberté de parcours et de pensée. Je crois qu’il en fut de même pour moi dans son esprit, mais à mon rang et selon ma modeste ancienneté. J’ai su par Roland Dumas, bien tard, à l’automne de 1995, que ma prise de parti (les militants contre les députés) en sa faveur en Novembre 1980 quand Michel Rocard faillit, lors du congrès de Metz, lui ravir l’investiture socialiste, m’avait vraiment fait entrer dans ses sentiments.
Quand de Gaulle dut résigner les fonctions présidentielles, puisque le referendum sur la transformation du Sénat et la régionalisation avait été négatif, je tentais de comprendre ce qu’il s’était passé chez les siens, et de discerner qui pourrait gouverner le pays en fidélité aux voies qu’il nous avait ouvertes. Louis Vallon, René Capitant,  Maurice Couve de Murville, Christian Fouchet, Jean-Marcel Jeanneney me reçurent selon une lettre accompagnant un manuscrit sur cette démission. François Mitterrand me reçut sur présentation par son frère, Robert, que je rencontrai dans l’exercice de mes fonctions d’attaché commercial près notre ambassade à Lisbonne. J’avais choisi l’homme de l’avenir. Que l’ensemble des gaullistes, des giscardiens et la plupart des commentateurs dénonçaient comme l’homme des passés, l’homme dépassé, jeu de mots selon la gent politique qui n’a – hors de Gaulle et André Santini – guère ce talent.

