jeudi 4 septembre 2008

Inquiétude & Certitudes - jeudi 4 septembre 2008


Jeudi 4 Septembre 2008

La Mauritanie, toute l'Afrique : le moderne reproduisant l'ancien ?

Qu'est-ce qui fait courir Nicolas Sarkozy ?

La République et ses versions

A Damas, le chef du protocole américain ?

Le ticket présidentiel le plus télégénique aux Etats-Unis



Prier… [1] qu’il devienne fou pour devenir sage, car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Voilà une conviction paulienne dont nous ne sommes pas pétris, notre Eglise pas davantage, nous rivalisons de précautions sinon de révérence avec l’ « établissement », en cela nous le fortifions dans sa pétition de légitimité. Tout le compendium du magistère social de l’Eglisé – récemment réédité et réorganisé – vaut approbation du libéralisme économique, alors que dans la lecture attentive il ne l’est pas, mais on laisse cela se développer en fumet agréable aux narines des exploiteurs. Qui en ont quelque besoin en colloques ou en campagnes électorales. Tout est à vous, certes, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu. Jésus, la pêche miraculeuse, conclusion d’un enseignement à la foule, une injonction de métier à quelqu’un qui l’est alors que le Christ, selon toutes apparences, lui, ne l’est pas. Qualification alors, en parabole vêcue de façon saisissante, de ce qu’est l’enseignement, l’évangélisation et de ce à quoi va devoir s’employer Pierre. Conscient de la situation : Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. Remarque non négligeable, la pêche est copieuse, elle le sera tout autant quand il va s’agir des hommes, des âmes, de la propagation de notre conscience et de la nouvelle d’être sauvés. Choix des disciples, une fois de plus : laissant tout, ils le suivirent, alors même qu’avec cette pêche, les affaires prospèrent.Et, nous, au bout de la chaîne… Il obtient du Seigneur, la bénédiction, et de Dieu son Sauveur, la justice. Pensée pour mes frères et sœurs, mes amis d’Islam : le début de leur « mois béni ».

La Mauritanie, la même leçon ? l’Afique reproduirait sous les apparences de nos constitutions européennes ou américaines, ses traditions. Ainsi, les distributions traditionnelles des rôles entre collectivités, notamment celui des tribus guerrières décidant en dernier ressort mais seulement par à-coups, serait joué aujourd’hui par les putschistes, notamment en Mauritanie. Quant à moi, je vois dans l’institution, pour les années 1960 et 1970, dans ce pays qui m’est cher, du parti unique de l’Etat, un système donnant cours moderne aux manières ancestrales et ataviques d’aboutir au consensus et aux désignations des responsables. Les alternances au pouvoir ou les élections manichéennes ne produisent pas la participation et la légitimité en Afrique ni sans doute dans tout le monde arabe.

Je suis en train de saisir – d’abord pour le donner à chacune des dates correspondantes, puis peut-être pour l’éditer assorti de l’intégralité de mes notations – le journal que je tenais il y a quarante ans : « événements de Mai », départ du général de Gaulle, avènement de Georges Pompidou. J’y vois beaucoup de leçons pour aujourd’hui. La place des médias est toute différente, pas tant parce qu’elles sont techniquement bien plus développées aujourd’hui et que le « people » est une forme de démagogie plus courante encore que la subvention aux intérêts particuliers, mais parce que le pouvoir n’en était pas dépendant, il en usait au contraire, et on ne créait rien artificiellement. Alain Poher s’effondre quand il est nu. Michel Jobert surgit parce qu’il est tout bonnement excellent tandis que Pierre Messmer pourtant Premier ministre ne fait pas de percée médiatique. Valéry Giscard d’Estaing gagne, avec bien moins de voix putatives et bien moins de réseaux que Jacques Cahabn-Delmas et François Mitterrand l’élection de 1974. Le peuple est réfléchi : des événements de Mai au renvoi du général de Gaulle, c’est patent, il n’est pas manipulé, il est le peuple et pas seulement l’opinion.

Un mot à l’époque qui avait son poids sous de Gaulle, mais avait déjà cours das les années 1930 et jusques sous la Quatrième République : prestige, a disparu de nos vocabulaires officielles et même de l’ambition des gens politiques. C’est trop, c’est pourtant essentiel et c’est ce qui manque.

Ambition du pouvoir ? ou ambition politique ? c’est clair dans la montée en puissance de Georges Pompidou la dernière année du Général. Nicolas Sarkozy a une emprise que je ne m’explique qu’en partie sur les quelques-uns qu’il a gagné à son parcours. Le culot, l’énergie ? face à l’indécision de Jacques Chirac et aux inconséquences de Dominique de Villepin, le premier n’usant pas de ses réseaux de quarante ans et le second ne s’en faisant pas : ayant fréquenté un peu son cabinet à Matignon à l’automne de 2006, je l’ai éprouvé, Nicolas Sarkozy profite du vide. Il ambitionne l’Elysée, comme « la dernière marche ». Motivation du parvenu ? de l’apatride ? Rastignac ? Mais aujourd’ »hui ? je ne suis pas sûr qu’il veuille sa réélection ? que fera-t-il au bout de deux mandats en tout état de cause, car la disposition limitant le nombre des mandats est la sienne, elle n’était pas reprise par la commission Balladur dans son rapport d’Octobre 2007, il la remet sur le métier dans sa lettre au Premier ministre, en Décembre 2007… il n’aura pas soixante-cinq ans. L’argent ? les femmes ? sa position lui en donne, il a Carla, qui incontestablement lui fait le plus grand bien, le sécurise. Cécilia portait la dureté et une vieillesse d’âme sur le visage. Carla a du métier pour les médias, elle ne gaffe pas, elle concourt aux ambiguités populistes de son mari, elle est le « bon génie » du règne même s’il y a du toc et de la chirurgie esthétique, déjà. Opinion de femme, celle qui m’a épousé. Elle le voit dépressif, dubitatif sur beaucoup de ses capacités. On le dit dopé, sinon drogué. Il y a des ragots sur ses mœurs et goûts intimes. Ce qui se voit, c’est cette « omni-présence » qui suppose une grande dépense physique et nerveuse personnelle. Ces voyages en province, ces changements de lieux et d’ambiance plusieurs fois par jour. Les déplacements-éclairs à l’étranger. Torrent de paroles, comme tous les dictateurs ? je ne sais, n’ayant jamais travaillé avec lui et si les confidences abondent sur ses grossièretés de langage ou ses jugements méprisants pour ses collaborateurs, ministres ou adversaires, il n’y en a guère – qui soient précises et sobres – sur sa manière de travailler, de préparer, d’étudier. Elles ont abondé rétrospectivement pour de Gaulle, elles subjuguaient dès Alger : la première audience de Couve de Murville, commissaire aux Finances, en Juin 1943. Alors cette hyper-activité et cette absence de perspectives, de buts dans sa vie personnelle et pour le pays, pour l’Europe ? est-ce le pressentyiment qu’a Nicolas Sarkopzy d’une inutilité fondamentale ? d’une fin abrégeant tout, imprévisible en date et en modalités (la maladie secrète puisque les bulletins de santé ne sont pas même annuels ? l’assassinat puisque la garde est de recrutement personnel contrairement aux dispositions réglementaires pour la sécurité du président de la République et au savoir-faire du G I G N et des gens détachés à l’Elysée…). Je ne sais, mais ce mystère détermine la politique française en ce moment.

Accessoirement ? Nicolas Sarkozy, par l’emprise qu’il a manifestement sur les gen, les institutions, l’opinion et les médias, malgré qu’il soit impopulaire à près de 55% des sondés, emprise qu’il semble avoir sur ses homologues étrangers, sans doite médusés par ses manières et son verbe expéditifs et par son culot à tout jouer en soliste, avait les moyens politiques de faire revenir la France aux pratiques et au fond du gaullisme. Vrai… son énergie passe au contraire à en détruire les derniers vestiges : ses succès, le vote de confiance à Versailles à une voix près, qui entérine la désuétude du referendum pourtant d’évidente logique aux fins de ratifier le traité de Lisbonne, ou la révision constitutionnelle quelle qu’elle soit si elle est proclamée de grande importance (rétablir la démocratie ! était quasiment la lettre de l’exposé des motifs), et le retour à l’O.T.A.N. avec maintenant plus de 3.000 hommes en Afghanistan. Quant à la pratique monocratique des institutions, elle est – selon tous les témoignages des ministres et collaborateurs du général de Gaulle – aux antipodes de celle du fondateur..