Long exhorde, correspondant sans doute au temps réel. Je passais de la conviction – que Jacques Fauvet tout le temps de sa direction du journal Le Monde à partir du moment où je l’avais sollicité (le projet de referendum d’Avril 1972 sur le premier élargissement du Marché commun, initiateur sans doute de toutes les dégénérescences de l’entreprise européenne, dont nous payons maintenant avec usure le prix en toutes monnaies) – à une ambition : influencer le pouvoir sur certains points, les institutions à maintenir, l’indépendance du pays notamment vis-à-vis des Etats-Unis. Je ne pensais, pas plus qu’aujourd’hui, à une place dans l’organigramme de la future présidence. Je voulais une relation personnelle, je l’obtins. Dès cette première conversation – le 17 Juin 1977, au siège alors du Parti socialiste place du du Palais-Bourbon, là où Paul reynaud avait son bureau avant-guerre, peut-être y reçut-il de Gaulle ? – plusieurs évidences se manifestèrent. François Mitterrand écoutait, ce qui est une marque d’estime et de considération, et il parlait avec confiance, sans précaution ni hésitation, clairement, pratiquement, ce qui est aussi une marque d’estime et de considération pour l’interlocuteur. Sans doute, à peu près au même date, reçut-il Laurent Fabius, qui avait été président des étudiants socialistes à Sciences-Po., et l’embaucha-t-il pour la direction de son cabinet, tandis que Lionel Jospin était son accompagnateur en relations extérieures. J’étais donc dans une autre catégorie. Les nationalisations furent évoquées à mon initiative. Michelin mais aussi Renault avaient alors leur gestion de devises, en Suisse : la régie fonctionnait donc comme le parangon de l’entreprise privée familiale, alors pourquoi nationaliser ? Autre évidence, la présence et l’autorité de François Mitterrand, alors dans l’opposition, s’imposaient par l’ancienneté dans la politique, par l’expérience des sujets politiques mais surtout oar la proximité qu’il acceptait, qu’il sollicitait même. L’art du plain-pied avec son interlocuteur. La voix était recto tono. Le physique n’était pas à la fin des années 1970 plus avantageux que dans sa première apparition télévisée – dans ma mémoire de 1966. Je n’étais pas charmé, je me sentais à égalité, c’est-à-dire bien traité et valorisé. Tout me sembla naturel lors de notre seconde conversation, cette fois-là, au dernier étage de la rue de Bièvre, l’ascenseur montant directement pour que la porte s’ouvre dans le bureau-vestibule de Marie-Claire Papegay. L’antre de travail de François Mitterrand était sobrement éclairé par deux fenêtres de comble et surtout par un magnifique portrait-photographie de François Mauriac, dédicacé. Je ne crois pas avoir lu le texte. L’important était la mise en valeur de cette marque, au minimum d’un vif intérêt et d’une relation certaine, reçue du prix Nobel, « fan » ou « groopie » ensuite du général de Gaulle. L’un des thèmes fut l’élection manquée de 1974, une révision des comptes faite semble-t-il en tête-à-tête avec Georges Marchais : près de quarante mille voix d’avance sur Giscard d’Estaing, outre-mer compris mais impossible d’appliquer le Programme commun avec une majorité si fiable et obtenue par contestation d’un résultat officiel. Deux autres conversations, l’une à propos de l’élection partielle – la succession d’Edgar Faure dans le Haut-Doubs – à laquelle je me présentais sans l’aval d’aucun parti alors que j’avais espéré des opposants au président régnant : Valéry Giscard d’Estaing, l’autre, juste après en avoir conféré avec Michel Jobert, me disant comme accessoirement qu’il voyait, lui aussi, le futur président : je plaçais deux appellations qui seront retenues. Le ministère des Relations extérieures, cf. le prince de Bénévent, les commissaires de la République comme à la Libération, comme le 30 Mai 1968, puisqu’il fallait « supprimer » l’institution préfectorale. Jacques Fauvet dont Michel Vauzelle était le gendre depuis peu, pensait que je serai, dans l’équipe élyséenne, chargé des relations avec la presse. Je ne fus rien et le gendre devint quelque chose sans que le nouveau président de la République ait pour autant compris qui était J.F. et comment fonctionnait, sous sa direction le « grand quotidien du soir ». Je vécus gratuitement mais fiévreusement la journée, la soirée du second tour de l’élection présidentielle de 1981. J’avais noué une relation avec Jacques Chirac pour empêcher l’investiture R.P.R. de qui que ce soit à Pontarlier. J’y avais gagné une impression de grande proximité – mais très différente de celle donnée par François Mitterrand – et aussi une soutien financier non négligeable pour alléger le poids de dépenses électorales que j’étais seul à supporter et à acquitter comptant puisque je n’étais crédité d’aucune chance de l’emporter. Ce temps-là de la politique était étrangement chaleureux d’homme à homme, et assassin pour la grande ambition du pouvoir. Comment le président sortant – Valéry Giscard d’Estaing – avait-il suscité, accumulé tant de haines ? je faisais partie de ces détracteurs à tous crins, malgré des entretiens intéressants, francs et même gratifiants avec Jean Serisé, le conseiller politique exclusif à l’Elysée, honnête intellectuellement et croyant au primat de la raison en régime électif, type de naïveté qui – rétrospectivement – caractérise cette tentative mal perçue, mais qui était sincère, de rendre libérale et efficace l’autorité politique en France. De Jacques Chirac et François Mitterrand qui firent cause commune contre lui, Valéry Giscard d’Estaing, était des trois – je le réalisais en étant reçu à plusieurs reprises par lui en 1997-1998 – le plus affectif, le vrai affectif et probablement celui de meilleure volonté. Au nouveau siège du Parti socialiste, désormais 10 rue de Solférino, le futur vainqueur était si loin de toute certitude – on était en Février 1981 – que très impressionné par la dynamique chiraquienne, il redouta quelques jours un second tour n’opposant qu’entre elles les deux droites ! Ce qui me valut une lettre manuscrite, la première en date et anticipant celles dont le président de la République en exercice me gratifiera.

Evoquer la mémoire de François Mitterrand – l’évoquer selon moi, subjectivement, sans tenir compte ce qui ne m’a pas été difficile de son vivant et l’est encore moins depuis sa mort malgré la publication de tant de confidences, journaux et « révélations » – sera, pour continuer de l’écrire, de deux encres. Celle de la relation personnelle, quoique je n’ai jamais fait partie ni de l’équipe ni d’aucun cercle du Président, et celle d’un constat, comment la France fut incarnée, comment le pays fut gouverné, comment la Cinquième République s’inventa, pas tant la « cohabitation » qui n’a jamais été une théorie ou un concept pour François Mitterrand, au contraire d’Edouard Balladur les donnant à Jacques Chirac, pour une suite que la suite montra toute personnelle…