Anniversaire de la République. En théorie, nous n’avons plus changé de régime depuis le 4 Septembre 1870. Pourtant la République a X formes : un gouvernement qui est une commission parlementaire avec des rôles et des chefs interchangeables, ce sont les IIIème et IVème du nom ; un parlementarisme et un présidentialisme tout ensemble, c’est l’écriture première de la Constitution de la Vème, mais à l’épreuve le texte et le régime se révèlent viables et bienfaisants si le facteur temps est bien inscrit à l’Elysée, il l’est de moins en moins, et si le Parlement est vraiment une instance de délibération et de contrôle, il ne l’est plus que facticement. C’est pourquoi je milite pour une révision en peu de mots mais permettant toute cette stabilisation d’un parlementarisme vrai et d’une présidence surtout arbitrale : décider tranquillement, puisque l’époque est au haro ! sur les tabous, d’en détruire un, de taille, et d’instituer l’hérédité de la présidence de la République en la personne du chef de la Maison de France… de Gaulle, par le 18-Juin et par sa personnalité tout le contraire d’envahissante pour la marche de l’exécutif, faisait excellement fonction du roi… mais il n’est plus, et le substitut, qu’il avait pourtant pratiqué et légué, la décision par referendum, est également aux oubliettes. Donc…

« Partant pour la Syrie » … hymne national de fait pour la France du Second Empire. Nicolas Sarkozy y joue seul. Les garanties de troupes et forces d’interposition en Palestine une fois l’Etat palestinien proclamé, ont déjà quinze ans… à Damas, comme à Moscou, comme à Tbilissi, le président français aurait dû se faire accompagner des ministres de la « troïka ». Pour jouer seul, il faut une grande autorité personnelle et être « dans le sens de l’Histoire ». dans ce voyage, Sarkozy montre surtout une identité qu’il proclame, que les pays-tiers connaissent mais que nous n’écoutons pas assez : l’ami des Etats-Unis. Le président français faiut donc l’intermédiaire entre Assad junior et Washington, c’est ce qu’attend le pouvoir syrien principalement, qui veut à tout prix impliquer les Etats-Unis dans le règlement de paix au Golan, pour le faire payer. La France ne se réinsère pas dans le jeu, elle y perd encore davantage. Pour moi, l’intérêt des entretiens avec Assad aurait été de mesurer ses attaches ou pas avec l’Iran et la Russie. Traiter la question israëlo-arabe n’est que langue de bois.

Les élections américaines Les républicains ont su jouer de ‘Gustav’, les flons-flons auraient été moins spectaculaires et convaincants que ceux de la convention démocrate, mais le ticket est excellent et va bien passer, me semble-t-il. – Lecteur de ce blog. depuis son début… ou remontez aux premiers textes, vous savez que depuis l’automne dernier, je prédis la victoire de McCain, pour des raisons positives : un homme de la guerre du Viet Nam ne peut que terminer celle d’Irak, il en a l’âge, la maturité et il en aura l’autorité sur son camp, et des raisons négatives : les Américains dans leur ensemble ne voteront pas (encore) pour un Noir, les Noirs pas pour un métis, et ils n’auraient pas voté pour une femme à la Maison blanche, en sus Hillary a des ennemis acharnés et pas seulement ceux de son mari. – Le récit de la guerre du Viet Nam vu du sol est convaincant. Sarah Palin « droitise » peut-être le candidat, selon Le Monde, mais la personnalité est bonne : elle est conséquente, contre l’avortement sans doute mais à frais personnels, le mariage de sa fille à dix-sept ans, et X autres anecdotes. Et puis l’Alaska, décisif… supposons que la Russie tzariste ne l’ait pas cédé aux Etats-Unis. Aujourd’hui, quand Medvedev affiche les convictions que maintenant tout le monde sait… Sur l’Irak et l’Afghanistan, Obama est plus proche de Bush que ne le sera, au pouvoir, MacCain. Sarkozy le voit bien : populisme, foi en une capacité toute personnelle de changer les paramètres, vyulnérabilité aux discours ambiants de la présidence en cours, le président français et le candidat américain sont de même fabrique, y compris le caractère récent de leur nationalité.



[1] - 1ère lettre de Paul aux Corinthiens III 18 à 23 ; psaume XXIV ; évangile selon saint Luc V 1 à 11

mercredi 3 septembre 2008

Inquiétude & Certitudes - mercredi 3 septembre 2008

Mercredi 3 Septembre 2008


Le petit mûlot a dû être attrapé par un de nos chiens, son cadavre minuscule ce matin près du « panier » de Raïssa. Que de morts dans nos vies. Hier soir, Marguerite, Sinus… je ne veux pas qu’il soit mort, pleure-t-elle vraiment ou pour me correspondre ? mais s’il est au ciel ? avec Jésus, alors il n’est pas mort. J’abonde, elle a le réflexe chrétien, bien plus que nous et mieux dit. Prier ainsi … [1] nous sommes les collaborateurs de Dieu et vous êtes le champ de Dieu. Orgueil paulinien, souci et devoir de tout pasteur, mais situation des parents envers leurs enfants, et en fait les deux rôles tour à tour ou en même temps selon nos rencontres, nos communions et l’inspration de l’Esprit saint. Vous êtes encore des êtres de chair. Pas assez pris au pied de la lettre, sino nous comprendrions mieux (et vivrions mieux) notre essence d’éternité et ce vers quoi nous tendons et allons. Les foules le cherchaient ; elles arrivèrent jusqu’à lui, et elles le retenaient ppur l’empêcher de les quitter. Selon la chair, selon leurs vues et ce qu’elles éprouvent de leurs besoins. Jésus précise : annoncer la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé. Un message, la contagion d’une certitude qui fait espérance et change le présent, plus encore que les guérisons miraculeuses. Soit… nous sommes dans l’époque de nos vies et de l’humanité où l’oin marche. On implora Jésus en sa faveur…cela tombe bien pour la belle-mère de Pierre car sans la maîtresse de maison, comment les choses se seaient-elles pratiquement passées. Rudesse concrète des récits sur lesquels se fonde la foi que nous recevons. Ce qui ne s’invente pas.

Privatisation de La Poste : les partis de gauche font circuler une pétition contre… il faut aller au referendum et essayer la nouvelle procédure de l’initiative populaire.

Affaire Christian Clavier… le président de la République s’abaisse à commenter la chose en Conseil des ministres, avec sa dialectique habituelle de l’apparent bon sens : est-ce que les amis du chef de l’Etat devraient, parce qu’ils le sont, être moins protégés que les autres Français. Hier, le refus du Premier ministre de commenter la sanction frappant le contrôleur général Dominique Rossi – intelligemment défendu par sa coroporation qui se porte fort de sa valeur en général et de l’adéquation de sa gestion de la chose en particulier – est une défausse très claire.

En présentant hier les « décisions » de l’Union européenne comme marquées par le souci des Etats-membres de protéger leurs approvisionnements énergétiques en provenance de la Russie, les commentateurs préparaient le terrain pour Dimitri Medvedev. Nous aurions tort de le prendre pour arrogant et ferions mieux de réfléchir sur le visage que nous donnons au monde. Menacer Moscou d’exclusion du G 8 n’a aucune portée, l’outil a montré dans les crises de ces derniers mois qu’il est obsolète. En revanche, la Russie a avancé le nouveau pion prévisible dès la semaine dernière : Saskatchvilli étant un « cadavre politique » pour ses adversaires, il est à gager qu’il ne finira pas l’année, sinon le mois au pouvoir. Des manifestations – en l’absence de toute menace extérieure – l’avaient déjà mis il y a quelques mois en grandes difficultés, les prochaines moins spontanées replaceront un pro-russe « réaliste » à la tête du pays. Réalistes, les Américains l’ont peut-être été dès le début en poussant Tbilissi, candidate à l’Union europénne mais surtout à l’Alliance atlantique, au test des répliques russes. Car si l’initiative géorgienne sur l’Abkhazie et l’Ossétie du sud avait eu lieu une fois ces adhésions signées de part et d’autre, nous étions – juridiquement – en guerre avec la Russie. Et pas selon les mots seuls.

Preuve, une fois de plus, que l’enceinte qui compte pour les Etats-membres de l’Europe élargie, ce n’est pas l’Union mais l’Alliance atlantique.. au moins celle-ci a un chef, au besoin expéditif. L’Union en a si peu que c’est sous la présidence française que croûle opportunément le plafond suspendu de la salle des sécances au Parlement européen – site de Strasbourg, que les travaux prennent du retard, que de nouvelles inspections montrent de nouvelles défectuosités et que le transfert juridique du siège s’opèrera. Grand succès pour Nicolas Sarkozy. Nous avons tout fait depuis cinquante ans pour perdre ce site : rien en aménagement des communications ferroviaires et aériennes avec la Rhénanie, Paris et Bruxelles ; rien en bloquant toute dépense pour le site du Parlement à Bruxelles. Le général de Gaulle ne doutant pas que le politique et le spirituel porterait la capitale mentale des Six en France, sans qu’il y ait à désigner une ville en particulier, ne prit pas au mot le chancelier Adenauer qui aimablement proposait Paris – dit-on, sans qu’il y ait de l’écrit pour l’assurer aujourd’hui. Mais cette inspiration spirituelle et politique est loin, la francophonie de fait des Six aussi : le tout remonte à l’admission de la Grande-Bretagne dans le Marché commun.

[1] - 1ère lettre de Paul aux Corinthiens III 1 à 9 ; psaume XXXIII ; évangile selon saint Luc IV 38 à 44

mardi 2 septembre 2008

Inquiétude & Certitudes - mardi 2 septembre 2008


Mardi 2 Septembre 2008

Prier… [1] On était frappé par son enseignement parce que sa parole était pleine d’autorité. Homélie, il y a dix ou quinze ans, dans une chapelle à Notre-Dame de Paris, l’évêque émérite de Saint-Denis, lui aussi une autorité. Elle tient à une identité, que précisément le « mal » révèle. Le secret de Dieu, c’est son être, son identité, son nom. L’homme qui est animé par l’Esprit juge de tout, et lui ne peut être jugé par personne. Ainsi du Christ, mais de nous ? Et nous, l’esprit que nous avons reçu, ce n’est pas celui du monde, c’est celui qui vient de Dieu, et ainsi nous avons conscience des dons que Dieu nous a faits. L’esprit, c’est la vie. Paul, comme je le faisais-priais à l’instant, s’interroge sur le secret de Dieu, mais il le connaît …l’Esprit Saint voi le fond de toutes choses, et même les profondeurs de Dieu. Qui donc parmi les hommes, sait ce qu’il y a dans l’homme ? seul l’esprit de l’homme le sait, lui qui est dans l’homme. De même, personne ne connaît ce qu’il y a en Dieu sinon l’Esprit de Dieu. Porter tout cela aujourd’hui, avec précaution et reconnaissance, et aller…

Matin

Effrayant, la rentrée scolaire occulte complètement la crise euro-russe et les affaires géorgiennes. Seul, Le Figaro leur donne sa une.
Je ne crois pas à la collusion Russie-Chine, tout simplement parce que même sous Staline, elles furent rivales, que les problèmes frontaliers et ethniques sont stratégiques pour chacune l’une vis-à-vis de l’autre – un pays comme le Kazakhstan qui pourrait être véritablement indépendant, ce que souhaite manifestement sa composante kazakhe, ne le peut finalement pas dans l’esprit de ses dirigeants parce que la Chine (et les Ouïgours) est là… Mais que de points communs, l’absence totale de complexe et de crainte vis-à-vis du reste du monde, le cynisme du donnant-donnant qui peux elles n’est pas un donnant-donnant dans le même registre, mais un échange de registre, le matériel achetant le spirituel et l’inverse, enfin et surtout des possibilités indéfinies de payer « cash » des investissements à l’étranger. La mafia russe et l’immobilier sur notre Côte d’Azur : une propriété achetée pour un demi-milliard d’euros. La Chine et le système monétaire international, le système bancaire aussi : HSBC depuis Hong-Kong, il y a dix ans, la Dresdner qui était visée ces jours-ci et aurait été payée dans l’instant.

Le fait du prince… chronique à laquelle excelle François Bayrou que Sarkozy aurait probablement pu s’allier en début d’année en le laissant gagner sa ville de Pau aux municipales et en « proposant » une dose de proportionnelle pour la prochaine élection à l’Assemblée nationale. Mais le vainqueur du 6 Mai 2007 aime les tables nettes. Il a épargné Chirac et Villepin parce qu’avec plus de nez qu’autour de lui, il avait senti que la révision constitutionnelle – au texte secondaire pour lui, mais valant vote de confiance et entérinement de sa manière de gouverner – se ferait à quelques voix. Samedi, des nationalistes corses pénètrent, à Porto Vecchio, dans la propriété de l’acteur de second rang, qu’est Christian Clavier : un ami de longue date du ministre de l’Intérieur, puis président de la République, l’atmosphère est si bon enfant que le personnel dyu propriétaire absent, paye le coup à boire aux « occupants » qui sont venus avec femmes et enfants protester contre un prochain texte en votation à l’Assemblée territoriale organisant selon eux une colonisation de peuplement de l’île par des non-insulaires. Soit… la B.N.P. comptait même se faire une clientèle spéciale en finançant les résidences secondaires… et hier soir le responsable des forces de l’ordre, un Dominique Rossi, contrôleur général de la police est rappelé à Paris, pour continuer sa carrière à l’inspection générale. Sanction voulue par l’Elysée qui a le premier communiqué, ce qui était sans doute trop : les premiers commentaires mentionnent en effet « selon l’entourage du chef de l’Etat ». Tollé dans la « classe politique », confusion manifeste entre un copinage et raison d’Etat, tous les pouvoirs réunis en une seule main, analyse vivement le président du MODEM. Hollande feint de croire qu’il ne saurait y avoir de lien entre cette sanction et l’affaire de l’avant-veille, ce serait trop gros, mais demande des explications. Les syndicats de police protestent, disproportionné. Les nationalistes témoignent ; une confrontation musclée eût été rechercher l’incident après coup. Ils jubilent, voilà de quoi dissuader désormais les hauts fonctionnaires de police d’origine corse, et ils sont nombreux, de seconder la « répression ».

Aux deux insurgents, j’ai couriellé mon soutien et mes interrogations. Fait du prince, copinages, interventions hors organigramme. Mon interrogation angoissée n'est pas sur le comportement de Niolas Sarkozy - mais sur le fait qu'il soit "illimité".

Comment l'ensemble français - en structures, en droit, en intelligence - tolère-t-il cela ? comment ces dix-huit mois de bon plaisir et de gouvernement personnel d'un inculte sans capacité de recul ou de mise en perspective sur quelque sujet que ce soit, continuent-ils d'être vêcus, commentés, éventuellement crirtiqués comme s'ils étaient un exercice et un mandat présidentiel parmi d'autres dans notre histoire moderne. Alors qu'ils sont a-normaux, exorbitants de tout, exceptionnels au sens d'une confusion de tous les genres. Comment notre pays a-t-il engendré cela ? cela devait venir d'aussi loin dans nos dérives politiques et psychologiques, qu'est venue de loin la préparation de Nicolas Sarkozy par quelques mentors genre son découvreur Bernheim, puis la mise au poin d'un réseau d'alliances et de concours proprement effrayant.

Cela aboutit à une dictature - sans doute sans le ridicule ou les violences avérées et de foule des dictatures des années 30 - et aussi à des orientations politiques : OTAN, Afghanistan... et plus grave encore à de véritables impérities : la question géorgienne, notre attitude et celle de l'Union vis-à-vis de la Russie . de la Chine. Et en regard, une implacabilité effrayante : Marina Petrella...

A la question, comment pouvons-nous tolérer ? s'ajoute l'autre ? comment, en connaissance de cause, les Français ont-ils pu voter pour "cela" le 6 Mai 2007 ? car en gros on savait d'avance tant la campagne de Nicolas Sarkozy, depuis au moins 2005 avait été sans fard.

Je crois que c’est Bernard Thibault qui a le mot juste (dans Le Monde daté d’hier). Il faut créer un rapport de forces. Il propose une journée d’action le 7 Octobre. Les enseignants en organisent une le 23 Septembre : les onze mille et quelques suppressions de postes cette rentrée-ci et plus de treize mille l’an prochain, avec des suppléments et bouleversements de programme, des prétentions au soutien scolaire qui supposent au contraire des recrutements, notamment pour pallier en cours de scolarité les inévitables absences d’enseignants. Enfin, la privatisation avouée, maintenant, de La Poste, donne lieu à manifestations et grèves prévues pour le 11 Septembre. La probabilité est qu’aucun de ces mouvements ne sera une lame de fond.

Pourtant, la récession est là. L’O.C.D.E. la juge plus proche en Europe qu’aux Etats-Unis, alors même que le pétrole est « retombé » entre 120 et 110 dollars le baril, que l’euro. « se négocie » autour de 1,40 dollar. La querelle d’hier entre le Premier ministre et Bercy est silmplement qu’à Matignon on lit les analyses du château de la Muette : croissance française de 1%. Et non les 1,7 à 2% inscrits comme prévisions fondant le budget pour cette année. Je crois que l’équilibre de nos finances publiques, plus que jamais problématique, n’est pas – en soit – dans la diminution des dépenses publiques dont nous avons l’habitude et la nécessité, mais d’abord dans le fait d’éviter de nouvelles dépenses, type Afghanistan. Ce n’est pas non plus dans l’alourdissement de la fiscalité, à laquelle recourt ce gouvernement contrairement à sa philosophie de campagne en 2007 et aux attentes (justifiées) du patronat. C’est dans la croissance que l’on trouvera, à assiette et taux inchangés, des ressources supplémentaires. Or, on ne la recherche pas assez et ce n’est manifestement pas l’ordre du jour de délibérations européennes ad hoc.


[1] - 1ère lettre Paul aux Corinthiens II 10 à 16 ; psaume CLXV ; évangile selon saint Luc IV 31 à 37

réflexion a.s. relation avec la Russie - 7 janvier 1997


La relation - Alliance atlantique-Russie se disant nouvelle



Les relations internationales présentent donc des quadratures de cercle. La relation - Alliance atlantique-Russie se disant nouvelle - est de ce genre de problème. Les entretiens, selon la presse française, du Chancelier KOHL avec le Président ELTSINE, en affinent les données, sans en résoudre aucune. Il est à regretter que l'idée proposée - dans la note précédente - c'est-à-dire le voyage conjoint franco-allemand à Moscou, ne nous soit pas venue depuis longtemps, et si ce fut le cas, que nous ne l'ayons pas mise en oeuvre.