Le jeudi 10 . Janvier 2013, Megève-Rochebrune


[1] - le mot, si juste, est d’un ancien conseiller judiciaire de Valéry Giscard d’Estaing, dont le nom me manque ce soir : conversation avec lui à Fischbachau, séminaire du ministère de la Justice bavarois pour les hauts-fonctionnaires francophones du Lan de Bavière

[2] - l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte a longtemps constitué, ainsi que ses trois plébiscites, l’argumentaire contre l’instauration de la démocratie directe chez nous

dimanche 6 janvier 2013

aux députés

Je communique aux députés la note de réflexion n° 5 - mise en ligne le

 
----- Original Message -----
Sent: Sunday, January 06, 2013 10:53 PM
Subject: faire coincider la politique du gouvernement avec le consensus existant manifestement dans notre pays et avec les évidentes nécessités de l'heure qui est dramatique
 
aux élus socialistes, communistes, radicaux de gauche, écologistes
Chers élus de gauche, notre situation impose autre chose qu'une gestion budgétaire. Les moyens et l'expérience de notre pays, le consensus de nos concitoyens coincident : l'Etat est nié par des procédures, des forces et des pronostics depuis des années. Or, c'est le seul instrument à être être dirigé et contrôlé selon la démocratie, le seul à pouvoir décider notre salut. Il faut nationaliser ce que des dirigeants ont bradé ou ont mal conduit. Florange, Petroplus, Saint Jean de Maurienne... le point commun, des investissements étrangers courtisés, disputés entre régions et politiques, nous ont vidé de notre substance, ce ne sont plus que des restes. Tout y est passé. Nous n'avons plus d'industrie, avant peu d'années, les automobiles y passeront aussi.
 
Sans changement complet de moyens, le chômage ne fera qu'augmenter, tous les Français le savent. Promettre le contraire, c'est de l'incantation. Nous avons confiance dans l'honnêteté personnelle du président de la République. A vous les élus, à nous les électeurs, vos électeurs de le pousser à l'audace, au retour à nos sources. Un établissement qui ferme ou qui est délocalisé, ce n'est pas seulement des emplois supprimés - ils peuvent se retrouver dans d'autres domaines, ce sont des savoir-faire acquis par plusieurs générations, souvent en tradition familiale : mineurs, fondeurs, textiles, etc... que nous perdons irréversiblement.
 
Nous ne pouvons plus vivre de cinq ans en cinq ans pour des alternances qui ne sont que de ton et de personnes, pas de fond. 2017, c'est trop tard que ce soit nous ou d'autres. Tout se joue ces mois-ci, ces semaines-ci.
 
Il y a un consensus dans notre pays pour une véritable politique de gauche : nationalisations, service public. Il y a l'espace et le moment pour une initiative européenne de la France du retentissement de celle de 1950 : la démocratie directe dans l'Union par l'élection du président de l'Union au suffrage direct de tous les citoyens européens. Le prochain Parlement européen, celui de 2014, doit être constituant.
 
Tout cela est à portée de la France et de son nouveau président de la République. Que ce ne soit pas décidé, fait maintenant serait plus qu'une responsabilité : ce sera la mort de notre pays. Nous sommes vidés de notre substance, distraits des vrais sujets par des discussions de fiscalité ou de société.
 
Très directement à vous, et en confiance.
 
aux élus U.M.P.

Chers élus que je crois encore de fond gaulliste, notre situation impose autre chose qu'une gestion budgétaire. Les moyens et l'expérience de notre pays, le consensus de nos concitoyens coincident : l'Etat est nié par des procédures, des forces et des pronostics depuis des années. Or, c'est le seul instrument à être être dirigé et contrôlé selon la démocratie, le seul à pouvoir décider notre salut. Il faut nationaliser ce que des dirigeants ont bradé ou ont mal conduit. Florange, Petroplus, Saint Jean de Maurienne... le point commun, des investissements étrangers courtisés, disputés entre régions et politiques, nous ont vidé de notre substance, ce ne sont plus que des restes. Tout y est passé. Nous n'avons plus d'industrie, avant peu d'années, les automobiles y passeront aussi.
 