1° des contextes où le problème ne se poserait pas

- l'obsolescence de l'Alliance atlantique est proclamée à la dissolution de l'Union Soviétique. Les questions de sécurité sont désormais débattues en Europe à la CSCE, et dans le monde selon le respect ou non de la Charte des Nations-Unies. Les opérations de maintien de la paix, donnent lieu à un traité multilatéral proposé à l'ensemble des Etats : le traité prévoit organisation et financement des troupes d'interposition, et commence de codifier un droit pénal international.
Pourquoi cela n'a pas été fait ? Parce que l'Alliance est l'un des principaux moyens de l'hégémonie américaine, parce que la Russie est dangereuse - peut-être intrinsèquement - et parce que les Etats-Unis ont intérêt faire du maintien de ce danger un dogme. Parce que la France a craint, hors Alliance Atlantique, l'expansionnisme allemand ou le tête-à-tête Paris-Bonn par ailleurs tellement revendiqué mais moyennant tellement de garanties et de protections que plus personne n'est dupe, et que la distanciation actuelle a au moins le mérite de montrer une part de la vérité. Fort peu avantageuse.

- la poursuite, depuis de GAULLE, du mouvement de désengagement de la France vis-à-vis de l'Alliance atlantique. La question de l'élargissement de l'Alliance à l'Europe centrale de l'Est serait posée très différemment par les candidats ; à la vassalité économique vis-à-vis de l'Allemagne, ils chercheraient un contre-poids politique constitué par l'Amérique au sein de l'Alliance, et hors l'Alliance par la France. La garantie vis-à-vis de la Russie pourrait n'être que bilatérale de la part des Etats-Unis, ou être donnée indirectement dans un traité américano-russe définissant les normes du partenariat et ce qui y mettrait fin. En fait, le mouvement français aurait été précurseur de l'indépendance stratégique et logistique de l'Union européenne, et ce serait à celle-ci en tant que telle de couvrir à tous égards ses Etats-membres, sans qu'il y ait à discuter d'Alliance proprement atlantique et de système seulement militaire.
Pourquoi ce désengagement ne s'est-il pas opéré ? Croyance que de l'intérieur, on participe ? Erreur vérifiée à la suite de la guerre du Golfe (nous n'avons participé ni à la "juteuse" reconstruction, ni à la série des traités de défense bilatéraux ayant introduit comme jamais auparavant les Etats-Unis dans la région). Erreur que nous allons vérifier quant au réagencement des alliances et garanties en Europe orientale : ce sont les intérêts américano-russes qui prévaudront (bilatéralement) sur ceux de l'Union Européenne.

- la constitution d'une Union européenne stratégiquement et logistiquement indépendante. Elle est incompatible avec l'Alliance Atlantique. La théorie des " deux piliers " a trente-cinq ans, sa stérilité est édifiante.

2° une actualisation du " plan RAPACKI " est-elle une solution, et ne serait-elle pas DE FACTO EN COURS ?

- le thème est de ne pas mettre au contact les frontières nucléaires des deux alliances. Naguère, c'était dénucléariser, en fait neutraliser l'Europe centrale et l'Allemagne (depuis le Rhin). La France ne l'a jamais accepté, ni la IVème République en 1955, ni François MITTERRAND en 1989.1990. Le Général de GAULLE contourna la difficulté par un traité bilatéral ayant des aspects "défense" (traité de l'Elysée : 1963) et par les arrangements de 1967 relatif au statut de nos troupes, hors OTAN, stationnant en Allemagne.
Aujourd'hui, ce serait
. de la part de la Russie, accepter l'entrée de certains des pays de l'Europe centrale de l'Est, dans l'Alliance (y compris l'OTAN ? ou pas), c'est-à-dire de bénéficier d'une garantie d'intégrité territoriale, en fait contre elle
. de la part des Etats-Unis, de ne pas y faire stationner de moyens nucléaires ni de troupes
. solutions idéales sans doute pour les nouveaux membres
Question : les Etats-Unis ont-ils avancé dans l'ancienne R.D.A. des moyens conventionnels et/ou nucléaires

- quelles seraient les frontières ? Question de la Turquie et du Kurdistan, du côté atlantique ; accessoirement, statut de la Macédoine contesté par Athènes, velléités bulgares sur Skopje, Moldavie ou Bessarabie

- réponse : les frontières sont plus instables en Europe que partout ailleurs dans le monde. Effort de notre diplomatie au temps de MM. MITTERRAND et BALLADUR pour trouver des procédures en cas de conflit. Mais la carte n'est pas dessinée.

- la partie russe de la Prusse orientale est l'un des points les plus sensibles.
Si des Etats précédemment membres du pacte de Varsovie souhaitent une garantie territoriale atlantique, en fait américaine, on peut penser que Moscou apprécierait une garantie également atlantique et américaine de sa possession d'état de l'ancinne Könisgberg et quoiqu'il arrive d'une liberté d'accès par terre, soit en territoire polonais, soit par les pays baltes. Dialectique de garantie et contre-garanties qui rappelle 1939 ; elle est réaliste.

- l'Union européenne enclave un Etat à neutralité perpétuelle, et comprend quatre membres ayant opté pour une neutralité internationalement reconnue : Irlande, Autriche, Suède et Finlande.

3° si la question - pour l'Europe centrale de l'Est -est le retour à un empire soviétique, alors c'est l'ensemble de la Communauté des Etats Indépendants qu'il faut EGALEMENT examiner, et si c'est - pour la Russie - le retour à l'encerclement, alors c'est de l'ensemble des relations avec l'Occident qu'il s'agit

Poser ainsi les deux questions, c'est avancer vers des solutions à moyen terme.

- la plupart des Etats, qui furent membres du pacte de Varsovie, soit en tant que tels, soit comme Républiques constitutives de l'Union Soviétique, sont demandeurs de garanties territoriales. Ceux d'Europe de l'Est vis-à-vis de la Russie mais aussi de l'Allemagne ; ceux de l'ancienne Union Soviétique, vis-à-vis de la Russie ; et issus de l'Union Soviétique, Russie et Kazakhstan vis-à-vis de la Chine.
La vraie question de sécurité, depuis la chute de l'Union Soviétique, est donc bien différente de celle d'une extension de l'Alliance Atlantique.
Pour les pays d'Europe de l'Est, il s'agit d'un mouvement assez analogue à celui des Etats méridionaux ayant été sous dictature depuis les années 1930 ou 1960 : assurer la démocratie par intégration dans un esemble libéral. L'Union Soviétique ne subjugua l'Europe orientale qu'en étranglant d'abord la démocratie. L'épreuve hongroise de 1956 est un magnifique a contrario. L'intégration de l'Europe de l'Est dans l'Union européenne accélèrera la prise de conscience de cette dernière d'avoir à se doter d'une identité de défense couvrant ses membres sans pour autant défier la Russie. Elle périmerait ainsi la question d'un élargissement de l'Alliance atlantique.
Bien entendu, pour y arriver, il faudrait que les négociations avec les P.E.C.O. aient du souffle et ne soient pas des sous-commissions pour abonnés au C.N.P.F.
Devant les accords de partenariat de l'Alliance atlantique avec Moscou et avec Almaty, Pékin a l'attitude de Moscou quand c'est de Varsobvie qu'il est question.
On aboutit donc à l'inconnue chinoise, bien plus qu'à la susceptibilité russe.

- la Russie ne souffrira pas de son complexe d'excentricité par rapport au reste de l'Europe, si nous organisons entre Européens une réelle osmose économique, sociologique et culturelle.
Le désenclavement mental de Moscou, seul de nature à éviter que soit ressentie négativement l'intégration des anciens satellites dans l'Union européenne, est affaire des deux parties européennes. L'économie ne créera pas d'automatisme ; elle a contribué à maintenir et accentuer la corruption, elle n'a pas déterminé l'état de droit ni la liberté de circuler. Les financements ne doivent plus être conditionnés en termes de performances économiques, mais en termes d'avancée démocratique. On est loin du compte dans l'ensemble de la C.E.I. par ignorance et atavisme des dirigeants, par corruption des opposants trop populaires, par l'aggravation d'une crise sociale importée plus vite encore que les privatisations. Moscou doit devenir démocratique, l'Union européenne doit favoriser la communication transcontinentale. Deux points-tests : la politique C.E.I. des visas de sortie, la pratique électorale.
L'état de droit est la condition de la transformation économique intérieure et d'une pénétration saine par les entreprises étrangères. Actuellement, transformation et pénétration ne sont pas des investissements, mais une spéculation.
Bien entendu, cet effort sera rival de celui des Etats-Unis (très en avance sur l'Europe en matière de militance démocratique).

- l'intégration de l'Europe centrale de l'Est dans l'Union peut favoriser un " espace économique européen " avec la Russie, l'Ukraine et la Biélorussie.
Sur le modèle de ce qui avait été tenté et même conclu, ad referendum, avec les pays de l'A.E.L.E.. Phase de transition pour les P.E.C.O. déjà commencée, maintien de territoires à osmose pour l'ex-Union Soviétique, surtout dans l'hypothèse où la mûe juridique des industries post-soviétiques ne sera possible, nulle part, dans les formes et selon le calendrier imaginés partout en 1990.1992.

La question est donc l'élargissement de l'Union européenne et la contagion des moeurs démocratiques, bien autrement que celle d'étendre territorialement le Pacte atlantique.

Les cheminements - ici proposés - sont plus malaisés à considérer, si, par ailleurs, nous voulons réintégrer l'O.T.A.N. parce que nous croyons que ce sera la matrice de l'ensemble des arrangements et des sécurités en Europe.
Cheminements qui rappellent aussi la nécessité d'un approfondissement sincère - avec l'Allemagne - de l'état actuel des choses et des perspectives souhaitables ./. (BFF-7.I.97)

réflexion a.s. relation avec la Russie - 4 novembre 1996

SUR LA QUESTION RUSSE









L'Occident, depuis des siècles, est responsable, bien plus que les pouvoirs régnant à Saint-Petersbourg puis à Moscou, de la manière dont se pose la question russe. Nous nous sommes généralement trompés sur la personne détenant réellement le pouvoir, sur l'assise durable ou non des détenteurs supposés du pouvoir, sur le degré d'emprise de la capitale sur les régions ; nous avons généralement adopté des attitudes à contre-temps, le cordon sanitaire et la quasi-belligérance quand il eût fallu reconnaître et négocier, l'ouverture sinon l'adoption et l'investissement quand il eût fallu rester circonspect. Nous persévérons depuis les changements nominaux de régime, nous parions régulièrement sur celui qui est en place et dont la visite fait valoir nos propres dirigeants : MM. GORBATCHEV puis ELTSINE. Nous nous définissons par rapport à une idée préconçue sur la Russie et son environnement, ou les vues qu'elle-même entretient sur son environnement.

Les résultats sont désastreux. Une puissance instable, donc dangereuse et imprévisible, a été susbtituée en grande partie par nous à une Union Soviétique dont les comportements internationaux étaient devenus prévisibles, qui était demanderesse d'insertion et de respectabilité, sinon de concours économique et financier.






La recherche de stabilité politique et économique s'inscrit dans un contexte d'instabilité psychologique et sociale
- une dépolititisation, une a-struturation sociale, un scepticisme des populations ex-soviétiques rendant incompréhensibles localement les principaux concepts occidentaux pourtant communément récités et encensés : démocratie, liberté, transparence ;
- un apauvrissement et une précarisation générale du fait du chômage, de l'inflation et de l'insignifiance du pouvoir d'achat des prestations versées, tous phénomènes proprement inouis après des décennies de stabilité nominale ; la première décennie BREJNEV passe pour un âge d'or ; l'après-guerre de la " grande guerre patriotique " victorieusement conclue au lancement du spoutnik a soudé une communauté inter-nationale, pluri-ethnique fière d'elle-même. Les ressortissants de l'ancien empire ne vivent cependant pas la même lecture d'une actualité désastreuse comme le firent les Allemands après 1945 : on est passé d'une apathie à une autre et l'obligation de vie collective n'a ici engendré que des individualismes et des mutismes forcenés ;
- le maintien des anciens préjugés à l'encontre des dirigeants locaux comme des "valeurs occidentales" ; le monde entier, proche ou lointain, est perçu comme totalement mensonger et "sans coeur" ;
- une relation ambigue avec l'argent et les signes extérieurs de richesse. Ne compte guère que l'immédiatement consommable. La société est trop précaire et l'environnement trop menaçant pour autoriser épargne, accumulation. L'ostentation est dans le vêtement ou l'alimentation ; tout le reste doit demeurer secret, dissimulé, bien gardé. La nomenklatura vivait derrière des murs et des barbelés, exactement comme les esclaves du goulag ;
- l'âme russe l'emporte sur la raison raisonnante. Les sentiments sont vêcus comme des faits, la parole est insuffisante pour exprimer un fait. On négocie et on s'accorde entre arrière-pensées qu'il faut avoir su deviner concordantes ou irréductibles chez le partenaire. Les échanges de discours sont un rite gastronomique, un jeu littéraire où l'on a plus de considération pour soi que pour l'autre mis au défi de dire mieux ou autrement. Les accords sont le signe qu'une rencontre, une négociation a eu lieu, ils ne scellent rien et n'engagent à rien. En quoi le monde soviétique et l'empire russe fonctionnent en endogamie pour tout ce qui est relationnel ; le politique peut s'en trouver résolu, mais la libéralisation de l'économie et le contact, la négociation avec l'extérieur en sont compliquées. Avec Moscou, il faut bien davantage que des interprêtes ou des linguistes. Les autres Républiques pratiquent un double langage en ce qu'elles ont été, pour la quasi-totalité de leurs dirigeants actuels, formées au moule mental russe, mais aussi en ce qu'elles ont pu reprendre conscience de leur atavisme natif, souvent écrasé et méprisé par le colonisateur russe.





Des constantes sont apparues depuis 1992 qui rendent la re-construction de l'empire bien plus grosse de conséquences probablement dangereuses que n'en auraient recélées le maintien de l'Union Soviétique, ou de véritables indépendances des Républiques anciennement fédérées.
Ces constantes se ramènent à
- l'importance décisive d'une diaspora qui permet ou fonde l'ingérence de Moscou dans la vie politique intérieure des autres Républiques de l'ancienne Union, qui donne un moyen gratuit de chantage économique au départ des cadres et cerveaux et de chantage militaire au départ des gradés, qui vit en double appartenance mentale les indépendances des Etats où elle persiste à résider ; la religion orthodoxe a carrément conservé la centralisation moscovite que sa renaissance met au grand jour ;
- la priorité au redressement propre de la Russie-même au détriment de quelque solidarité que ce soit avec les autres Républiques de la C.E.I., ce qui a d'abord créé un vide, puis nourri une nostalgie et provoque maintenant un écart dans les capacités de redressement ;
- le refus d'une gestion démocratique ou fondée sur la mutualité des avantages et obligations pour ce qui devrait rester commun. Aucune des institutions communes de la C.E.I. n'a vraiment vu le jour ni fonctionné ;
- le maintien de relations économiques coloniales sans leur pendant en solidarité monétaire ou commerciale.
Chacune de ces constantes est belligène, parce qu'elle s'applique à des populations et à des sujets dont aucun n'est regardé ni géré selon nos manières occientales. Même si les conflits ne sont que juridiques, financiers ou monétaires d'apparence ou de dénouement et donc lisibles en termes qui nous sont habituels, l'enjeu sous-jacent est la survie d'identités nationales encore hésitantes dans leur expression et la projection de leur vocation internationle. Exception faite du mouvement des indépendances à l'automne de 1991, Moscou n'a plus subi aucune défaite à aucun propos dans ses relations avec les autres Républiques.




Nous n'avons pas réfléchi, et nous nous sommes encore moins concertés sur le point de savoir s'il était avantageux ou non que se reconstitue un empire sur les ruines de l'union Soviétique. Nous sommes restés au spectacle, faute de définition de nos propres intérêts et faute de considération que nous avions les moyens de les faire valoir et donc de favoriser, sinon d'imposer un certain cours à l'Histoire ; celle-ci ne laisse jamais longtemps une alternative ouverte.élc

Pour reconstituer l'empire, la Russie dispose d'atouts incontestés :
- l'analogie de mentalité et de comportement entre tous les dirigeants, toutes les institutions dans l'ensemble des Républiques ayant succédé à l'Union Soviétique ; en fait, une réelle communauté de "valeurs" et de craintes.
- le prestige de sa langue et de sa culture qui quelles qu'aient les persécutions ou les quasi-génocide des populations allogènes dans les années 1930 ou au temps des goulags des années 1950.1960, demeure tel que ce sont les journaux, les medias, les moeurs politiques et économiques de Moscou qui priment localement. Les institutions ne demeurent pas seulement dans la matrice des textes constitutionnels, administratifs et commerciaux de l'ancien temps, elles n'évoluent que sur le modèle de leur évolution à Moscou ; les coups de forces présidentiels contre les Parlements ont été concomitants, dès que le Président ELTSINE eût donné le ton en Septembre 1993, la violence des événements d'alors fut même un élément pour intimider ailleurs ceux qui auraient eu la velleité de contester la mise au pas (qui s'est faite partout avec un vocabulaire et des campagnes oratoires ou de presse, dignes du stalinisme). Moscou n'a pas passé durablement pour la métropole qui avait perdu la course à la modernité culturelle et au succès économique face à l'Occident, puisqu'il a été vite avéré que cet Occident eexporte drogue et chomage, bien plus que ses capitaux et la démocratie.
- la puissance relative de son économie et de son marché. Une complémentarité, mais à son avantage, de la plupart des chaines de production et des marchés en énergie, en haute technologie. L'Ukraine, la Biélorussie, le Kazakhstan ont sans doute des ressources minérales ou des sites stratégiques, parfois supérieurs ou décisifs, mais ils n'en ont qu'un segment de production ou d'exploitation, ils n'ont pas les débouchés, ils n'ont généralement pas de savoir-faire proprement national.
- son quasi-monopole de la force armée, des matériels sophistiqués, des cadres et des moyens de formation des cadres. Le maintien en structure unitaire et centralisée, ne jouant qu'en sa faveur, des principaux dispositifs de sécurité et de renseignements.
- l'absence d'alternative ouverte ailleurs, en faveur des nouvelles indépendances.