Sans changement complet de moyens, le chômage ne fera qu'augmenter, tous les Français le savent. Promettre le contraire, c'est de l'incantation. Vous n'avez plus de chef, est-il nécessaire d'en avoir d'ailleurs à quatre ans de la prochaine élection présidentielle, mais vous avez une conscience, une mémoire personnelles. La France a de l'expérience, celle de son Etat, celle de l'entreprise publique : a-t-elle été faite par le privé ? et le privé n'est-il pas à son meilleur quand il a précisément le cadre donné par la planification, par l'aménagement du territoire, par l'Etat donc quand il est mû comme il le fût aux grandes heures de nos nécessités. Nous ne pouvons plus vivre de cinq ans en cinq ans pour des alternances qui ne sont que de ton et de personnes, pas de fond. 2017, c'est trop tard que ce soit nous ou d'autres. Tout se joue ces mois-ci, ces semaines-ci.
 
Il y a un consensus dans notre pays pour une véritable politique qui n'a pas d'étiquette : nationalisations, service public.
 
Il y a aussi l'espace et le moment pour une initiative européenne de la France du retentissement de celle de 1950 : la démocratie directe dans l'Union par l'élection du président de l'Union au suffrage direct de tous les citoyens européens. Le prochain Parlement européen, celui de 2014, doit être constituant.
 
Tout cela est à portée de la France et de ses élus. Ne pourrait-on à l'Assemblée nationale signifier au gouvernement que le consensus est possible s'il devient lui-même de consensus, donc en changeant de politique, et en étant complètement renouvelé, resserré, refondu, et ouvert à vous ? Que ce ne soit pas décidé, fait maintenant serait plus qu'une responsabilité : ce sera la mort de notre pays. Nous sommes vidés de notre substance, distraits des vrais sujets par des discussions de fiscalité ou de société.
 
Très directement à vous, et en confiance.

aux centristes et aux non-inscrits
 
 
Chers élus aux étiquettes ou absence d'étiquette classique - ce qui peut être signe de liberté et de vérité ...,
 
notre situation impose autre chose qu'une gestion budgétaire. Les moyens et l'expérience de notre pays, le consensus de nos concitoyens coincident : l'Etat est nié par des procédures, des forces et des pronostics depuis des années. Or, c'est le seul instrument à être être dirigé et contrôlé selon la démocratie, le seul à pouvoir décider notre salut. Il faut nationaliser ce que des dirigeants ont bradé ou ont mal conduit. Florange, Petroplus, Saint Jean de Maurienne... le point commun, des investissements étrangers courtisés, disputés entre régions et politiques, nous ont vidé de notre substance, ce ne sont plus que des restes. Tout y est passé. Nous n'avons plus d'industrie, avant peu d'années, les automobiles y passeront aussi.
 
Sans changement complet de moyens, le chômage ne fera qu'augmenter, tous les Français le savent. Promettre le contraire, c'est de l'incantation. Vous avez une conscience, une mémoire personnelles. La France a de l'expérience, celle de son Etat, celle de l'entreprise publique : a-t-elle été faite par le privé ? et le privé n'est-il pas à son meilleur quand il a précisément le cadre donné par la planification, par l'aménagement du territoire, par l'Etat donc quand il est mû comme il le fût aux grandes heures de nos nécessités. Nous ne pouvons plus vivre de cinq ans en cinq ans pour des alternances qui ne sont que de ton et de personnes, pas de fond. 2017, c'est trop tard que ce soit nous ou d'autres. Tout se joue ces mois-ci, ces semaines-ci.
 
Il y a un consensus dans notre pays pour une véritable politique qui n'a pas d'étiquette : nationalisations, service public.
 
Il y a aussi l'espace et le moment pour une initiative européenne de la France du retentissement de celle de 1950 : la démocratie directe dans l'Union par l'élection du président de l'Union au suffrage direct de tous les citoyens européens. Le prochain Parlement européen, celui de 2014, doit être constituant.
 
Tout cela est à portée de la France et de ses élus. Ne pourrait-on à l'Assemblée nationale signifier au gouvernement que le consensus est possible s'il devient lui-même de consensus, donc en changeant de politique, et en étant complètement renouvelé, resserré, refondu, et ouvert à vous ? Que ce ne soit pas décidé, fait maintenant serait plus qu'une responsabilité : ce sera la mort de notre pays. Nous sommes vidés de notre substance, distraits des vrais sujets par des discussions de fiscalité ou de société.
 
Très directement à vous, et en confiance.