Mais Moscou avait des handicaps :
- les querelles de clan rendant sa direction politique suprême très incertaine, quoique pour des raisons et dans des circonstances successives depuis Décembre 1991,
- le souvenir des relations de force et de subordination,
- le défaut de cohésion territoriale dans la Fédération résiduelle,
- la crise budgétaire et financière périmant les principales industries privées d'investissement depuis 1988 ou 1989 et réduisant l'outil militaire,
- la logique même de ses milieux d'affaires préférant un repli, par opposition à celle des militaires conservant, plus ou moins ouvertement, leurs points d'appui en extra-territorialité pratique dans les autres Républiques,
- la vulnérabilité face à la Chine.




L'Occident dans son ensemble n'a pas su saisir l'opportunité de désarmer réellement l'empire russe, en contribuant à une indépendance réelle de ses composantes périphériques. Nous n'avons pas offert d'alternative, nous n'avons pas constitué une ouverture concrète et pratique aux autres Républiques : immédiatement en matière de sécurité et de commerce, à moyen terme pour la remise en marche et la revalorisation des outils industriels hérités de l'ancien système.
Les Républiques, d'abord poussées par Moscou, à leur émancipation qui soulageait l'ancienne métropole, en sont vite venues à désirer le retour à des liens avec celle-ci.

Une courte période - sans doute de 1992 à la fin de 1994 - a été gaspillée, qui offrait sur presque tous les plans des possibilités de décentraliser réellement l'ancien empire. L'affaire tchétchène a marqué la fin de cette période, en ce qu'elle a manifesté le retour de la confiance en soi à Moscou et donc le mépris de l'opinion des vassaux et de l'opinion internationale. Il aurait fallu et nous n'avons pas voulu :
- considérer pour elles-mêmes les signatures des principales Républiques autres que Moscou (les négociations sur la dette soviétique, sur le désarmement et la non-prolifération nucléaires),
- ouvrir nos marchés même à des prix nous paraissant de "dumping" (cas de l'aluminium et du manganèse, le blé),
- nouer des coopérations qui, sans exclure Moscou, auraient été pour le moins tripartites (l'espace, le nucléaire), auraient permis d'attendre avant de poser un diagnostic définitif et de choisir en connaissance de cause le partenaire à venir,
- garantir les frontières et les indépendances (ce fut demandé par l'Ukraine et le Kazakhstan) en susbtitut de la Russie, quelque temps face à la Chine (pour le Kazakhstan), concuremment avec la Russie à partir de l'automne de 1993 quand Moscou réaffirma ces garanties. Dans deux conflits, stratégiquement décisifs, l'Ukraine et le Kazakhstan ont été laissés seuls face à Moscou : la propriété de la flotte en Mer Noire, le statut de la Mer Caspienne et donc la propriété du pétrole,
- désenclaver au physique et au mental des Etats n'ayant pas de communication directe avec l'Occident (ce que tenta seule l'Organisation de Coopération Economique étendue à l'Asie centrale, mais sans moyens ni parrains) : question des oléoducs et gazoducs notamment depuis la Caspienne,
- favoriser ouvertement l'état de droit dans les Républiques (alors que les régimes en place sont de matrice communiste sans les correctifs de la collégialité qui était la norme ancienne. Les prérogatives pratiques du Parti unique sont devenues celles d'une unique personnalité : le Président de la République locale, qui par atavisme privilégie sa relation personnelle avec Moscou).
- investir réellement, et créer sur place au lieu de conseiller (sans risque ni implication) la privatisation d'outils périmés ou sans marchés.





Les raisons de cette attitude - que l'Histoire jugera très vite et sévèrement - sont simples :
- les dirigeants politiques occidentaux, chacun accaparés par des échéances domestiques, électorales ou sociales, n'ont pas fait d'analyse ni personnelle ni concertée avec leurs pairs,
- deux groupes de pression, au moins en France, ont joué un rôle décisif pour maintenir Moscou comme passage obligé de toute relation avec les autres Républiques : les russophones (souvent de naissance ou par mariage) plus pan-russes que les Russes eux-même en Russie ; les entreprises, publiques pour la plupart, qui avaient l'habitude humaine et intellectuelle de coopérations soviétiques ont tenu mordicus à maintenir Moscou comme unique interlocuteur, à dédaigner totalement les compétences territoriales s'exerçant sur les sites essentiels (Baïkonour et Semipalatinsk), craignant (à tort) qu'une autre attitude leur fasse "tout" perdre,
- des politiques nationales de certains de nos partenaires (et concurrents sur le théâtre post-soviétique) ont pu tenir lieu de politique occidentale. Les Allemands ont eu à gérer leur diaspora d'il y a deux siècles et demi, en accueillir une part, en fixer une autre part à coup d'aides et de subventions soit directement affectées aux populations germanophones notamment dans le nord du Kazakhstan, soit destinées à bien disposer les gouvernements locaux. Les Américains ont eu la hantise de la prolifération nucléaire (dont ils n'ont pas su analyser les possibles origines occidentales : allemandes notamment) et en finançant les démantèlements dans les trois Républiques dites nucléaires autres que la Russie, ont en fait acquis un quasi-monopole mondial de matière fissile. Les Turcs ont cru revenu le rêve, n'en ont pas eu les moyens financiers et sont apparus (fâcheuse coincidence pour eux, à quelques années près) comme des propagateurs possibles de l'intégrisme musulman, sans présenter pour autant les ouvertures stratégiques propres à l'Iran,
- des dispositifs multi-nationaux à peine cosmétiques. Retard de maturité pour le fonctionnement de la B.E.R.D et flou dans les doctrines d'octroi de ses crédits. Absence de contenu des "partenariats" atlantiques.

Une question de portée mondiale a été gérée par la juxtaposition de politiques nationales, pour la plupart menées sur le banal modèle des relations bilatérales existant avec les Etats d'autres parties du monde.

Le cas exemplaire aura été la relation France-Kazakhstan. Les ouvertures les plus précises d'une coopération privilégiée furent faites par le Président NAZARBAEV au premier Ambassadeur que nous lui dépêchâmes ; elles portaient en Août 1992 sur le nucléaire et le spatial. Nous fûmes doublés avant même d'avoir entendu, sur le nucléaire, dès Novembre 1992 par la formule américaine de subvention au démantèlement, laquelle laissait cependant de l'espace pour des coopérations sur le site de Semipalatinsk. Nous refusâmes carrément quoique tacitement pour le spatial, aucun des accompagnements politiques de nos participations aux équipages lancés depuis Baïkonour ne fit l'étape d'Almaty à l'aller ou au retour. La balle revint une fois encore en Février 1994 ; il ne s'agissait plus du monopole russe mais du monopole américain en métaux rares, un déjeuner à l'Elysée fut organisé au retour du Président NAZARBAEV de Washington, ce qui bloqua là-bas la négociation ; nous la laissâmes rebondir, distraitement. Nos intérêts pétroliers étaient dépendants d'une liberté d'évacuation des produits kazakhs ; nous ne sommes pas intervenus à propos du statut de la Caspienne ou dans les financements complexes (et moyen-orientaux) des oléoducs reliant celle-ci à la Mer Noire.


*

* *





La vacance du pouvoir et l'éventualité d'une succession à Moscou présentent une dernière opportunité.

Celle-ci se présente d'une manière particulière pour la France :
- la plupart des Occidentaux ont une influence propre et un intérêt à Moscou pour des raisons très concrètes : le Japon à propos des îles d'Extrême-Orient et d'un éventuel chemin de fer transchinois, les Etats-Unis pour la sécurité nucléaire, l'Allemagne pour sa diaspora et l'ancienne Prusse Orientale sinon l'ensemble des Etats baltes. La France en est dépourvue sauf à propos du pétrole, ce qui ne la distingue pas,
- l'Union Européenne n'est pas perçue pour ce qu'elle est. Son élargissement à d'anciens satellites soviétiques est peçu comme une menace d'encerclement ou d'exclusion atlantiques. La communauté de vues avec la France se fonderait sur des a-priori la minorant : pays implicitement réservé à l'égard de l'entreprise européenne ; pays craignant l'avenir économique et l'Allemagne politique ; pays dont la mise à jour est aussi difficile et incertaine que celle de la Russie. Nos coopérations bilatérales ne sont plus des exceptions et ne déterminent plus une intimité exclusive ; la plupart de nos concurrents occidentaux ont les mêmes à leur actif, et en inventent d'autres. Nous ne sommes plus au temps du Général de GAULLE et de la percée technique et commerciale que nous valut une dialectique innovante.

Définir une politique française et contribuer à la définition d'un minimum d'analogie de comportement avec nos partenaires, notamment atlantiques, suppose d'identifier :
- les zones à risque (Caucase, Caspienne, Kaliningrad, Sakhaline, frontière Kazakhstan-Chine, capillarité afghane par le Tadjikistan),
- nos intérêts propres (pétrole, métaux rares et non-ferreux, francité de la langue étrangère et du nouveau système juridique, agro-alimentaire, aéronautique),
- nos interlocuteurs (dans l'environnement géographique : l'Iran, la Turquie, le Japon, la Chine, et à l'intérieur des Républiques : les medias indépendants, les entités autonomes, collectivités locales ou combinats, de préférence aux "nomenklaturistes" ou aux "mafieux"),
ce qui nous montre déjà une difficile conciliation avec l'ensemble des nos partenaires européens ou atlantiques, si nous privilégions, en même temps qu'eux la relation avec Moscou. Au contraire, si le choix est fait de donner autant de prix à nos autres relations déconcentrées et indépendantes de celles existant avec Moscou, la concertation est possible et fructueuse avec nos partenaires : un partage des tâches, une répartition des investissements humains ou économiques.

Nous ne devons pas privilégier la Russie, cela pour des raisons simples,
- absence d'intérêts concrets et permanents avec elle, contrairement à d'autres de nos partenaires (Allemagne, Etats-Unis, Japon),
- pas vraiment la masse critique permettant des dialogues égalitaires, alors que nous avons cette équivalence de poids, ou même une supériorité de poids avec les plus importantes des autres Républiques (Ukraine, Kazakhstan, Asie centrale),
- le contre-poids à l'Allemagne est à chercher dans la construction européenne et non plus dans un allié de revers qui, en ce siècle, a montré qu'il avait davantage partie liée avec les Germains qu'avec les Gaulois.

Au contraire, en jouant et en favorisant la pluralité dans l'ancien ensemble soviétique,
- nous exonérons les Etats d'Europe centrale de l'Est d'une trop forte pression russe (Roumanie, Pologne, Etats baltes),
- nous contribuons aux droits de l'homme dans chacune des Républiques et pesons pour une démocratisation des coopérations résiduelles dans l'ensemble post-soviétique (dont nous réduisons le nombre et l'intensité),
- nous mettons l'Union Européenne en meilleure posture pour choisir ceux en faveur de qui elle s'élargit,
- nous retrouvons une certaine attraction vis-à-vis de Moscou par la possession de quelques clés, précisément dans les directions où se reconstituerait l'empire.
Car considérer les autres Républiques n'est pas dédaigner Moscou ni la Russie, mais au contraire aider celle-ci à réagencer son propre environnement d'une manière moins coûteuse économiquement et moralement qu'actuellement ou dans l'ancien système. La Russie est en mal de conception de son propre avenir. Nous l'aidons avec une amitié bien comprise en lui évitant le retour au passé. Et nous correspondons certainement à l'opinion la plus avancée et dynamique des citoyens post-soviétiques.

Comme presque partout ailleurs dans le monde, c'est en se faisant valoir politiquement que la France peut être de nouveau considérée pour elle-même et frayer ainsi un certain chemin pour ses intérêts économiques. Le premier des Etats occidentaux qui aura su définir et pratiquer une attitude face à la succession soviétique aura - dans la perplexité ambiante - une grande puissance d'entraînement. Le démantèlement de l'empire oriental et la démocratisation des relations entre Moscou et ses colonies directes sont nécessaires : ils commandent en effet la sécurité de l'Europe centrale et occidentale, donc notre indépendance, puisque c'est cette sécurité-là qui peut seule diminuer notre tropisme persistant pour la garantie, sinon le protectorat des Etats-Unis./.


(BFF - 4.XI.96)

lundi 1 septembre 2008

Inquiétude & Certitudes - lundi 1er septembre 2008


Lundi 1er Septembre 2008

Prier… [1] de quel amour, j’aime ta loi : tout le jour, je la médite ! Je surpasse en habileté mes ennemis, car je fais miennes pour toujours tes volontés. Jésus à Nazareth : tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Le Christ, le Messie n’est pas sur la place du village, où bien connu de ses concitoyens, qu’il a quittés il n’y a pas trois ans, il pourrait provoquer un attroupement, il est là et au moment où il peut décliner sa véritable identité. Elle est inacceptable. Localement ? non, pour toute personne, toute époque qui sont prisonnières de leurs habitudes et manières de voir. Critère de l’emprisonnnement, tout vouloir pour soi. L’évocation de la veuve de Sarepta est prise à la lettre. De tes décisions, je ne veux pas m’écarter, car c’est toi qui m’enseignes. En revanche, l’élite que peut représenter culturellement et socialement Saul devenu Paul, saura par grâce se convertir : c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je suis arrivé chez vous, que je rapproche de : Jésus vint à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l’habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat. Les apôtres, nous, et la souveraineté du Christ, surtout tout humainement. Je surpasse en intelligence les anciens car je garde tes préceptes. Je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage humain ou de la sagesse. Votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. Le Christ qui appose le sceau de tout : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Les consacrés… et nous le sommes aussi, d’une autre manière, par notre baptême, par la venue de Dieu en nous.

Matin

Le Monde donne un dossier de cinq pages pour « décrypter » les crises et enjeux du Caucase. Mon avis est que plus rien n’est local, tout est mondial parce que c’est devenu une confrontation Est-Ouest. Les confrontations Nord-Sud sont érosives : la question de l’immigration sauvage qui mine la moralité et l’éthique des pays riches mais signifie, tout autant, un dédsaveu par les populations pauvres de l’incapacité et de la corruption de leurs gouvernements respectifs. Appel de Benoît XVI hier. Une confrontation Est-Ouest est belligène.

Moscou cette fin de semaine a fait entendre tout ce qu’il fallait pour confirmer ce dont j’ai eu l’intuition dès le début de la semaine dernière. C’est la revanche – enfin – pour ceux qui ont souffert de dix-huit ans de recul et d’abandon. Lavrov devant des étudiants en diplomatie affirme que l’intervention militaire est une nouvelle norme parfaitement conforme au droit international (comme les thèses sur la souveraineté limitée dans le système juridique socialiste d’avant 1989…). Medvedev assure que la Russie ne reviendra jamais sur la reconnaissance des indépendances de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud. Des militaires assurent que la Russie affrontera (et au besoin annéantira) toute agression ou intervention, même soutenue par les Etats-Unis. Enfin, Poutine ou un autre assure que désormais on ne traite que des intérêts russes, et l’Ouest est menacé de sanctions, notamment dans les domaines agricoles et industriels. Bien entendu, refus de poursuivre un partenariat rénové comme c’était dans les cartons de la Commission. Mais… nuance entre Wladimir Poutine, rompu aux relations Est-Ouest d’avant 1989 et Dimitri Medvedev d’une génération plus récente… c’est ce dernier qui, depuis sa prise de fonctions, metr en cause le « leadership » mondial des Etats-Unis et refuse la domination américaine, tandis que le « Premier ministre » se refuse à toute théorisation de l’état du monde. Lavrov a le mot de la conclusion : c’est le moment de vérité. Les commentateurs et commentatrices de tous poils insistent sur le tracé du gazoduc Bakou-Erzeroum, le seul à ne pas passer en territoire russe, mais n’expliquent pas l’intérêt américain manifeste pour ce tracé ni en quoi ils sont concernés par un approvisionnement de rechange pour l’Union européenne. La réalité, je l’ai vue naître au Kazakhstan : le gazoduc est de financement, de technologie et en fait de contrôle américains. Les Etats-Unis ne contrôlent pas l’approvisionnement européen par la Russie, débat des années 1970 que mena fort bien l’Europe des Neuf dont c’était le premier réflexe d’indépendance, face à un veto américain (guerre froide), tandis qu’ils le contrôleront si cet approvisionnement est caucasien…

Les Vingt-Sept à 15 heures à Bruxelles. Divisés, les uns veulent des sanctions, d’autres non. Londres en est partisan.

Et pour préparer la réunion, ce matin à l’Elysée, réunion du G 7, c’est-à-dire ces ministres qui selon Sarkozy sont les meilleurs communicants :Xavier Bertrand, Xavier Marchand, Eric Woerth, Luc Châtel, Brice Hortefeux, Nadine Morano, j’en oublie… n’en font pas partie François Fillon – nonobstant sa propre réunion du 18 Août – Christine Lagarde et Bernard Kouchner. Railleries des commentateurs, comment préparer le Conseil européen avec une équipe n’ayant aucune compétence – d’organigramme – pour les relations extérieures ? Réponse coulant pourtant de source, la réunion a un tout autre objet. Maintenir et signifier plus que jamais la prééminence de Sarkozy, stimuler jalousises et susceptibilités au sein du gouvernement – ce qui est un système – et enfin, mais surtout la réunion a un tout autre objet : l’agit-prop. pour la rentrée fondée sur la caricature et la commisération vis-à-vis des socialistes, cf. la Rochelle. C’est-à-dire que celui – dont des commentateurs de sondages – osent vanter la « stature internationale » établie ces semaines-ci… se f… complètement de la réunion de cet après-midi, pour la simple raison qu’il n’y brillera certainement pas. Il n’a rien à dire, le compte-rendu de sa mission Moscou-Tbilissi, il y a quinze jours, est foireux à l’évidence, il est couché pour la suite comme il l’a été vis-à-vis de la Chine.


après-midi

François Fillon sait se venger. Il reprend le rôle de Cassandre et d’une France en faillite, bien joué, sur la scène corse, l’an dernier à pareille époque. Tandis que Christine Lagarde entend « intégrer dans le bouclier fiscal » le 1% d’I.S.F. pour le financement du revenu de solidarité autonome, François Fillon s’y refuse et annonce le ralliement du gouvernement à une prévision de écroissance » pour 2008, ramenée à 1% au lieu des 1,7 à 2% répétés contre l’avis de tous lors du débat budgétaire de l’automne dernier.


[1] - 1ère lettre de Paul aux Corinthiens II 1 à 5 ; psaume CXIX ; évangile selon saint Luc IV 16 à 30

guerre froide - note aux autorités françaises . 31 août 2008



a.s. Russie – « guerre froide » – avenir des relations internationales


Les affaires géorgiennes actuelles – Staline était géorgien – remontent sans doute à loin. Les Américains ont-ils mis en place le pouvoir actuel à Tbilissi ? ont-ils donné à leur protégé des assurances, à l’effet aussi désastreux que celles données, paraît-il, tacitement à Sadam Hussein quand il s’ouvrit à l’ambassadeur américaine de son projet koweitien ? ont-ils participé aux offensives de récupération des provinces séparatistes ? l’histoire le dira, sans doute accablante pour les imprévoyances et légèretés.

L’essentiel est ce que couvrent les moulinets verbaux de la semaine passée. Menaces à côté du sujet, en rétorsion de la reconnaissance russe des séparatistes : les Etats-Unis menacent d’empêcher l’accès de la Russie à l’O.M.C. alors que nous la souhaitons, et comme si Washington avait exclusivement les clés de cette enceinte ; les Russes répondent en menaçant de rompre leur relation avec l’O.T.A.N., ce qui est plaisant puisque l’organisation intégrée n’a été fondée que contre eux. Réplique un ton au-dessus : on ne craint pas à Moscou la guerre froide. Réplique à la réplique : Washington, puis le président de la République, pas de retour à la guerre froide, inacceptable, etc…

La guerre froide ne se choisit pas, elle ne se refuse pas, elle n’est pas une option ou une réplique. Elle est un état des relations internationales : un fait.

De notre côté, ceux qui l’évoquent pour la nier, n’en ont aucune idée, soit par inculture soit par date de naissance. Ils la croient d’ailleurs un facteur décisif de simplification des relations internationales tel que leurs prédécesseurs avaient une tâche bien plus facile que la leur aujourd’hui (confusion entre la surcharge des agendas sans contenu réel, la montre important davantage que l’écoûte, surtout de notre côté). Du côté russe, l’expert a aussitôt saisi vers quoi l’on risque d’aller. Je prends au sérieux l’appel de Mikhaïl Gorbatchev.

Depuis 1990, nous avons multiplié les agressions contre Moscou : en gros, nous avons annexé l’ensemble de ce qui a été perdu par les Russes. Adhésion des pays de l’Europe centrale et orientale à l’Union européenne, candidatures ukrainienne et géorgienne pendantes. Emprise et attraction de l’O.T.A.N. dans les mêmes zones. Les politiques européennes de voisinage y compris pour la Mer Noire, et autres partenariats verbeux avec sommets annuels depuis quinze ans, n’ont donné aucune intimité avec Moscou et n’ont produit aucun projet commun. On est loin de la « maison commune » Union européenne-Fédération de Russie accompagnée de la Communauté des Etats indépendants, précisément proposée par Mikhaïl Gorbatchev en 1989-1991. L’ensemble s’est scellé avec le bouclier antimissile, entériné par les pays membres de l’Alliance et par nous (sans examen dans les jours de la prise de fonctions du président de la République). Ce qui est une double marque de défiance : le bouclier est installé chez d’anciens satellites de Moscou, de l’inanité de la menace iranienne la Russie pourrait se porter garante puisqu’elle fournit à Téhéran logistique et matière première. Maladresses d’un clan « occidental » n’ayant plus de raison d’être depuis l’implosion soviétique ? ou stratégie de confrontation à terme avec la Russie, ramenant les Européens à une demande de protection américaine, donc à un ressaut de subordination ? Les deux, sans doute.

Les imprudences en Géorgie – américaines et géorgiennes – ont été le détonateur. L‘Ukraine aurait pu l’être, elle pourra faire redondance puisque l’usage des ports est une des questions dans le conflit du Caucase.

Nous n’avons pas su répondre. L’annonce du prochain sommet européen a été assortie de telles précautions verbales : se donner la possibilité d’une diplomatie ferme, détermination à prendre ses responsabilités… pas question de sanctions… elle a donc été si peu dissuasive que Moscou a reconnu, tranquillement, les séparatistes. Nous faisant passer d’un problème d’évacuation de territoires envahis à un diférend bien plus difficile à résoudre.

Le fait accompli ne sera pas négocié par Moscou.

La question est la leçon qui en est tirée par la Russie. S’en tenir à cette signification – qui est ferme – que la période des reculs et des pertes de substance territoriale, depuis 1989, est révolue. Ou bien reprendre l’initiative ? C’est cette reprise qui va faire la guerre froide. Les causes lointaines nous incombent, les causes immédiates signalent l’impéritie de nos diplomaties et stratégies entièrement absorbées par le discours compasionnel de l’anti-terrorisme qu’a permis le 11-septembre.

Pour évaluer cette initiative probable de la Russie, et pressentir ses points ou sujets d’application, une seule expertise – atavique – les Allemands. Ceux-ci se jugent voisins des Russes et réciproquement, n’en déplaisent les « territoires intermédiaires », cf. le traité de bon voisinage Kohl-Gorbtachev dans le Caucase pour échange avec la « réunification » allemande.

Donc consultations intimes avec les Allemands, si nous en sommes encore capables. Pas la main dans le dos, mais les cartes – toutes – retournées sur la table, sans conférence de presse ni communiqué autre que le fait des conversations. Moscou comprendra.

Ensuite, un travail de complète mise à plat – avec le maintien d’un préjugé de confiance – à faire rapidement, dans la discrétion et hors des Américains, entre Européens et Russes.
1° repasser tous les événements, accords et décisions depuis la chute de l’Union soviétique,
2° parvenir à un esprit vrai de non-agression de part et d’autre,
3° établir une carte des influences, adhésions et projets de chacun, s’accorder vraiment,
4° inventer la forme d’association politique, diplomatique, commerciale et militaire (y compris le spatial et le nucléaire) entre l’Union européenne et la Russie, formellement accompagnée ou pas de « sa » Communauté des Etats indépendants.

Si nous n’y parvenons pas très vite, nous allons à une cassure dans l’Union : Pologne, Baltes, et peut-être la Roumanie et la Slovaquie vont se sentir menacés à leur frontière orientale par notre faiblesse et nos méconnaissances des réalités – et nous allons à une satellisation accrue vis-à-vis des Etats-Unis alors même que ceux-ci sont en révision stratégique évidente (leur retrait probable d’Irak et d’Afghanistan dans les deux-trois ans).

Si nous y parvenons, nous traitons les défis chinois et iranien, nous posons la question de la sécurité européenne autrement que dans sa prétérition actuelle.

Enfin, l’expérience de la première « guerre froide » a montré qu’une fois ouverte, son ère est difficile à clore. Elle appelle et structure bien d’autres aberrations.

Or, les principaux outils de relations internationales sont inopérants actuellement pour les sujets qu’on croyait les seuls à traiter : l’économie. G 8 et OMC sont en échec. Les sujets stratégiques redevenant actuels, le Conseil de sécurité est lui aussi inopérant. Le répit de près de vingt ans apporté par l’implosion pacifique de l’Union soviétique et par le renoncement général qui s’en est ssuivi du système économique et social dit socialiste, n’a pas été mis à profit pour une démocratisation de la « gouvernance » mondiale, seule manière de rééquilibrer par la politique les immenses disparités économiques entre les Etats, seule manière surtout de contourner – si nécessaire – la mésentente ou l’excès de complicité entre les Etats contre l’intérêt général des peuples et de la planète.

Or, l’ordre international actuel, la « mondialisation », la « libéralisation » ne sont pas populaires dans le monde, même dans l’opinion des pays qui en pâtissent le moins.

Il y a donc un risque que la « guerre froide » soit accueillie sans antipathie par beaucoup de ceux qui veulent changer la donne, et que des gouvernements – comme ceux des Etats-Unis ou le nôtre si l’on lit le président de la République à propos du terrorisme, de nos engagements en Afghanistan, de notre réintégration de l’O.T.A.N. – trouvent grand avantage à désigner un nouvel ennemi à tout faire. Au terrorisme, qui avait d’abord dérouté parce que n’étant pas le fait d’un Etat, il semblait n’offrir aucune prise à la riposte – à quoi il fut obvié en occupant de force les Etats censés le favoriser – s’ajouterait un ennemi classique. Or la Russie ne peut l’être pour une Union européenne dont fait désormais partie intégrante l’Europe centrale de l’Est. Tandis que la Russie, au contraire, peut trouver un aliment pour son unité et son nationalisme dans la confrontation avec ses anciens satellites.

Eviter la « guerre froide », c’est la rendre plus redoutable à la partie qui prétendait ne pas la craindre ./.


BFF . 31 VIII 08